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Politique

Pression scolaire

Maintien des épreuves orales en premières : à quoi joue Blanquer ?

Les épreuves écrites du bac en fin d'année sont annulées. Mais les oraux de français en premières sont maintenus. Au mépris de l'inégalité des conditions d'apprentissage en cette période de confinement, Blanquer continue de vouloir imposer l'inégalité scolaire partout où il le peut.

jeudi 9 avril

Les élèves de premières de cette année sont en première ligne de toutes les réformes scolaires que Jean-Michel Blanquer a mis en place ces dernières années : parcoursup, nouveau bac, nouveaux programmes, épreuves des E3C. Tout ces changements génèrent des angoisses chez les élèves de cette « génération sacrifiée » et ce d’autant plus que la pression à la note et la sélection se sont accrues. En plus de cela, les premières doivent affronter l’épidémie de Covid-19, le confinement et une continuité pédagogique inefficace et injuste.

Dans ce contexte, l’annonce mardi dernier de Jean-Michel Blanquer de remplacer toutes les épreuves du bac par du contrôle continu, à l’exception de l’épreuve orale de français en première, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Immédiatement, une pétition en ligne, soutenue par l’Association française des enseignants de français (AFEF) et le collectif Lettres vives, a demandé au ministre de faire machine arrière et d’annuler purement et simplement cette épreuve.

Dénonçant un maintien « inéquitable et dangereux » qui ne serait que la « chambre d’enregistrement des inégalités sociales », cet oral, même allégé, apparaît comme une aberration en cette période de confinement. En effet, les épreuves terminales ont été annulées au titre qu’il était impossible d’évaluer les élèves en fin d’année à cause de la perturbation des cours à cause de l’épidémie de Covid-19. Or, l’oral de français se prépare tout au long de l’année : « cela ne revient-il pas à évaluer un travail pour partie effectué à distance, pendant le confinement ? », souligne la pétition.

En outre, les conditions sanitaires pour mettre en place un tel examen sont plus que douteuses en terme de sécurité pour les élèves et les enseignants. En effet, l’oral de français implique qu’élèves et enseignants aient un entretien d’environ 20 minutes en face à face et que chaque enseignant évalue 16 candidats par jours. Dans de telles conditions, il paraît juste utopique que les mesures de sécurité essentielles soient garanties. C’est ce que met en évidence Jean-Luc Levénès, du SNES-FSU, quand il affirme : « On va manipuler des brouillons, des cartes d’identité, des stylos. Et les classes seront-elles désinfectées entre chaque élève ? ».

Jamais à court d’idée pour masquer son incurie et son impréparation, Jean-Michel Blanquer a cru se faire rassurant en insistant sur « l’encouragement à la lecture » pendant les vacances afin de rattraper les heures de préparation perdues. Ingrid Benel, enseignante à Sarcelles, rétorque au ministre que « beaucoup d’élèves n’ont pas d’autres romans chez eux que ceux qu’on leur a fait acheter ». Difficile de combler les inégalités d’accès au savoir dans ces conditions. Les incitations hors sol de Blanquer n’ont pour effet que de réaffirmer les différences sociales et le principe de sélection inhérent à son projet pour l’école.

Face à toutes ces contradictions et à tous les dangers que le maintien de l’épreuve orale de français comporte, il faut affirmer que le maintien du bac et du brevet en l’état, sous quelque forme que ce soit, ne va conduire qu’à renforcer les inégalités entre élèves. Revendiquer une année blanche et un bac pour tous est la seule solution pour ne pénaliser personne.




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