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Macron dénonce la violence des réseaux sociaux : l’éborgneur des Gilets jaunes veut contrôler le web

Ce jeudi, lors de son déplacement dans le Lot, Macron dénonçait le rôle des réseaux sociaux dans notre société qui serait « de plus en plus violente ». Un cynisme sans fard de la part de celui qui était l'éborgneur de Gilets Jaunes.

vendredi 4 juin

Crédits : AFP/Lionel Bonaventure

Contrôle du web et mesures liberticides

Après les « 66 millions de procureurs », Macron est de retour avec ses “petites phrases” méprisantes et cyniques, cette fois pour critiquer les réseaux sociaux et internautes. Il dénonce notamment les violences qui augmentent sur les réseaux sociaux, et plus largement dans l’ensemble de la “société”. S’auto-proclamant comme « un grand défenseur du numérique, des réseaux, quand c’est un vecteur de diffusion de la connaissance, du savoir, quand ça facilite la communication qui rend nos vies plus heureuses », il avertit qu’il « faut être vigilant parce que nos sociétés deviennent plus violentes à cause de ces usages, et en particulier chez les plus jeunes (...) ».

Cette rhétorique s’inscrit dans les dernières prises de position de l’exécutif à l’encontre des réseaux sociaux, le présentant à la fois comme un outil qui laisserait la place à la “délation”, mais aussi qui véhiculerait de “fausses informations” qu’il faudrait donc combattre. Bien que le gouvernement prenne récemment quelques points de popularité, la réalité de son mandat depuis 2017 est qu’il est très critiqué, en particulier sur les réseaux sociaux, où comme le note Macron, la jeunesse est très présente. Dans un contexte où le gouvernement accélère sa politique répressive et sécuritaire, on a déjà assisté à des opérations de censure envers des pages critiques de la macronie, bien qu’aucune information ne permette aujourd’hui de savoir si c’est lié à une intervention du gouvernement. Cela laisse d’une certaine manière un avant-goût de ce que pourrait être le contrôle du web, avec les nouvelles dispositions liberticides et répressives prises par l’exécutif qu’il va probablement approfondir.

Ces invectives liberticides envers les réseaux sociaux ne sont pas nouvelles. Déjà pendant la lutte des Gilets Jaunes, Macron s’était prononcé pour une “levée progressive de l’anonymat”. En outre, suite aux mouvements comme celui des Gilets Jaunes ou contre la réforme des retraites, la censure sur Facebook ou Twitter s’est vue plus régulière à l’encontre de pages critiques du gouvernement. Ce fut le cas de NordPresse par exemple, Cerveaux Non Disponibles dont la page Facebook est menacée de fermeture, ou encore Fakir cette semaine dont plusieurs publications ont été supprimées. Une répression scandaleuse qui vient museler les pages critiques et et oppositions politiques sur les réseaux sociaux.
Lorsqu’en 2020 Castex sur le sujet des réseaux sociaux avait affirmé qu’il ne pensait pas proposer de loi dans l’immédiat, il avait d’ores et déjà annoncé qu’il s’agissait d’un “sujet dont il va falloir que l’on s’empare”. Dans le contexte de l’escalade sécuritaire du gouvernement, les réseaux sociaux constituent un terrain de premier ordre pour ce qui est des restrictions liberticides. C’est ce qu’il avait déjà commencé à faire au travers de la loi Avia (la mal nommée loi Anti-haine), qui avait été par la suite retoquée par le Conseil d’État du fait de son aspect liberticide, il faut s’attendre à de nouvelles mesures de ce type.

Casse sociale et répression policière : mais où est la violence ?

Mais il faut remarquer que cette déclaration est pleine de cynisme quand celui qui parle de « violence endémique » dans la société, n’est autre que le donneur d’ordre de la répression à l’encontre des Gilets Jaunes, qui a constitué une première dans la répression des mouvements sociaux en France depuis plusieurs années.

Si le nombre de violences policières et d’éborgnés a explosé sous sa présidence, c’est notamment dans le cadre de la répression des mouvements sociaux qui s’est intensifiée sous le quinquennat Macron. Mais au-delà des violences policières, renforcées dans la situation avec l’offensive sécuritaire du gouvernement, on peut aussi parler de la violence sociale, incarnée par les différentes réformes qu’a mené l’exécutif telles que la réforme des retraites, ou de l’assurance chômage, précarisant toujours plus les couches populaires de la société, la jeunesse et le monde du travail.

En outre, c’est aussi le gouvernement Macron qui est à l’origine de la loi séparatisme ou de la loi sécurité globale, qui constituent un saut dans l’offensive gouvernementale autoritaire et raciste, et un véritable pas en avant dans la droitisation de la sphère politique institutionnelle. Ces tournants sécuritaires, répressifs et islamophobes ne sont-ils pas violents ?

Pour Macron : « On vit dans un monde qui n’est pas simplement cette rue où je vois vos visages, où on se parle, où on se respecte. La seconde d’après on va rentrer sur nos réseaux sociaux, où quelqu’un avec un pseudonyme va me dire les pires horreurs, un autre lui répondra... ». « Et beaucoup de gens qui vivent seuls, ne vivent que dans ce monde-là. Et donc ils sortent dans la rue et se comportent comme sur les réseaux ». Une rhétorique absurde qui avance que les comportements sur les réseaux sociaux s’incarnent ensuite dans « la vraie vie » et seraient responsables d’une présumée augmentation de la violence.

Dans la même lignée que le discours de Darmanin et « l’ensauvagement de la société », avancer que la violence augmente dans la société n’est pas chose nouvelle, c’est une construction récurrente en politique, précédant et justifiant bien souvent l’augmentation de l’arsenal policier, répressif et de surveillance. Et c’est tout à fait ce que Macron propose : il assure donner « plus de moyens » aux forces de l’ordre et à la Justice et affirme qu’un « immense travail sur les réseaux et la régulation des réseaux » est nécessaire. Voilà l’unique réponse que peut donner le gouvernement à la violence qu’il engendre : censure, surveillance, et répression.




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