^

Monde

Variant du Covid

Royaume-Uni. Les hôpitaux débordés, des morgues provisoires pour les morts du covid-19

Face au développement d’un variant du Covid-19 ayant entraîné un grand nombre de contaminations et de décès au Royaume-Uni, des morgues provisoires ont été installées dans le sud du pays faute de places. Une nouvelle illustration des effets d’ une gestion de la crise sanitaire guidée par les profits et d’un hôpital public sinistré par des années de casse répétée.

mercredi 13 janvier

Crédits photos : Tolga Akmen, AFP

Le Royaume-Uni fait face à un pic épidémique avec 1 325 morts supplémentaires enregistrés vendredi 8 janvier, un nombre jamais atteint auparavant depuis le début de la pandémie qui a obligé Sadiq Khan, le maire de Londres, à déclarer un état d’« incident majeur ». Suite à cette hausse considérable de la mortalité, une nouvelle morgue temporaire a été installée près du crématorium de Breakspear dans le nord-ouest de Londres alors que la morgue provisoire d’Epsom, dans le comté du Surrey accueille déjà 170 corps, dont plus de la moitié sont des personnes décédées du Covid-19. Lorsque cette dernière a ouvert au début de la pandémie, 700 corps y avaient transité en douze semaines alors que depuis le 21 décembre, ce sont 300 corps qui y sont passés en l’espace de deux semaines et demie. Une statistique qui témoigne de la progression du virus alors que l’on recense plus de 800 admissions par jour dans les hôpitaux londoniens et qu’il y manque 2 000 lits en soins généraux et intensifs d’après la revue médicale Health Service Journal.

En effet, le Royaume-Uni a réduit son nombre de lits jusqu’à atteindre un des niveaux les plus faibles d’Europe : 253 lits pour 100 000 habitants ce qui a facilité la saturation de l’hôpital public alors que la pénurie de soignants se fait de plus en plus ressentir avec environ 46 000 travailleurs du National Health Service actuellement en arrêt maladie. Dans un entretien accordé au Monde, David Oliver, médecin sénior au NHS souligne le manque d’investissement des gouvernements successifs dans le système de santé que la pandémie a mis en lumière : « Avant elle, il y avait déjà environ 1 poste d’infirmiers sur 8 non pourvu. Il n’y a pas eu d’accroissement de la capacité des hôpitaux ces trois à quatre dernières années alors que le nombre de gens se faisant soigner n’a cessé d’augmenter. Le Brexit ne va pas aider : je travaille avec beaucoup d’infirmières européennes, qui disent qu’elles ne veulent plus rester, parce qu’elles ne se sentent plus les bienvenues. ».

Ainsi, ces derniers jours, plusieurs centaines de chirurgies et d’opérations destinées aux malades du cancer ont dû être annulées et reportées à cause de la saturation, laissant dans l’attente près de 277 patients alors que l’hôpital temporaire NHS Nightingale de Londres créé dans le cadre de la réponse à l’épidémie de Covid-19 n’a toujours pas réouvert ses unités de soins intensifs faute de personnel. De nombreux travailleurs de la santé ont dénoncé ce manque de moyens ainsi que le gouvernement conservateur qui a préféré recourir au secteur privé l’été dernier en lui confiant le système de traçage au détriment du service public et ses milliers d’experts.« Le genre de choses qui arrivaient dans les années 80 sous les Tories quand les gens mouraient sur des brancards, cela se produit à nouveau. » affirme ainsi une infirmière du centre de Londres.

Une situation qu’Elizabeth, aide-soignante dans les West Midlands, qualifie de scandaleuse : « Actuellement, toutes nos journées de travail sont si remplies et stressantes que la majorité d’entre nous sommes épuisés. Au début de la pandémie, il y avait tout juste assez de personnel pour effectuer le travail et on rentrait déjà exténué chez nous. C’est bien pire maintenant. Il y a de moins en moins de personnel. »

Malgré plusieurs manifestations des travailleurs de la santé l’été dernier pour de meilleurs salaires, le secrétaire d’État à la santé Matt Hancock a déclaré fin 2020 que les infirmières du système de santé public devraient attendre au moins jusqu’à mai 2021 pour avoir une revalorisation salariale. Une situation qui fait écho au Ségur de la santé en France qui n’a permis qu’une maigre augmentation salariale après sept semaines de négociations en échange d’un plan d’inspiration macroniste et néo-libéral.

La situation au Royaume-Uni et en France où les suppressions de lits continuent montrent les conséquences d’une gestion de la crise au service des profits. Alors que des mutations du Sars-CoV-2 ont été confirmées à Marseille, Lille et Cholet laissant entrevoir la probabilité d’une troisième vague, investir massivement dans les hôpitaux au lieu de donner de l’argent aux grandes entreprises qui profitent de la crise pour licencier devient urgent. Pour une stratégie à la hauteur au service de la population avec un investissement et des embauches massives dans la santé publique, la nationalisation des organisations privées de santé et des moyens de recherche au service du développement de vaccins, il est nécessaire de construire la riposte pour l’ensemble de notre camp social.




Mots-clés

Covid-19   /    Crise sanitaire   /    Coronavirus   /    Hôpitaux   /    Royaume-Uni   /    Monde