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Réforme du Bac

Nouvelle réforme Blanquer. Plus de contrôle continu pour un bac toujours plus inégalitaire

Après pratiquement deux ans de crise sanitaire, particulièrement difficile à vivre pour les lycéens et lycéennes, et peu après la mise en place de la réforme du bac instaurant les E3C, les lycées vont devoir faire face à la possibilité d’une nouvelle réforme du bac instaurant toujours plus de contrôle continu.

mardi 29 juin

Crédits : AFP - FREDERICK FLORIN

Peu après l’instauration des E3C, la possibilité de les supprimer est déjà émise. En effet, cette nouvelle réforme consiste à renforcer le contrôle continu pour abandonner les évaluations communes. Ces fameux “E3C”, qui avaient bouleversé les lycées à leur mise en place, en faisant naître des mobilisations de la part de l’ensemble des acteurs de l’éducation, au vu du peu de préparation organisée et qui faisait passer les élèves pour des “cobayes”.

Pour rappel, les E3C sont les épreuves communes qui concernent les matières qui ne sont pas évaluées aux épreuves terminales, c’est-à-dire l’histoire-géographie, l’enseignement scientifique, la spécialité choisie en première, les deux langues vivantes et l’EPS. Ainsi, techniquement la part du contrôle continu resterait à 40% et la répartition des épreuves terminales à 60%. Mais en comptant la suppression des E3C, le contrôle continu devient plus favorisé.

Le projet de loi a été présenté au Sénat le 16 juin par Pierre Mathiot, co-pilote du comité de suivi et confirmé le 28 juin par le ministère de l’éducation, à travers des projets d’arrêtés et de décrets communiqués aux différents syndicats.

Des conséquences renforçant les inégalités et la sélection

Selon le ministère de l’éducation nationale : "le nouveau baccalauréat gagnerait en lisibilité, en simplicité et en robustesse... Il pourrait ainsi davantage préparer les élèves aux exigences de l’enseignement supérieur". Or, cette simplicité qui s’observe surtout au niveau de l’organisation des épreuves cache des inégalités que cette réforme renforce.

Le premier enjeu de cette réforme s’explique par le fait que cette réforme peut instaurer des inégalités territoriales et de classe. En effet, celle-ci implique que chaque élève soit dépendant de l’enseignement de son lycée et de chacun de ses enseignants. Or, il suffit de remettre sur le plan, l’éternelle comparaison entre un lycée de banlieue et Henri IV, pour comprendre que les inégalités sont toujours très présentes en termes d’enseignement. Par ailleurs, même si le bac n’est pas utilisé pour Parcoursup, cette méthode de contrôle continu encourage les établissements dans le supérieur à sélectionner les élèves selon leurs établissements. C’est-à-dire selon le lieu d’habitation des parents et donc de l’affectation des élèves dans leur lycées. C’est la classe sociale de chacun et chacune qui est directement touchée. Les conditions de travail pour les enseignants peuvent aussi se retrouver dégradées. En effet la pression va monter dans le souci de suivre chaque élève, sans compter la pression des parents qu’ils pourront exercer sur les enseignants en tant que responsables.

Le deuxième point de cette réforme concerne le retour des options qui se retrouvent donc évaluées en contrôle continu. Or, ces options requièrent des financements (notamment en termes de personnels) que tous les établissements n’ont pas à disposition. Cela implique aussi une adaptation des enseignants de leur emploi du temps. Une inégalité qui, une seconde fois, ressort du territoire.

D’autre part, un bac local pourrait en conséquence favoriser la privatisation des écoles, un marché de compétition ouvert pour les parents et élèves qui chercheront, pour celles et ceux possédant les moyens, les établissements phares afin d’obtenir les meilleures places et s’assurer une carrière. On oublie donc déjà les lycéens et lycéennes de banlieue pour qui le système de l’éducation national pèse déjà beaucoup en termes de compétition, notamment sur Parcoursup, qui favorise la sélection.

Des réactions mitigés

Parmi les différentes réactions, on dénote plusieurs points de vue. D’un côté, une classe politique qui déplore « l’enterrement du diplôme » et des « valeurs méritocratiques » qui comme on sait ne justifient que les inégalité qui traversent déjà l’Education Nationale. De l’autre, la dénonciation d’une aggravation des inégalités à l’échelle territoriale.

De la part des syndicats, on assiste à une division plus ou moins semblable. Le Sgen Cfdt explique qu’il s’agit d’une mesure réclamée depuis longtemps : "une mesure de raison après les dysfonctionnements des examens". Mais défendu aussi par le SNDPEN-UNSA, qui se compose majoritairement des proviseurs. Cette réaction s’explique par le fait que cette réforme faciliterait, (selon les syndicats reprenant les arguments du gouvernement) l’organisation des épreuves, qui avait été reproché ces derniers mois.

Tandis que le Snes, majoritairement composé du corps enseignant, a appelé « les personnels à manifester dès cette semaine, dans les jurys, leur opposition à ces mesures par des prises de positions collectives ». Dans le cadre d’un CSE (Conseil supérieur de l’éducation), ce projet de loi sera étudié par les syndicats le 8 juillet.

Selon, Bobkiewicz, secrétaire général du Snpden, il s ’agit aussi du moment idéal pour faire passer cette réforme, alors même que le corps enseignant et le personnel lycéen sont épuisés par l’organisation des épreuves du bac en pleine crise sanitaire : « C’est un sujet qui peut maintenant passer... C’est un message qui peut être accepté par les enseignants. C’est l’occasion de transformer ». Or, il ne faut pas manquer de rappeler que nous nous situons aussi dans un contexte où les réformes risquent de pleuvoir pendant les prochains mois, afin que Macron puisse finir son mandat selon le rôle de réformateur qu’il tient depuis le début.

D’autre part, cette réforme a sans doute aussi un but économique. Car supprimer des épreuves pour favoriser le contrôle continu permet de réaliser des économies en termes de correction des épreuves et en intégrant ce travail aux enseignants dans leur tâches quotidiennes. La réforme s’inscrit dons dans la droite ligne des suppressions de postes, recours aux contractuels et réduction de moyens qui asphyxient l’éducation nationale depuis des années et que Blanquer est venu renforcer.

Face à cette réforme, qui ne fait que renforcer la sélection déjà bien présente à la sortie du bac, il est nécessaire que les syndicats, au lieu de négocier la reforme et louer les aspects soi-disant positifs, préparent un plan de bataille pour faire sauter l’ensemble des reformes sélectives et exiger des moyens massifs pour l’Education Nationale.




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