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Economie chinoise

Le régime chinois face au défi de la relance

A l’heure où la première vague de l’épidémie semble en passe d’être maitrisée par la Chine, c’est au défi de la relance économique que le pays doit à présent faire face.

mercredi 1er avril

La mise à l’arrêt partielle de la deuxième économie du monde, à partir de la mi-janvier, a mis en difficulté nombre de secteurs industriels en Europe et aux Etats-Unis, secteurs dépendants des importations chinoises. A l’heure où la première vague de l’épidémie semble en passe d’être maitrisée par la Chine, c’est au défi de la relance économique que le pays doit à présent faire face et à la mise en sommeil de ses principaux partenaires commerciaux dont la demande devrait se contracter de façon drastique.

Le régime chinois, très contesté dans les premières heures de l’épidémie pour sa politique de dissimulation, semble pour l’heure reprendre pied. La victoire, temporaire et relative, contre la première vague de propagation du coronavirus alors que ce dernier ravage les pays occidentaux, a permis tout d’abord au régime de faire valoir sa politique de gestion de crise. Dans le même temps, la Chine tente de s’imposer comme la figure de proue de la lutte mondiale contre l’épidémie profitant notamment des fautes diplomatiques et de l’effacement américains.

Un plan de relance pharaonique

Au plan économique, le régime chinois déploie également les grands moyens. Une immense structure de défaisance (entité bancaire chargée de racheter les créances fragiles aux autres banques) devrait voir le jour. La future China Galaxy AMC, bad bank sous le contrôle total du ministère des finances, sera en charge de gérer indirectement le surendettement des entreprises et leurs éventuelles faillites.

Mais le succès de cette mesure structurelle gigantesque est incertain. Toute la soutenabilité de l’opération dépendra en effet de l’efficacité de la relance chinoise. Lors des deux précédentes crises majeures, en 1998 et 2008, le Chine avait pu relancer la machine économique, entrainant à sa suite toute la région sud-asiatique (1998) et même le monde entier (2008). Aujourd’hui, les marges sont considérablement réduites et le niveau de dette bien supérieur. Pourtant, selon Reuters, les autorités « s’apprêtent à émettre 368 milliards d’euros de dettes pour investir dans des projets d’infrastructures ». Mais de tels investissements ne sauraient avoir le même impact qu’il y a 20 ans et comportent donc un fort risque financier.

Une relance menacée par les replis des économies occidentales

La Chine se prépare à encaisser le retour de flamme de la crise sanitaire. Fortement dépendante des exportations vers les pays occidentaux et notamment les Etats-Unis (19,05%), elle pourrait avoir beaucoup plus de mal que par le passé à relancer son économie si la demande s’effondre en Europe et aux Etats-Unis, ce qui est à présent une certitude. De plus, la complexité de l’économie chinoise (c’est-à-dire son niveau de diversification et de spécialisation) qui ne cesse de croître implique aussi nécessairement un redémarrage plus lent.

L’effondrement annoncé et inévitable de la croissance des économies européennes et américaine aura donc nécessairement pour effet de freiner la reprise de l’activité économique chinoise qui fonctionnait encore le 19 mars à 72% de ses capacités. Une reconversion rapide vers la production de matériel de soin pourrait être une solution de court-terme efficace mais là encore rien n’est sûr. D’une part, la crise sanitaire ne durera pas toujours, les besoins en masque, respirateurs et autres médicaments devraient donc relativement rapidement décroitre. De plus, toutes les économies occidentales affichent la volonté ferme de parvenir à l’autosuffisance, ce qui devrait faire du recours chinois une solution très temporaire.

Le risque d’une crise sanitaire à plusieurs temps

La pandémie de covid-19 a provoqué une crise inédite dans l’histoire du capitalisme et l’incertitude est presque totale pour l’instant. En effet, nul ne peut prédire pour l’instant si le virus ne reviendra pas à l’hiver prochain, frappant une seconde fois des économies déjà mises à genoux. Or si l’endettement contracté par les entreprises du fait des plans de relance massifs ne peut être « absorbé » par une croissance forte, le risque financier sera très grand.

Si la Chine devait décréter dans les mois prochains de nouveaux confinements, et un nouveau ralentissement de son économie, c’est tous les remèdes qui deviendraient aussitôt des poisons. Injecter massivement des liquidités dans les économies ne peut fonctionner que si la croissance suit, en cas de récession durable, c’est la qualité des créances qui se trouvera dégradée et tout le système financier qui sera menacé.

Perspective d’une stagnation chinoise

Les solutions technico-financières ne peuvent être soutenues qu’à la condition d’augmenter l’exploitation des travailleurs. Pour soutenir le surendettement, il faut produire une « surcroissance », ce qui implique pour le capital de tirer le maximum des travailleurs. L’allongement du temps de travail et de son intensité seront la norme partout sur la planète et partout il faudra résister. Or si l’économie chinoise ne parvient pas à redémarrer comme par le passé et que sa croissance (prévue initialement aux alentours de 6 %) venait à tomber vers les 0,1% comme le prévoit la banque mondiale, les travailleurs de chine pourraient se soulever contre le régime. Le coeur du compromis social chinois repose en effet sur une croissance forte et le développement rapide du niveau de vie. Il y a fort à parier que le prolétariat de chine ne se laissera pas impunément ruiner. Une stagnation durable, que le surendettement chinois pourrait provoquer comme dans le Japon des années 90, risquerait donc de saper les bases du régime. L’incertitude est devenue la loi historique en ces temps de peste, et la Chine n’y échappe pas.




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