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Notre classe

Covid dans le 93

Seine-Saint-Denis. Au lycée Henri Wallon "les élèves rentrent avec le Covid en plus des devoirs"

Au lycée Henri Wallon d'Aubervilliers, 8 classes ont été fermées ce lundi, et près de 200 élèves renvoyés chez eux. Retour sur une situation, qui à l’image de ce qui se joue dans de nombreux établissements de Seine-Saint-Denis, se révèle préoccupante. Interview.

mercredi 31 mars

RP : Les derniers chiffres font état d’une explosion des cas de contaminations dans les écoles de Seine-Saint-Denis, tu peux nous dire quelle est la situation dans ton lycée ?

Je travaille au lycée Henry Wallon à Aubervilliers. Ce qu’on peut dire, et c’est à l’image de la situation dans l’ensemble du 93, c’est que la situation est délicate. Lundi, nous avons appris que huit classes avaient été fermées au lycée, ce qui représente un nombre considérable d’élèves concernés, à raison de plus ou moins 25 élèves par classe : c’est 150 voire 200 élèves, ce qui est énorme. À côté de ces classes fermées, on a des classes avec un nombre important d’absents, et si nous n’avons pas d’informations officielles indiquant que c’est lié au Covid, tout laisse à penser que c’est le cas. De façon générale, très souvent nous sommes dans le flou par rapport aux cas de contamination parce que l’ARS ne fait pas forcément remonter les résultats. Dans le 93 le taux d’incidence est inquiétant, entre 1000 et 1300 dans nos écoles. Cette situation elle est la conséquence de qu’on dénonce depuis longtemps, de l’absence d’un protocole sanitaire à la hauteur et de moyens dans nos établissements.

Le pire c’est que la seule réponse du gouvernement à nos inquiétudes, et ce depuis le début de la crise sanitaire, c’est le mépris. Blanquer a d’abord longtemps défendu que les écoles n’étaient pas un lieu où l’on se contaminait, menti sur les chiffres et cultivé l’opacité, pourtant, au regard de l’explosion des cas de contaminations ces derniers jours, on peut d’ores et déjà présager que nos élèves quand ils rentrent de l’école, ils ne rentrent pas seulement avec des cahiers, des devoirs, mais aussi avec le covid.

Dans ce contexte, l’attitude de Blanquer est un scandale. Pour répondre à la multiplication des droits de retrait et à la montée de la grogne dans les écoles, il a publié sur twitter une parodie de Pink Floyd pour dédramatiser la situation et vanter le maintien des cours en présentiel. C’est une nouvelle provocation. En réalité depuis le début de la crise, Blanquer aura montré le peu de considération qu’il accordait aux professeurs et personnels de l’éducation nationale. La semaine dernière il disait encore sur LCI que selon lui le risque de contamination des parents par leurs enfants serait « peu de chose » au regard des conséquences d’une déscolarisation. Pour ce gouvernement peu importe que les écoles soient des lieux de contamination, tant que les limites ne sont pas franchies, mais surtout tant qu’elles restent ouvertes.

RP : Selon toi, les protocoles sanitaires du gouvernement ont-ils été à la hauteur ?

La réponse du gouvernement et de Jean-Michel Blanquer à la crise sanitaire dans les écoles aura été une catastrophe depuis le premier jour. On se souvient que le soir du premier confinement, Emmanuel Macron en annonçant la fermeture des écoles, contredisait son ministre de l’éducation nationale, qui la veille s’était exprimé pour dire le contraire. Nous aurions pu espérer que les choses seraient allées en s’améliorant, et bien malheureusement ça n’a pas été le cas. Cette cacophonie, cette absence de préparation, cet amateurisme ça a été notre quotidien depuis le premier jour, et un an après ça l’est toujours.

Sur le protocole il n’y a malheureusement pas grand-chose à dire. On a l’impression de revenir au Moyen-Age, pour lutter contre le Covid on nous demande d’aérer, et c’est à peu près tout. Les mesures contre le brassage préconisées par le gouvernement ont très souvent été impraticables par manque de moyens et de personnels. Ce qu’on peut dire c’est que l’acharnement de Blanquer à vouloir garder les écoles ouvertes aura été sans commune mesure avec sa volonté de répondre à la crise sanitaire sans allouer aucun moyen à l’éducation nationale. Et encore à Wallon, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres lycées et collèges du département, on a eu de la chance. On a toujours eu à notre disposition du gel hydroalcoolique par exemple, ce qui n’a pas été le cas partout, loin de là.

En réalité la plupart des mesures un peu conséquentes, il a fallu les imposer. Les classes en demi-jauge, c’est parce qu’il y a eu des mobilisations, à Wallon comme ailleurs, qu’elles ont vu le jour. Au départ Blanquer ne voulait même pas en entendre parler. Et si cette mesure a fini par être appliquée à l’échelle nationale pour les premières et terminales, et depuis la semaine dernière pour l’ensemble des élèves, la question de l’augmentation des moyens n’ a même jamais été envisagée

La semaine dernière, Blanquer a annoncé une nouvelle mesure : la fermeture des classes après la détection d’un cas positif. Avant, il faut quand même prendre conscience, que l’une des mesures phares de son protocole sanitaire pour contrer l’arrivée du variant anglais, c’était l’interdiction des masques artisanaux. Ce qui s’est avéré être plus une mesure sanction contre les familles, qui dans le 93 sont parfois dans des situations de grande précarité, qu’un véritable moyen de contrer la propagation du virus. Aujourd’hui la question malheureusement, du fait de la politique du gouvernement, n’est plus de savoir si on peut garder les écoles ouvertes, dans le 93 la question de la fermeture ça devient une nécessité impérieuse.

On voit aussi que pour imposer l’injection de moyens suffisants et avoir des protocoles sérieux, ça ne pourra venir que par le bas, par la mobilisation, par des comités d’hygiènes regroupant parents, personnels, professeurs et élèves pour juger la situation et penser des protocoles adéquats. On voit bien que Blanquer, n’en a rien à faire de notre quotidien, il ne le connait pas. Nous n’avons rien à attendre de ce gouvernement. Il y a aussi la question de la vaccination pour les personnels de l’éducation nationale, ça doit être un de nos mots d’ordre, parce qu’on est en première ligne face au virus, et que si on veut garder les écoles ouvertes et travailler dans de bonnes conditions, c’est urgent.




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