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Notre classe

Crise sanitaire et économique

Mobilisation générale en Guadeloupe : solidarité face à la répression de l’Etat colonial français

Soignants, pompiers, enseignants et travailleurs de stations-services paralysent le territoire par le blocage des routes mais aussi par des grèves depuis le début de la semaine. Face à une colère profonde et un rejet massif du pass sanitaire, de l’obligation vaccinale et plus largement du mépris et de la pauvreté, la seule réponse du gouvernement est la répression, de sorte qu’un couvre-feu colonial a été imposé dans la soirée.

vendredi 19 novembre

Crédits photo : AFP/ Carla BERNHARDT

Grève, manifestations et blocages : une colère généralisée

Depuis plus de cinq jours, la Guadeloupe est traversée par des mobilisations aux allures de révolte associant blocages mais aussi des grèves. Partie notamment du secteur hospitalier et des pompiers, la mobilisation s’est étendue au corps enseignants, aux travailleurs des stations-services, de l’hôtellerie et de la restauration. Les piquets de grève, les manifestations et les rassemblements, où flottent les drapeaux de la CGT ou de FO, résonnent de slogans « liberté » scandés en chœur et entrecoupés de sirènes de camion des pompiers mobilisés.

Les blocages des stations-services et des routes se sont également mis en place et, de nuits comme de jours, se montent des barrages alors qu’autour des ronds-points s’entremêlent pneus, chaises, tables et mobiliers en tout genre. Les nuits dernières, les barrages enflammés se sont également multipliés, symptomatiques d’une colère en voie de radicalisation.

Au cœur des revendications : la fin du pass sanitaire et de l’obligation vaccinale qui touche les soignants et les pompiers. Derrière ces revendications, plusieurs réalités. D’abord, on y retrouve toute la colère d’une population qui, la semaine dernière encore, était sous « état d’urgence sanitaire » et qui vivait au rythme d’un couvre-feu imposé par l’Etat français dès le début de l’épidémie. Mercédès, manifestante, explique avec colère au micro de Canal 10 « On dit non au pass sanitaire et non à l’obligation vaccinale […] Pendant un an et demi le gouvernement nous a bloqué nos vies, nous a obligé à un certain kilométrage, ils ont fermé certaines de nos entreprises. » Auprès de FranceInfo Axel dénonce également une situation insoutenable : « Dans ce quartier, il n’y a pas d’électricité ni d’éclairage public depuis six mois. Depuis des années, il y a des coupures d’eau pendant parfois une semaine. Il y a aussi le problème du ramassage des ordures : les gens vivent dans la saleté ».

Du côté des travailleurs des stations-services des revendications sectorielles ont également émergé, ils dénoncent la fin de leur convention collective en place depuis 20 ans. C’est un ras-le-bol général qui se fait sentir, celui d’une misère très présente et d’une crise sanitaire meurtrière dans un territoire qui « dispose de moins de lits que la moyenne française, 48 pour 10 000 habitants contre 60 pour l’Hexagone » soit 20 % de moins.

Dans un des territoires qui a le plus fait les frais de la gestion erratique, répressive et criminelle du gouvernement, le pass sanitaire et l’obligation vaccinale sont venus cristalliser colère et défiance à tel point que sur le CHU de Point-à-Pitre, 566 suspensions ont été prononcées et que seuls 46% des guadeloupéens majeurs sont vaccinés contre 90 % nationalement d’après France Info. Ainsi, à la colère contre le pass sanitaire et la gestion coloniale de la crise sanitaire se mêle un fort rejet du vaccin en général. Parfois traité de « poison », il est considéré par une grande partie des manifestants comme dangereux.

Une position qui trouve en partie ses fondements dans la défiance face à l’Etat français qui impose de manière autoritaire ses directives sanitaires, et dont la politique est massivement rejetée. Cette colère générale face au vaccin peut tendre ainsi à confondre l’outil que représente le vaccin et la méthode autoritaire par laquelle il est imposée. Une colère qui devrait se diriger en premier lieu contre l’Etat colonial français, contre son autoritarisme sanitaire, son pass sanitaire, mais encore ses couvre-feu coloniaux.

Gaz, charges et renfort policier : la répression en marche

En face, la réponse du gouvernement ne s’est pas faite attendre et dès lundi, durant la première journée de grève, deux pompiers ont été blessés et deux personnes interpellées. L’un d’entre eux a d’ailleurs été interdit de manifester, d’exercer et soumis à une astreinte à domicile entre 19h et 6h.

Quand un peu partout à travers le territoire, les forces de répression détruisent les blocages et répriment les piquets de grève à coup de charges et de gaz lacrymogène, des pompiers ont résisté et repoussé les gendarmes à l’aide de leurs lances à eau

Face à la détermination des manifestants et à la radicalisation d’une partie d’entre eux, le gouvernement par la voix de Gérald Darmanin et de Sébastien Lecornu – ministre des Outre-mer- a annoncé qu’il allait envoyer un « renfort » de 200 policiers et gendarmes pour « rétablir l’ordre républicain ». Une annonce qui intervient dans la continuité des menaces du préfet de Guadeloupe qui a expliqué dans un communiqué « cette violence ne peut être ni tolérée ni acceptée et doit même être condamnée par tous » afin de préciser que «  les auteurs des violences continueront à être interpellés et poursuivis.  » De son côté, le Medef guadeloupéen «  condamne fermement les entraves à la liberté de circuler et les incidents que subit la population  » tout en reprenant sur la situation sanitaire une rhétorique stigmatisante et culpabilisante vis-à-vis de l’ensemble de la population. « N’avons-nous pas assez de morts en Guadeloupe, du fait de notre irresponsabilité collective ? » interrogent ainsi les représentants patronaux sans honte. La presse bourgeoise n’est pas en reste et se montre prompte à dénoncer un « vandalisme » ou à parler de volonté de semer le « chaos », dans une logique méprisante et stigmatisante.

La solidarité se met en place face à la répression

Les manifestants mobilisés n’entendent pas s’arrêter face à la répression. Face à l’arrestation des pompiers, ils ont été nombreux et nombreuses à se réunir en soutien, scandant : « La Guadeloupe est en danger, nous devons mettre nos forces dans un seul combat pour résister ! Sauver le pays et gagner notre liberté. »

De son côté, Maïté Hubert M’Toumo, dirigeante de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), a dénoncé « une atteinte grave à une liberté fondamentale qu’est le droit de faire grève » en insistant sur la nécessité de « renforcer les piquets de grève. » Et c’est avec colère qu’elle dénonçait les réactions face à leurs revendications : « la réponse de l’Etat français, de nos directeurs d’établissements, c’est la répression et la violence. »

Pour le droit à l’auto-détermination, soutien aux travailleurs guadeloupéens

Le mouvement, animé par une colère aux racines profondes, n’est pas prêt de s’arrêter et la grève se poursuit. Au rejet des mesures autoritaires qui ont servi de plan contre l’épidémie depuis le début, l’Etat répond par la répression. Pourtant si le mouvement est largement marqué par le rejet du vaccin, entretenu par de nombreuses fausses informations qui circulent massivement, la réponse de stigmatisation, et du racisme apportée depuis des mois par le ministère des Outre-mer qui assure qu’il s’agit de « réticences culturelles » cherche à éviter le véritable sujet : la responsabilité du gouvernement dans cette situation.

Non seulement le manque de moyens dans les hôpitaux, dans les structures pour tester Covid ont conduit à une situation dramatiquement meurtrière mais leurs nombreux mensonges et leur gestion répressive a alimenté une défiance vis-à-vis du vaccin. Or celui-ci est une nécessité pour faire reculer l’épidémie et notamment les formes les plus graves et le faible taux de vaccination sur le territoire est un danger pour la population locale.

Face à l’autoritarisme colonial de l’Etat français, il est plus qu’indispensable de soutenir le droit à l’auto-détermination du peuple guadeloupéen qui aujourd’hui se révolte principalement contre l’autoritarisme du gouvernement, mais plus généralement, sur des questions sociales, et économiques, alors que l’inflation ne cesse d’attaquer les salaires. Il est nécessaire de dénoncer avec force l’ensemble des moyens utilisés par l’Etat français pour imposer sa politique, et maintenir « l’ordre » colonial.

Pour une issue positive à la crise sanitaire il est nécessaire d’ajouter au retrait des mesures autoritaires exigé par le mouvement, une augmentation des moyens, la construction d’hôpitaux, l’ouverture de lits et l’embauche de soignants, ainsi une campagne massive de sensibilisation à la vaccination menée au plus près des réalités locales par le mouvement ouvrier, et notamment les soignants, et les scientifiques, conscients de l’importance de celle-ci pour aller vers la fin de l’épidémie.




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