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Politique

Réponse à la répression

Sécurité globale. Après la répression de samedi dernier, renforçons la mobilisation et l’auto-organisation !

Après la répression qui s’est abattue sur la manifestation parisienne samedi dernier, la Coordination Stop Loi Sécurité Globale a décidé de ne pas appeler à la mobilisation ce samedi à Paris. Alors que la Loi sécurité globale est toujours d’actualité et que la Loi séparatisme arrive sur le devant de la scène, c’est pourtant dans la rue qu’il conviendrait de répondre au gouvernement !

mercredi 9 décembre 2020

Répression : la stratégie « de la terre brûlée » du gouvernement

Samedi 5 décembre dernier, le gouvernement a voulu mettre un coup d’arrêt aux mobilisations contre la loi sécurité globale et l’ensemble des lois liberticides. Pour l’occasion, des dispositifs policiers massifs avaient ainsi été déployés partout en France. De Bordeaux à Rennes en passant par Toulouse et bien sûr Paris, les forces de répression étaient présentes en surnombre pour mettre la pression aux manifestants. Dans d’autres villes comme Montpellier, la manifestation avait carrément été interdite.

Si cette opération n’a pas empêché plusieurs dizaines de milliers de personnes de se mobiliser dans 90 rassemblements en France, la pression du dispositif policier s’est traduite par des tensions vives avec les manifestants. Outre les nombreuses interpellations, comme celle de Matéo, des affrontements ont éclaté, en particulier à Paris où un manifestant a perdu sa main dans l’explosion d’une grenade policière et où plusieurs autres blessés étaient à dénombrer. Une stratégie de la tension voulue par le gouvernement et dénoncée le lendemain même par la Coordination Stop Loi Sécurité Globale dans un communiqué : « A Paris, la manifestation autorisée (…) a été très vite dénaturée par la stratégie délibérée de la terre brûlée mise en place par la préfecture de police de Paris. Alors que des dizaines de milliers de personnes étaient venues manifester pacifiquement à Paris, cette stratégie a abouti à de nouvelles violences, à des mutilations et à des blessures graves. Cette stratégie entrave le droit de manifester. Nous le dénonçons. »

Une répression qui s’est rapidement accompagnée d’un concert médiatique bien orchestré, s’empressant de fustiger dans les jours suivants une mobilisation qui ne serait plus le fait que de « l’extrême-gauche » et des « black blocks ». Pour les médias, comme pour le gouvernement, après la promesse de « réécriture » de l’article 24 de la loi et les pseudo-concessions autour d’une hypothétique réforme de l’IGPN, seuls les « extrémistes » peuvent encore être dans la rue. Un scénario typique, idéal pour décréter la fin d’un mouvement qui avait déclenché la semaine passée une véritable crise politique pour Macron et dont Macron craint qu’il ne menace jusqu’à sa loi séparatisme..

« Sécurité des manifestants » : face à la répression, il faut répondre par l’auto-organisation !

Si nombre d’organisations ont dénoncé le choix répressif du gouvernement, la Coordination Stop Loi Sécurité Globale a choisi d’y répondre d’une façon très contestable. Dans un communiqué publié ce mardi, le front d’organisations à l’initiative des manifestations successives explique : « Après la manifestation parisienne du 5 décembre, et du fait de la stratégie de la terre brûlée mise en place par la préfecture de police, la coordination #StopLoiSecuriteGlobale considère que les conditions de sécurité des manifestants et manifestantes ne sont pas assurées et n’organisera pas de mobilisation ce samedi 12 décembre à Paris. »

Une réponse qui conduit à céder à la pression policière du gouvernement et à sa volonté d’éteindre la mobilisation, et qui laisse entendre que c’est de la Préfecture que nous devrions attendre les « conditions » adéquates pour pouvoir nous opposer au gouvernement. Pourtant, le rôle de la Préfecture et des forces de police est précisément de contraindre voire d’empêcher la mobilisation pour y mettre un terme. Dès lors, refuser de manifester samedi c’est abdiquer pour les mouvements à venir et concéder une victoire au gouvernement.

Face à la pression policière, c’est plutôt du côté de l’auto-organisation des cortèges qu’il faut tendre, sous peine de se condamner à abandonner la rue au gouvernement. Celle-ci serait en effet la condition pour permettre aux manifestants de briser leur isolement et de s’organiser activement pour faire face au dispositif policier qui cherche à disperser les manifestations. Dans cette optique, les services d’ordres d’organisations comme la CGT ou Solidaires pourraient faire valoir leur expérience pour former les manifestants et permettre à tous de prendre une part active dans la tenue de la mobilisation. La possibilité de manifester ne peut être remise entre les mains de la Préfecture qui gaze, violente et mutile, c’est aux manifestants d’assurer leur propre sécurité. Ainsi, le rôle de la Coordination Stop Loi Sécurité Globale devrait être d’impulser la préparation de cortèges en amont des manifestations pour permettre à toutes et tous d’imposer leur droit à manifester, pas de démobiliser. Au contraire, une telle politique devrait aller de pair avec un travail d’élargissement du mouvement.

Seule la mobilisation paie, et il faut l’élargir

Si répression violente il y a eu la semaine dernière, force est de constater que celle-ci a eu pour terreau la baisse de la mobilisation, en particulier à Paris. Une baisse qu’on peut relier aux éléments de flous entretenus par la Coordination au lendemain de la manifestation massive du 28 novembre : pas d’appel immédiat à reprendre la rue, des illusions sur la possibilité que « Macron entende le peuple », une focalisation sur quelques articles, dont l’article 24, sur laquelle a surfée le gouvernement pour siffler la fin de la mobilisation avec la promesse d’une « réécriture », ou encore le refus de lier le combat à celui contre la loi séparatisme, revenue au premier plan de l’actualité.

Plutôt que de reculer face à l’offensive du gouvernement, c’est un appel le plus large à répondre à l’offensive répressive par la mobilisation que la Coordination devrait diffuser. Un appel qui lie la lutte contre la loi sécurité globale à la défense du droit de manifester, remis en cause le 5 décembre dernier, et à la loi séparatisme, contre laquelle le Collectif du 10 Novembre appelle précisément à manifester samedi. Un appel qui pourrait trouver un écho chez ceux qui refusent de se voir confisquer leur mobilisation par le gouvernement, et qui serait la seule manière de ne pas concéder une victoire tactique à Macron.

Avec l’impulsion de véritables cortèges auto-organisés, une telle démarche démontrerait au gouvernement la volonté d’aller au bout du rapport de forces. Evidemment, elle suppose d’en finir avec l’illusion du dialogue qui reste bien présente dans le dernier communiqué de la Coordination, qui souhaite être reçue par le Président responsable des violences et de l’offensive autoritaire qu’elle dénonce. Refus en bloc de l’offensive autoritaire, cortèges auto-organisés face à la police, élargissement du mouvement, c’est comme ça que l’on pourra espérer faire reculer le gouvernement !




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