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Levée des Brevets

Macron en Afrique du Sud. Derrière la lutte contre le covid, la défense des intérêts impérialistes

Emmanuel Macron est depuis ce vendredi en visite en Afrique du Sud afin d’évoquer avec son homologue, Cyril Ramaphosa, la lutte contre le Covid-19 en Afrique et la crise économique provoquée par l’épidémie. Un déplacement pour le moins calculé, qui derrière l’image humanitaire qu’il veut se donner, vise une nouvelle fois à défendre les intérêts impérialistes de la France et à cacher le désastre de la gestion sanitaire par les capitalistes.

vendredi 28 mai

RFI/Pierre Firtion

Après s’être rendu au Rwanda hier la tournée du chef de l’Etat français en Afrique pour y soigner ses relations diplomatiques et les intérêts impérialistes de la France, se poursuit aujourd’hui en Afrique du Sud. Officiellement, Emmanuel Macron se déplace en Afrique du Sud afin de traiter de la situation sanitaire du continent avec Cyril Ramaphosa, président sud-africain qui se rêve à la tête de la vaccination africaine, pour l’instant quasi inexistante. La visite du président français dans ce pays, le plus touché du continent par l’épidémie n’est pas anodine, comme l’explicite Stavros Nicolaou, président du groupe Aspen, entreprise pharmaceutique sud-africaine dans Les Échos :« Le plus important, c’est de construire des partenariats technologiques, et de mettre en place des transferts. Et c’est en cela que la visite du président Emmanuel Macron en Afrique du Sud est très importante. » Ainsi, l’enjeu d’un partenariat autour de la production de vaccin en Afrique semble être explicite dans cette visite.

Ce voyage est l’occasion pour Macron de réaffirmer auprès du président de l’Afrique du Sud, la position qu’il porte depuis début mai, celle de prioriser le « transfert de technologique » en Afrique, à la levée des brevets, une option envisageable « seulement quand on aura produit suffisamment de vaccins et que ce ne sera qu’une question de coût ».

Le président français affirmait également début mai que l’industrie vaccinale « est très concentrée aux États-Unis, en Europe, en Asie et un petit peu en Amérique latine. L’Afrique aujourd’hui, produit très peu de produits de lutte contre la Covid et notoirement aucun vaccin à ce jour ». Emmanuel Macron annonçait alors en grande pompe un programme d’appui à la production de vaccins pour l’Afrique. Une position non sans hypocrisie au vu de la gestion capitaliste de la campagne vaccinale dont le France a été un acteur.

Une situation sanitaire en Afrique désastreuse

Alors que la campagne vaccinale avance dans les pays occidentaux, celle-ci est désastreuse en Afrique. Selon l’OMS, les africains représentent moins de 1% des personnes vaccinés alors même qu’ils représentent 17% (1,3 milliards) de la population mondiale. Cela représente 28 millions des 1,5 milliard de doses de vaccins administré dans le monde, soit moins de deux doses administrées pour 10 personnes en Afrique. Le véritable problème n’est pas que l’Afrique ne produit que très peu de vaccin aujourd’hui, mais bien que les principales puissances occidentales comme la France, les Etats-Unis ou encore le Canada se sont accaparés la très grande majorité des vaccins. Dès janvier, nous avions déjà signalé par exemple dans nos colonnes que l’Union européenne avait acheté de quoi vacciner trois fois sa population, les Etats-Unis 4 fois et le Canada 5 fois. La situation ne s’est guère équilibrée aujourd’hui, il y a trois jours l’OMS tirait une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à une scandaleuse inégalité : 75 % de tous les vaccins ont été administré dans seulement 10 pays.

Cette répartition criminelle des vaccins n’est que la suite de la gestion irrationnelle du capitalisme de la pandémie depuis le début de 2020, et c’est celle-ci même qui favorise l’émergence de variant plus virulent comme l’a connu l’Afrique du Sud. Encore aujourd’hui le manque de matériel pour faire face à la pandémie laisse craindre aux pays africains un scénario Indien où les contaminations deviendraient incontrôlables. L’OMS estime que l’Afrique a besoin de 200 millions de doses supplémentaires d’ici à septembre pour pouvoir vacciner seulement 10% de sa population. Face à cette gestion irrationnelle, la bonne conscience que veulent tenter de montrer les puissances occidentales est absurde et hypocrite.

Encore selon l’OMS, pour l’instant que 72 millions de doses de vaccin à 125 pays ont été livré en Afrique par le dispositif Covax qui a pour mission de donner des vaccins aux pays les plus pauvres, de quoi vacciner 1% de la population. Le refus systématique des pays impérialistes à lever les brevets intellectuels sur les vaccins pour protéger l’enrichissement inamissible des industries pharmaceutiques a des conséquences meurtrières dans les pays les plus pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, privés de vaccins.

Derrière la bonne conscience française se cachent des intérêts économiques

La visite d’Emmanuel Macron en Afrique du Sud n’est pas anodine, les liens économiques avec cette région du continent africain ont une grande importance pour la France à l’heure où son influence politique et ses parts de marché sur le continent recule. Si la France se trouve derrière les États-Unis, la Chine et l’Angleterre dans sa position en Afrique du Sud, l’implantation de près de 370 entreprises françaises comme Total, L’Oréal ou encore Alstom représente une porte d’entrée sur le reste du marché continental. La présence d’une discussion autour de la situation tendue au Mozambique, pays frontalier de l’Afrique du Sud, qui menace les intérêts de Total au menu du déplacement d’Emmanuel Macron l’illustre. Dans un contexte où l’Afrique du Sud connaît une situation de crise économique, avec notamment 42% de chômage, la France en renforçant ses liens diplomatiques semble vouloir renforcer sa présence en Afrique de Sud. Ainsi, la bonne volonté affichée par le président de la république française dans la lutte contre le Covid-19 apparaît comme une façade à la défense des intérêts économiques de la France dans la région qui voient en cette conjoncture une opportunité pour renforcer sa présence. Il ne faut pas s’y méprendre, ici aussi la logique capitaliste règne.

Aucune confiance ne doit être accordée aux puissances capitalistes comme la France dans la lutte contre le Covid-19 au niveau international. Le vernis qu’elles tentent de se donner ne peut cacher la catastrophe qu’a entraîné leur gestion pour la très grande majorité de la population internationale. Face à l’urgence de la situation sanitaire, la coopération scientifique à l’échelle internationale doit s’imposer au même prix que la levée des brevets intellectuels sur les vaccins pour leur libre circulation. Le bilan catastrophique de la pandémie ne fait que révéler le caractère meurtrier de leur maintien, et si en France l’ensemble de la population aura bientôt accès au vaccin, il ne faut pas oublier que la très grande majorité au niveau mondiale n’est pas prête d’en voir la couleur. L’engraissement des Big Pharma en plein cœur de ce drame qui n’agissent qu’en fonction de leur profit est criminel. Aucun profit ne doit être fait grâce à la pandémie et nous devons lutter pour la nationalisation des laboratoires sous contrôle des travailleurs, eux seuls peuvent décider de la production selon l’intérêt de la majorité de la population. Enfin, et l’irrationalité de la gestion capitaliste l’a démontré, il faut mettre fin à l’anarchie de l’organisation économique de ce même système. Il est nécessaire d’imposer la planification de la production industrielle et économique à l’échelle internationale afin de garantir les moyens matériels afin de lutter contre le Covid-19 dans l’ensemble des régions du monde.




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