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Multiplication des conflits à la SNCF

Nouvelle grève des contrôleurs : « pour nos salaires, nos carrières et la reconnaissance de notre métier ! »

Les contrôleurs sont appelés à faire grève par le Collectif National des ASCT, SUD-Rail et la CGT Cheminots afin de faire appliquer les promesses de la direction lors du conflit de l’hiver précédent. Alors que les préavis de grève se multiplient dans les différents secteurs de la SNCF, c’est l’occasion de durcir le ton et frapper tous ensemble.

Anna Ky

14 février

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Nouvelle grève des contrôleurs : « pour nos salaires, nos carrières et la reconnaissance de notre métier ! »

Crédit photo : C. Allain

Ce week-end de départ en vacances, les contrôleurs (ou Agents du Service Commercial Train, ASCT) sont appelés à la grève, dans un contexte de ras-le-bol généralisé et de multiplication des conflits sectoriels à la SNCF. Deux préavis de grève allant du jeudi 15 février au soir jusqu’au lundi 19 février au matin ont été déposés par SUD-Rail et la CGT Cheminots, après des tables rondes avec la direction portant sur l’application des promesses faites un an auparavant aux contrôleurs mobilisés.

La grève des ASCT lors de la période des fêtes de fin d’année 2022 avait surpris tout le monde. Issu d’un collectif (le CNA) sur Facebook qui voulait « dépasser les divisions syndicales » et « unir l’ensemble des ASCT », l’appel à la mobilisation s’était fait en dehors des canaux d’organisation traditionnels de la SNCF, bien que plusieurs syndicats avaient mis leurs outils au service de la grève en déposant des préavis. La presse parlait alors de « grève surprise » et de « gilet-jaunisation du mouvement ouvrier ». Ce conflit particulier, dont l’ampleur et le caractère inédit avait forcé la direction de la SNCF à plier sur un certain nombre de revendications, annonçait également la forte aspiration à l’unité qui a structuré le mouvement contre la réforme des retraites trois mois plus tard.

Avec ce nouvel appel à la grève, explique Cécile, contrôleuse dans la région Occitanie, on veut « faire la démonstration de la détermination des différents syndicats et de l’ensemble des ASCT au niveau national concernant les engagements non tenus au sujet du salaire, du déroulement et fin de carrière et de la reconnaissance de la pénibilité du métier. » Car plus d’un an après la mobilisation massive impulsée par le CNA, bien peu de choses ont changé.

Les mensonges de la direction pour diviser les cheminots

Le patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a osé déclarer sur RTL que « la rémunération mensuelle des contrôleurs a augmenté de 20 % en trois ans, bien plus que l’inflation, soit 500 euros par mois ». Il s’agit d’un mensonge pur et simple, dénoncé tant par les syndicats que par les ASCT. « Pour être précise, en décembre 2022 mon salaire mensuel de base était de 1536 euros, témoigne Elsa, embauchée en CDI il y a un peu plus de deux ans. Un an plus tard, avec les augmentations générales et individuelle, il est passé à 1638 euros. » De plus, comme le rappelle la CGT dans un tract, « pour tous les contractuels [à l’instar d’Elsa et Cécile, qui n’ont pas été embauchées au statut cheminot, NDLR] l’enveloppe annuelle fixée pour 2024 est revalorisée de 0,1 % ». Loin des 500 euros d’augmentation vantés par Jean-Pierre Farandou donc, qui s’est contenté en réalité d’augmenter les salaires juste assez pour qu’ils restent au-dessus du SMIC et de distribuer des primes ponctuelles pour tenter d’acheter la paix sociale à la SNCF.

« La revendication qu’on veut mettre en avant, c’est une augmentation générale des salaires, et non par des primes » fulmine Vincent, qui fera également partie des grévistes ce week-end. Les 400 euros promis par la direction pour le mois de mars sous forme d’une nouvelle prime exceptionnel sont loin d’avoir eu l’effet escompté, face à la multiplication des préavis de grève. « Faire croire qu’on est des nantis, des privilégiés, c’est la stratégie préférée de la direction pour nous mettre les usagers à dos, mais aussi certains collègues » explique Elsa.

Car à la SNCF, ces dernières semaines, chaque corps de métier veut se faire entendre et cherche une reconnaissance de la pénibilité propre à chaque métier. Ce sont les technicentres qui ont ouvert la voie par un débrayage massif le 9 janvier. Après la grève des ASCT qui s’annonce massive, viendra le tour des agents de circulation qui sont appelés à faire grève le week-end suivant. Dans de nombreuses régions, on a également vu émerger des conflits locaux, comme les conducteurs de Nice le mois dernier.

La division des dates est déplorée par les contrôleurs. « Une unité syndicale et entre les différents services serait sûrement plus efficace même si certaines revendications sont différentes argue Cécile. S’unir sur les demandes communes et complémentaires nous permettrait d’avoir un impact renforcé. » C’est également l’avis de Vincent, pour qui l’appel à la grève sur un week-end est insuffisant. Il explique qu’il faut « créer une unité au sein des ASCT » mais aussi au-delà. « Si d’autres corps de métier nous rejoignent, nous pouvons tendre à des revendications communes ». Car comme fil conducteur de toutes les mobilisations qui émaillent ce début d’année à la SNCF, il y a la question des salaires, de la pénibilité au travail, et de la reconnaissance des métiers.

Cette division des dates a également comme conséquence d’affaiblir le mouvement car il rend les cheminots plus poreux au chantage systématique de la direction, qui conditionne les quelques miettes qu’elle est prête à lâcher au fait de lever les préavis de grève. C’est notamment ce qui s’est passé dans les technicentres. Toujours sur RTL, Jean-Pierre Farandou revendique d’ailleurs la CFDT et l’UNSA qui ont décidé de rester en dehors du conflit des ASCT après la dernière table-ronde. Pourtant, comme le rappelle le CNA, « la direction répond à côté... elle ne répond même pas partiellement... elle ne répond pas du tout à nos attentes et en plus nous méprise en nous traitant de nantis... ».

La grève s’annonce massive, il faut organiser la colère !

Dans sa dernière publication sur les réseaux sociaux, le CNA annonce : « Dans de très nombreux établissements, le taux de DII [déclaration individuelle intention de grève, ndlr] flirte les 100%. Aujourd’hui plus de 80% des Chefs de bord de France cesseront le travail les 16-17 et 18 Février 2024 ! »

Dans certaines villes, des assemblées générales ou des rassemblements sont organisés, alors que ce n’était pas forcément le cas lors de la précédente grève des contrôleurs. Les agents avec qui nous nous sommes entretenus comptent bien y participer. « Ce sera l’occasion de mieux comprendre l’évolution du mouvement de grève et de participer activement en fonction des besoins pour le mener à bien », déclare Cécile.

Et en effet, ces cadres d’auto-organisation dont se dotent les grévistes peuvent être le lieu privilégié pour échanger sur les suites à donner au mouvement et les liens à faire avec les autres corps de métier à la SNCF à l’approche des JO. Ces assemblées sont indispensables pour se coordonner au-delà des étiquettes syndicales et construire un mouvement d’ensemble qui réponde aux revendications de tous les cheminots.

[A leur demande, les prénoms de certains ASCT interviewés ont été modifiés]


      
    
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