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Politique

Covid-19 et avidité patronale

Ouverture de commerces non essentiels : ils comptent leurs sous, on compte nos morts

Depuis les chaînes de fast-food aux grandes enseignes d’électroménager et de jardinage comme Darty et Jardiland, de nombreux commerces ont rouvert partiellement leurs portes, exposant les salariés à des risques sanitaires inconsidérés dans le seul but d’accroître leurs profits.

jeudi 9 avril

La crise sanitaire et économique est venue mettre en exergue les contradictions d’un système où la production est entièrement dirigée vers une logique de profits. Par un double discours, le gouvernement criminalise et individualise les « responsables » de la propagation du virus d’une part et oblige des centaines de milliers de salariés à aller travailler malgré les risques encourus d’autre part.

Dans ce contexte, plusieurs enseignes ont décidé de rouvrir leurs portes, mettant en péril la santé de leurs employés dans une pure logique de rentabilité. Il y a plus d’une semaine déjà, Mc Donald’s avait annoncé rouvrir progressivement ses points de vente tout en renforçant « les mesures sanitaires pour le personnel et les clients » et en se centrant uniquement sur la vente à emporter et les livraisons.

Mais dans le contexte de pic épidémique en cours et du sous-effectif impliqué par le respect des distances de sécurité au travail, la réouverture de ces fast-foods ont surtout pour conséquence une surcharge de travail dramatique pour les employés, souvent précaires, qui n’ont d’autres choix que de se plier à la volonté du patronat. Et dans les cuisines de ces enseignes, les consignes sanitaires sont loin d’être respectées et il ‘y a pas d’espace suffisant pour respecter les gestes barrières. Certains salariés présentant des symptômes du coronavirus se sont vu rétorquer qu’il devait s’agir d’une « grippe » ou que c’était essentiellement « psychologique ».

Mais au-delà de cette enseigne, ou encore de KFC et Pizza Hut qui rouvrent leurs portes dans des conditions similaires, ce sont aussi des fleuristes et des magasins de bricolage qui choisissent de déconfiner leurs salariés. À l’heure où l’hôpital public manque cruellement de matériel médical, et où les pharmacies connaissent une pénurie de produits sanitaires, des milliers de masques et de gants sont donc dédiés à la réouverture de commerces loin d’être essentiels dans la période : la Fnac, Darty, Jardiland, Interflora… Autant de grandes enseignes qui ont décidé de relancer en partie leur commerce au détriment de la santé, et parfois même de la vie, de leurs salariés.

La réouverture de ces enseignes fait écho à la politique menée dans plusieurs secteurs de l’industrie (automobile, aéronautique…) qui cherche à maintenir la production par tous les moyens, là où elle est totalement inutile. Une volonté de maintenir les profits qui se fait toujours au détriment des salariés, des plus précaires, qui se retrouvent à devoir choisir entre le chômage ou d’importants risques sanitaires, à devoir parfois choisir entre une vie de précarité ou la mort. Pour sa part, Airbus s’apprête à verser 1,8 milliards d’€ de dividendes à ses actionnaires, Fnac-Darty enregistrait un chiffre d’affaires de 7,34 milliards d’euros en 2019, McDonald’s a enregistré le meilleur chiffre d’affaires de son histoire en 2019 et reversé 2,3 milliards de dollars à ses actionnaires.

Si le virus ne fait pas de distinction entre les riches et les pauvres, ce sont les salariés envoyés en première ligne, exposés à d’importants risques sanitaires, qui prennent le risque de tomber malade, de contaminer leurs proches. Ainsi, Pascal le Manach, délégué CGT et travailleur dans l’industrie automobile expliquait dans une interview accordée à Révolution Permanente : « Il faut noter que ce qui fait que les salariés sont méfiants par rapport à la reprise d’activité et sont extrêmement soucieux de respecter le confinement c’est que dimanche 22 mars un collègue de l’usine est décédé du Coronavirus. Ce décès a extrêmement touché les salariés de Renault Cleon. »

Tandis que les patrons de ces grandes enseignes comptent leurs sous et cherchent le profit, on compte nos morts. Ces caissières, ces soignants, ces métallos, exposés au virus pour produire et vendre de l’inutile, sont jetés en pâture par les capitalistes au risque de faire gonfler les chiffres dramatiques de malades en réanimation, de décédés, de victimes du Covid-19, et ce, seulement à cause de l’avidité des patrons.

Aujourd’hui plus que jamais il est nécessaire d’exiger que le matériel sanitaire – masques, gants, gel hydroalcoolique – soit entièrement destiné au personnel soignant et aux travailleurs en première ligne, dans la production et les commerces de première nécessité. Les millions de travailleurs plongés dans le chômage et la précarité par la crise doivent pouvoir bénéficier d’un revenu à hauteur du SMIC quelle que soit leur situation, pour ne pas subir de chantage à la reprise du travail au détriment de leur santé et de leur vie.

Pour ne plus compter nos morts pendant qu’ils comptent leurs sous : #StopProductionNonEssentielle




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