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Réouverture des facs en février : les partiels et la sélection sociale eux sont maintenus

Face à la réouverture des facs en février, une partie de la communauté universitaire, dont les Présidences, s’est indignée de la situation, s’inquiétant de la précarité et de la santé mentale des étudiants... En oubliant presque leur responsabilité dans les difficultés rencontrées par les étudiants, alors que les partiels vont notamment être maintenus, parfois en présentiel.

samedi 28 novembre 2020

Crédit photo : FREDERICK FLORIN / AFP

Cette nouvelle n’est pas restée sans réaction. Au lendemain de l’annonce, les tribunes universitaires se sont multipliées pour revendiquer l’ouverture des universités dès janvier. Les syndicats étudiants et du personnel de l’université comme le SNESUP-FSU, les collectifs de mobilisations tel que Rogue ESR et Université ouverte, mais plus surprenant encore des regroupements de Présidents d’Université comme l’Alliance des universités de recherche et de formation (AUREF), le Conseil des Président d’université (CPU) et même le regroupement très élitiste des 10 universités les plus reconnus de France, et promoteur de la LPR, (UDICE) se sont positionnés contre cette décision. Ces derniers invoquent les conditions auxquelles les étudiants sont confrontés depuis le début du confinement, s’inquiétant de leur santé mentale et de l’aggravation de la précarité. L’UDICE va même jusqu’à affirmer «  que cette situation est une véritable bombe à retardement sociale et humaine  ». Bien plus encore, « Nous avons peur d’un décrochage massif  », voici ce qu’a déclaré Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux, membre du CPU et de l’UDICE, au micro d’Europe 1 ce vendredi.

Cette situation que les présidences d’universités semblent découvrir n’est pas nouvelle, nous l’a connaissons bien et nous avons régulièrement écrit dessus sur Révolution permanente : manque de matériel, conditions de vie insalubres, conditions de travail de plus en plus rudes, augmentation de la précarité avec des étudiants survivant au dépend de l’explosion des dons alimentaires, et bien sûr détresse psychologique. Bref un apparent virage « social » résumé par ces mots d’ordre « n’ajoutons pas une crise étudiante à la crise sanitaire ».

Mais à y regarder de plus près, ces prises de positions des Présidences d’universités entrent en contradiction avec la réalité actuelle des universités, dans laquelle la crise étudiante est déjà bien présente. D’une part ce qui rend les conditions estudiantines difficiles, c’est l’intense continuité pédagogique imposée aux étudiants dans des conditions désastreuses, par le manque de moyen chronique de l’université : saturation des espaces de travails en ligne, bugs numériques qui rendent compliqués l’accès aux cours et renforcent plus que jamais les inégalités. Cette continuité pédagogique est un poids aussi pour le corps enseignant et administratif se retrouvant débordé, et devant composer avec les moyens du bord, souvent insuffisants et vétustes ; mais cela, les Présidences d’Université ne l’évoquent pas, si ce n’est pour dresser les enseignants en héros et vanter leur établissement pour faire oublier le manque de moyens. Rhétorique bien connue depuis le début de la pandémie. Les universités sont aujourd’hui une forte source de pression pour les étudiants qui croulent sous la charge de travail imposée par une continuité pédagogique totalement déconnectée de la réalité.

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 »

La pandémie ne fait que renforcer et accélérer un processus de précarisation de la jeunesse déjà présent. En première ligne des conséquences économiques et sociales de la crise, la jeunesse n’a jamais eu autant de doutes quant à son avenir où précarité, chômage et sélection lui tendent les bras. Et en cela les Présidences d’Universités n’échappent pas à toutes responsabilités : dans le même temps qu’elles réclament au plus vite la réouverture des Universités s’inquiétant de la précarité et de la santé des étudiants, elles vont leur imposer une sélection rude dès le mois de décembre qui risque d’aggraver la situation pour celles et ceux qui ne s’en sortent pas aujourd’hui. Comble de l’ironie, pour sélectionner au mieux, certaines facultés ont choisi de faire les partiels en présentiel, au sein des universités, qui seront fermées jusqu’en février.

C’est le cas à l’Université de Bordeaux, là même où le président s’inquiète du décrochage. Sur le campus Sciences de l’Homme, les facultés de psychologie et de STAPS ont par exemple décidé que les partiels seraient en présentiel afin « d’évaluer les étudiants sur la base de leurs compétences ». Bien plus que l’aberration sanitaire que représente une telle décision, les étudiants vont devoir se rendre à l’Université, prenant le risque d’attraper le virus avant les fêtes de fin d’année ; c’est aussi cet aspect profondément inégalitaire de la situation que nous dénonçons. Ces cas sont l’illustration d’un système profondément antidémocratique ne considérant que peu l’avis des étudiants. La décision a été actée lors d’un conseil de collège, qui doit être renouvelé depuis 8 mois, avec seulement deux représentants étudiants ayant la possibilité de voter, autant dire que les étudiants n’ont aucun poids décisionnel, l’illusion est de pire en pire. Mais au-delà de ces instances que nous dénonçons depuis longtemps, il y a plus déplorable encore.

Alors qu’une promotion de psychologie a réussi à prendre le temps de s’organiser malgré la charge de travail et la précarité afin de se faire entendre et que 80% de la promotion revendique la mise en distanciel des examens pour des raison sanitaires et sociales, les revendications sont balayées d’un revers de la main. Les enseignants l’affirment, il est nécessaire d’évaluer les compétences dans les meilleures conditions possibles, autrement dit, la sélection ne serait optimale à distance. Nous n’avons jamais eu l’illusion de l’inverse, mais en ces temps de crise la nature de l’université n’a jamais été autant visible. Nous l’avions vu avec la bataille des partiels à Paris 1 au printemps dernier et nous le voyons aujourd’hui avec une sélection imposée malgré la connaissance de la détresse estudiantine et les inégalités qu’engendrent la situation : quoi qu’il arrive elle doit jouer son rôle pour trier les étudiants. La démocratie sert seulement de façade.

Cette sélection est nécessaire pour les Universités qui sont profondément en crise aujourd’hui. Elles accueillent beaucoup trop d’étudiants pour leurs moyens et surtout elles forment une masse d’étudiants qui ne trouvent plus de place sur le marché du travail à la hauteur de ces qualifications. Le discours de la valeur du diplôme qui protège du chômage n’est plus qu’un vague souvenir pour une jeunesse qui va se retrouver confrontée à une crise économique qui n’a pour seule comparaison possible que celle de 1929. Autant dire que la situation ne va pas s’améliorer. Parcoursup, la loi ORE tout comme la LPR sont des réformes qui vont dans ce sens : restreindre l’accès à l’Université à toute une frange précaire de la population et élitiser les universités, et celles-ci ont été fortement soutenues par de nombreuses Présidences d’Universités.

Face à cet horizon il est plus que nécessaire de remettre en cause la sélection et de revendiquer la validation automatique de l’année afin qu’aucun étudiant ne soit laissé sur le bord de la route, notamment les plus précaires. Cela doit être lié à un investissement massif dans les universités pour assurer des moyens d’études suffisants, tant matériellement qu’au niveau du personnel avec la titularisation des contrats précaires et une embauche massive. Tout comme des mesures pour lutter contre la précarité, telle qu’une allocation de jeunesse à la hauteur qui vaille la peine de se battre, un moratoire sur les loyers ou la réquisition des logements vides. Mais bien plus encore il est important de questionner et de remettre en cause le rôle de l’Université qui entretient un système capitaliste qui nous mène aujourd’hui dans le mur de la misère. Le nouveau saut répressif du gouvernement qui s’attaque directement aux étudiants avec la LPR ne doit pas nous résigner à nous organiser et renouer avec les meilleures traditions du mouvement étudiant. Malgré leur tentative d’étouffer tout embryon d’organisation, le succès du collectif anticapitaliste révolutionnaire Le point Levé aux élections des conseils centraux de la Sorbonne, devenant la 3ème force politique de Paris 1, est l’illustration d’une politisation de la jeunesse de plus en plus déterminée à reprendre la main afin de ne pas avoir à payer la crise.




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