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Politique

Patrons pollueurs

Manque de Canadairs ? Macron et les patrons préfèrent les avions de chasse et les jets privés

Face aux multiples incendies qui ravagent les forêts françaises, le pays ne dispose que de 12 Canadairs alors qu'on dénombre 211 avions de combat et plus de 550 jets privés. C'est une démonstration évidente de la nature destructrice et totalement irrationnelle de la production entre les mains du patronat à l'heure où l'urgence climatique prend de plus en plus d'ampleur.

vendredi 22 juillet

Crédits photo : AFP

Cet été, sous la sécheresse et la canicule, l’Europe est en proie à des incendies historiques. Le 16 juillet, la surface totale partie en fumée en Europe depuis le début de l’année atteignait 450 000 hectares soit quatre fois la moyenne à cette date entre les années 2006 et 2021.

Graphe du nombre d’hectares brûlés en 2022 par rapport à la moyenne entre 2006 et 2021. Source : European Forest Fire Information System (EFFIS)

Une conséquence directe du réchauffement climatique : si l’apparition d’incendies est due à de multiples facteurs, il est indéniable que l’augmentation des épisodes de chaleur, des vents violents, la réduction des précipitations, et l’assèchement des sols et des forêts qui résultent du réchauffement climatique multiplient les risques d’incendies. Comme le rapporte Oxfam, entre 1960 et 2008, les feux de forêt ont augmenté de 18% en France.

Ce risque est identifié depuis bien longtemps : par exemple le premier rapport du GIEC paru en 1990 expliquait déjà comment l’augmentation globale des températures résultait en une augmentation de l’incidence et de la sensibilité des forêts aux feux.

Le producteur de Canadairs à l’arrêt depuis 10 ans

Malgré cela, le constructeur des Canadairs, hydravion capable de larguer des tonnes d’eau sur des incendies, est à l’arrêt depuis plusieurs années : « Cela fait presque dix ans qu’aucun Canadair n’a été vendu ou livré » explique ainsi au journal Le Monde un dirigeant du groupe. Pour s’assurer une activité rentable, le groupe a en effet attendu que son carnet de commandes se remplisse pour relancer la production, et ne sera en mesure de livrer qu’à partir de 2026.

Si, comme le précise Le Monde dans le même article, d’autres appareils aériens de lutte contre les incendies se sont développés, le marché reste très limité et peu d’avions peuvent rivaliser en terme d’efficacité avec le Canadair. La suspension de la production de ce constructeur est dès lors très significative de l’incompatibilité entre la recherche de profit qui régit l’activité des industriels et la nécessité - en plus de celle de réduire drastiquement les émissions – de résister aux conséquences du réchauffement climatique dont les incendies font partie.

Un sens des priorités à la française : 12 Canadairs contre 211 avions de combat et 550 jets privés

En France, l’armée de l’air dispose de 211 avions de combat pour plus de 500 aéronefs. La France compte également la troisième flotte de jets privés d’Europe, avec plus de 550 appareils prêts à répondre aux caprices d’excursions du patronat.

La comparaison avec la flotte de lutte contre les incendies est frappante : celle-ci compte seulement 12 Canadairs pour 26 avions au total. Ces appareils sont vieillissants : les deux tiers de la flotte sont en fin de vie. Et une partie se retrouve régulièrement clouée au sol pour entretien et maintenance. En plus de ça, la flotte manque de pilotes, et souffre d’une forte concentration à Nîmes, où se trouve le centre de maintenance. Face à cette situation et aux violents incendies, l’UE a mobilisé des avions de la flotte grecque pour venir colmater les trous de la flotte française.

L’état de la flotte reflète le manque de moyens dont sont victimes les pompiers de manière générale : « Nous disposons en France d’une force de frappe conséquente toutefois mise à mal ces deux dernières décennies à cause de logiques financières qui ont réduit la voilure dans certains départements. Certaines casernes se sont dotées de véhicules polyvalents, ce qui les empêche de venir en renfort dans d’autres régions quand la situation l’exige. Nous sommes passés de 7 500 casernes il y a quinze ans à 6 800 aujourd’hui et avons des ressources humaines limitées, qui ne sont pas toutes formées aux feux de forêts » explique ainsi au journal Le Monde Gregory Allione, président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers. Un manque de moyens contre lequel les pompiers se mobilisent depuis 2019, face au mépris et aux matraques du gouvernement.

Quelques petits gestes pour le climat

Un vol sur 10 en partance de la France est un vol de jet privé, et 50% des émissions du secteur de l’aviation sont causées par 1% des personnes. Faire stopper au patronat ses petits caprices d’excursions en avion alors que le climat se réchauffe, que les forêts brûlent et que la majorité de la population subit de plein fouet la canicule reviendrait ainsi à diviser par deux les émissions du secteur du transport aérien. De plus, les centaines de jets privés qui se retrouveraient ainsi sans utilité pourraient être mis à profit en cas de besoin dans la lutte contre les départs de feu en les reconvertissant en bombardiers à eau ou à retardateurs de feu

Ces avancées sur le plan des réductions de gaz à effet de serre et de lutte contre les incendies pourraient être avantageusement complétées par un plan d’ampleur de neutralisation de l’aviation militaire, responsable d’environ 20% des consommations de carburant du secteur de l’aviation, en plus de massacres de civils et d’écosystèmes. De plus, les larges capacités des avions militaires de transport et de ravitaillement les rendent particulièrement adaptés à la reconversion en bombardiers à eau anti-incendies.

Bref, les possibilités ne manquent pas en matière de lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences. Elles nécessitent seulement de s’en prendre à ce qui pollue réellement, c’est-à-dire au patronat et à l’organisation totalement irrationnelle de la production qu’il défend.



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