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Réponse d’une cheminote au PDG de la SNCF : « il cherche à monter les usagers contre les grévistes »

Le patron de la SNCF dans son interview pour Le Monde alimente le débat sur le droit de grève des cheminots tout en contribuant aux cheminots-bashing. Laura Varlet, cheminote syndicaliste et militante à Révolution Permanente lui répond.

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Réponse d'une cheminote au PDG de la SNCF : « il cherche à monter les usagers contre les grévistes »

Crédit photos : Peter_Glyn, CC0, via Wikimedia Commons

Dans son interview, Jean Pierre Farandou, PDG de la SNCF, essaye de nous faire culpabiliser en disant que « ce ne sont pas les plus riches qui prennent le train » et qu’il a vu « des gens qui pleuraient au guichet ». C’est d’une hypocrisie sans nom. Notre grève de ce weekend, celle des aiguilleurs du rail, intervient dans un contexte de colère généralisée au sein de la SNCF. Les collègues voient nos conditions de travail se dégrader d’année en année, nos salaires qui ne suivent pas du tout l’inflation, sur fond de manque d’effectif chronique, tant le métier n’attire plus depuis des années, d’où la multiplication des grèves.

Ce que refuse d’avouer la direction, c’est que si les usagers ne peuvent pas partir en vacances, ce n’est pas à cause des cheminots mais bien à cause des politiques de casse du service publique ferroviaire. Depuis des années les différents patrons de la SNCF se succèdent et, main dans la main avec les gouvernements, orchestrent cette casse à la fois de nos conditions de travail mais aussi de la qualité du service pour les usagers.

Depuis des années, ce sont les petites gares qui ferment les unes après les autres, et des guichets sont fermés pour être remplacés par des machines. M. Farandou a l’air de découvrir que des usagers pleurent au guichet, mais des usagers qui pleurent, les cheminots qui sont sur le terrain et qui travaillent dans les gares en voient tous les jours car ils n’ont personne à qui demander des renseignements ou acheter un billet. Tout cela, c’est le résultat de toutes les réformes qui se sont succédé depuis de nombreuses années.

Les patrons ne peuvent s’en vouloir qu’à eux-mêmes. D’autant plus qu’ils sont les premiers à réprimer les lanceurs d’alerte sur l’état du service ferroviaire à l’image d’Eric Bezou qui a été licencié il y a quelques années après avoir dénoncé les suppressions de postes, les réorganisations et l’impact de la politique de la SNCF dans la santé et la vie des cheminots et usagers. Ce n’est pas pour rien qu’il y a eu des suicides chez les cheminots, exactement comme cela s’est passé à France Telecom auparavant.

Lire aussi : Pour Edouard Postal, cheminot qui s’est suicidé le 10 mars 2017 : ni oubli, ni pardon !

Ensuite le PDG nous dit avoir « le sentiment que la SNCF a été au rendez-vous de la protection des cheminots en matière de pouvoir d’achat ». C’est une grosse blague et un mensonge, ni plus ni moins. La réalité, c’est que pendant huit ans les salaires ont été gelés. C’est seulement depuis 2-3 ans qu’il y a eu de minimes augmentations, misérables et très en dessous de l’inflation, contrairement à ce qu’ils essayent de nous faire croire. La dernière augmentation date des dernières NAO en 2023, elle était de 1,8%.

pendant huit ans les salaires ont été gelés

Il fait des effets d’annonce en disant qu’il y a eu « 20% de hausse de la masse salariale ». Pour avancer ça, il comptabilise les primes et les évolutions individuelles en raison de l’ancienneté, mais les augmentations de salaires vis-à-vis de l’inflation n’ont pas du tout été à la hauteur. Il ment pour essayer de créer un fossé entre les usagers et les cheminots et essaie de nous faire passer pour des privilégiés alors que des salariés de la SNCF ont encore aujourd’hui leurs salaires de base en dessous du SMIC ! Je tiens à rappeler que Jean-Pierre Farandou gagne des centaines de milliers d’euros par an. A cause de ce bashing permanent dans les médias, il y a par ailleurs une véritable mise en danger des cheminots, et en particulier des contrôleurs de la SNCF, pointés comme les responsables du fait que des familles entières n’aient pas pu partir en vacances.

Et lorsqu’il dit vouloir mettre en place une politique inédite, une « plate-forme du progrès social » pour améliorer le dialogue social et en même temps déclarer qu’il ne « veut plus qu’on utilise la grève », il faut se rendre compte du mépris pour les cheminots. Ce n’est pas parce qu’il donne un joli nom à sa « plate-forme » que nos problèmes sont réglés. Et puis on va dialoguer de quoi avec lui ? car ce qu’il veut c’est trouver un terrain d’accord pour continuer à casser les conditions de travail, poursuivre l’ouverture à la concurrence et la marche vers la privatisation du chemin de fer, diminuer et casser toujours plus le fret ferroviaire… Bref, il voudrait qu’on négocie la destruction du service public.

Il n’y a aucun terrain d’entente possible sur cela, pour les cheminots, la défense du service public ferroviaire c’est non négociable ! Alors pour amener les vrais sujets sur la table, on sait très bien comment ça se passe. Si on n’impose pas un rapport de force avec la grève, ils ne nous écoutent pas et ils profitent de leur visibilité dans les médias pour se donner une image compréhensive et à l’écoute des salariés. Mais le PDG, personne ne l’a jamais vu gérer un afflux de passagers en heure de pointe, des incidents ou discuter avec un cheminot à 3 heures du matin quand il répare une rame ou lorsqu’il est dans son poste d’aiguillage. La réalité qu’il vit au siège n’a rien à voir avec la réalité qu’on vit, nous les cheminots, sur le terrain.

A propos des revendications des contrôleurs, il dit qu’elles ne sont pas « accessibles » car « la bascule de certaines primes dans le calcul des pensions relève, par exemple, du domaine réglementaire ». Il justifie cela en ajoutant que « on ne peut pas alourdir les charges des caisses de retraite pour satisfaire les uns ou les autres, surtout lorsqu’on touche à un régime spécial qui n’est déjà pas à l’équilibre. ». La réalité c’est qu’aujourd’hui, si le régime spécial des cheminots n’est pas à l’équilibre, c’est exclusivement parce qu’ils ont arrêté d’embaucher au statut. La caisse de retraite des cheminots s’alimente aussi par la cotisation des cheminots. Quand il y a de moins en moins de cheminots au statut, forcément les caisses sont de plus en plus déficitaires. C’est mathématique. La machine s’auto-détruit par ses propres politiques mais il cherche à faire porter le chapeau aux travailleurs, et à monter les usagers contre les cheminots.

Mais la grève des contrôleurs a permis de remettre sur le tapis un débat de fond sur le chemin de fer. La grève permet de visibiliser un ras-le-bol général. De ce point de vue, comment fait-on pour avoir enfin un système qui permette aux cheminots de la SNCF d’être rémunéré à la hauteur de leur travail ? mais aussi comment faire du chemin de fer un service accessible à toutes et tous et qui n’est pas dirigée par une volonté de servir une poignée de riches entreprises faisant des bénéfices record ?

La question des transports devient une réelle bataille de société, notamment sur la question écologique. La casse organisée du FRET ferroviaire est une vraie absurdité du point de vue de la crise climatique. Il faut savoir que rien n’est fait par hasard, la SNCF est le plus grand routier d’Europe avec sa filiale Geodis, c’est-à-dire qu’elle organise sa propre concurrence par le transport des marchandises sur la route, alors qu’il y a une urgence au contraire à développer le FRET ferroviaire pour réduire les émissions de carbone.

La question des transports devient une réelle bataille de société, notamment sur la question écologique

Avec Révolution Permanente, à l’opposé de la politique de suppression de lignes de train et de postes, nous défendons une augmentation de l’offre de trains, un investissement massif dans le chemin de fer. Nous défendons la gratuité des transports pour que la SNCF soit un véritable service public au service du plus grand nombre. Dans ce sens, il faut commencer par développer des alternatives au TGV, avec les trains de nuit ou l’Intercités, pour faciliter les déplacements sans avoir à payer des fortunes, ce qui est aussi une manière de répondre à la crise écologique et sociale.


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