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Saint-Denis

« On y arrive plus » : la situation s’empire au service néonatal de Saint-Denis

En grève depuis le 29 décembre dernier pour des augmentations de salaires et des embauches, les infirmières du service de néonatalogie de l’hôpital de Saint-Denis dénoncent le mépris, les mensonges de la direction et la mise en danger des nouveaux-nés dont elles ont la charge.

Lisa Mage

26 janvier 2023

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Crédits photo : LIONEL BONAVENTURE / AFP

Manque de personnels, de moyens et non-respect des repos : le cauchemar du service de néonatologie de Saint Denis

Depuis près d’un mois, les infirmières du service de néonatalogie de Saint-Denis sont en grève pour de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires. Une deuxième concertation depuis le début du conflit s’est tenue avec la direction jeudi dernier, une discussion très « superficielle » selon Axelle*, infirmière au service de néonatalogie. « Il n’y a absolument aucuns avancements et pourtant on avait plein de points à voir » explique-t-elle. Laura*, gréviste, fait le même constat : « On s’est rencontrés jeudi soir avec la direction, c’était une discussion très houleuse. Sur les 20 revendications que nous portons, la direction a bougé sur seulement deux revendications, et, évidemment, ce sont les moins immédiates, à savoir la mise à disposition d’un pneumatique reliant le service au laboratoire pour nous éviter de nous déplacer (il faut compter 6 à 8 mois pour la réalisation de ce projet) et la gestion externe de la pharmacie afin que deux infirmières n’aient pas à être mobilisée sur cette tâche ». Les grévistes dénoncent ainsi la mauvaise foi de la direction prête à tout pour ne pas céder sur les revendications les plus urgentes, telles que les embauches et les augmentations de salaire. « Il y a carrément une guerre, ils campent sur leur position » avance Laura.

En outre, en dépit de la grève symbolique menée par les infirmières depuis plus d’un mois, aucune embauche n’est prévue à l’horizon. Une situation d’autant plus dramatique que les équipes continuent à se réduire semaines après semaines. Axelle explique ainsi : « On était en sous-effectif, là on a plus d’effectif du tout, dimanche soir, elles étaient deux à travailler ». Et Laura de surenchérir : « On a peur qu’un jour il n’y ait personne, que tout le monde soit en arrêt ». Au contact de nourrissons prématurés, le personnel hospitalier craint le pire. « On y arrive plus, les collèges craquent tous les jours » déplore Axelle.

Une direction qui fait la sourde oreille et méprise les grévistes

Sourde aux revendications des grévistes, la direction semble décidée à utiliser la situation à son profit pour mettre la pression sur le personnel. « Depuis le début de la grève, c’est de pire en pire, c’est une ambiance pesante, je vais au travail avec la boule au ventre » explique Axelle. « On nous appelle à des heures indues » ajoute-t-elle. « On nous fait venir du jour au lendemain. On nous appelle tout le temps, on demande même à des collègues de nous appeler pour nous dire qu’on travaille » s’émeut Laura. Alors même que le respect des plannings, préparé, théoriquement, pour le mois, est une des revendications principales de ces travailleuses, le surmenage est plus violent que jamais. Axelle conclue : « Le climat s’est complètement détérioré, de jours en jours ça s’empire, les plannings changent tout le temps, on nous appelle le dimanche matin, le soir à 22 heures, ce n’est pas supportable ».

Les infirmières font également part d’un mépris quotidien de la part de leur direction. « Ça ne va plus, les cadres ne nous entendent pas. Ils viennent, et pourtant rien ne se passe bien. On ne fait que répéter qu’on est à bout et pourtant, on ne nous entend jamais. » s’indigne Axelle. « Il y a une cadre qui nous a dit que ce qu’on faisait c’était rien […] qui nous a renvoyé à la responsabilité de nos services. On essaie de nous faire craquer, mais nous on veut seulement sauver le service » poursuit-elle. .

Les pressions ne s’arrêtent pas là. Ayant eu vent de la grève, Stéphane Peu, député de Saint-Denis, a envoyé un courrier à la direction de l’hôpital. La réponse qu’on lui a faite est symptomatique, selon les grévistes, des méthodes de culpabilisation dont la direction serait coupable. L’échange de lettres, publié sur la page Facebook de Sud Santé, syndicat majoritaire, est ainsi pour le personnel de l’hôpital un témoignage éclatant des mensonges prodigués par la direction pour se déresponsabiliser du conflit en cours. Interpellé par le député, le directeur aurait répondu par de fausses informations. L’embauche revendiquée d’une auxiliaire de puériculture, soi-disant depuis février pour le lavage des incubateurs, cacherait en réalité un reclassement professionnel pour des problèmes de dos : « Physiquement, elle n’est pas capable de laver les incubateurs » s’indigne Axelle. Laura nous explique aussi que la direction revendique dans la lettre avoir mis en place des primes et des mesures d’attractivité pour les infirmières avant la grève de 2021. En réalité, « C’est grâce à la grève qu’on a obtenu cela, pas grâce à la direction » précise Laura.

Toutes ces manipulations sont loin de laisser indifférents les grévistes. « C’est super dur, pour que le mouvement perdure il faut tenir mentalement » raconte Axelle. Mais, face à ce mépris, les grévistes sont solidaires et ne compte pas lâcher :« Il va y avoir une autre réunion dans la semaine, ils sont censés nous faire une autre proposition mais s’ils ne bougent pas ça va être compliqué d’accepter » développe Laura. Et d’ajouter : « Si on arrête on aura fait tout ça pour rien, la situation ne s’améliora pas ».

Dans un contexte plus global de lutte contre la réforme des retraites, sur fond de crise économique et de fortes revendications salariales, cette grève est la démonstration de la précarité des travailleurs essentiels, cela tout particluièrement dans les métiers féminisés. Il nous faut, en ce sens, revendiquer l’augmentation des salaires mais aussi des embauches, afin que les nouveaux-nés puissent être accueillis et le personnel travailler dans de bonnes conditions. Le mépris et le blocage instaurés par la direction ne font qu’aggraver les conditions de travail des infirmières et nuire à la santé des patiens dont elles ont la charge.

*Les prénoms ont été modifiés


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