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Politique

Seulement 5,7% de la population immunisée : mais à quand une campagne de tests massifs ?

Une enquête réalisée par l’Institut Pasteur révèle que seulement 5,7 % de la population aurait déjà été en contact avec le virus et pourrait être immunisée. On est loin des 70% requis pour espérer l’« immunité collective » alors que le déconfinement est lancé à partir du 11 mai et qu’aucune mesure préventive à la hauteur n’a été annoncée, que ce soit au niveau des tests de dépistage ou des masques.

mardi 21 avril

[ Crédits photos : AFP]

Une première « photographie » de l’épidémie réalisée par l’Institut Pasteur, à partir de l’étude des données hospitalières depuis un peu avant le début du confinement, a permis de se faire une idée approximative du nombre de personnes qui pourraient se révéler immunisées du Covid-19. Leur nombre s’élève à 3,7 millions, avec dans les régions les plus touchées des taux plus importants : 12 % en Ile de France ou 11,8% dans le Grand Est. Un taux bien plus faible que celui qu’espérait le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, qui l’estimait entre 10 et 15% début avril. Déjà trop bas pour permettre de se fier à lui.

Les chercheurs qui ont réalisé l’étude expliquent : « Nos résultats suggèrent fortement que, sans un vaccin, l’immunité de groupe sera insuffisante à elle seule pour éviter une seconde vague à la fin du confinement. Des mesures de contrôle efficaces devront être maintenues au-delà du 11 mai ». Même si ces résultats restent partiels, d’autant qu’en plus rien est encore certain sur le niveau d’immunité des personnes déjà infectées, ils alertent à nouveau sur la dangerosité de l’impréparation actuelle du gouvernement. Celle-ci pourrait causer une nouvelle vague de virus au moment du déconfinement et réengorger les hôpitaux, qui se vident d’ailleurs encore difficilement.

De fait, alors que dans de nombreux pays où le déconfinement a été lancé de nouvelles vagues du virus ont été observées, comme à Singapour, où malgré une stratégie de contrôle très stricte et de traçage, les campagnes de dépistage dans les foyers de migrants surpeuplés ont révélé que l’épidémie était loin d’être endiguée. De fait, cette population non testée présentait un nombre de cas trop important qui a contraint le pays à renouveler le confinement, à cause de cette nouvelle vague de cas.

Il semble très clair étant donné ces nouvelles données, que l’on ne pourra pas compter sur les anticorps de chacun pour empêcher le retour en force de la maladie au moment du déconfinement. En outre, le manque important de moyens pour la recherche ralentit clairement la capacité d’avancer sur la découverte de remède à la hauteur, étant donné que certaines études ont même dues être arrêtés ces dernières années car pas assez rentables.

Malgré tout, alors que de nombreux hospitaliers expliquent que la date du 11 mai est prématurée, que dans les écoles c’est la désorganisation qui règne sur la question de la reprise, le gouvernement persiste et signe. E. Macron qui semble prêt à tout pour maintenir son pari et permettre la relance au plus vite de l’économie, ne transige pas sur cette date.

Le confinement a permis de désengorger un peu l’hôpital et a laissé seuls les soignants à la gestion de la crise, avec des manques de matériel et de moyens criant et aujourd’hui ils vont sans doute devoir revivre cette même expérience si le gouvernement continue de gérer la crise avec les moyens du bord. Aujourd’hui, ce sont eux qui doivent être au cœur de la prise de décision sur la suite de la gestion de la crise, que le gouvernement n’a clairement pas su gérer.

Comme l’explique Anne Gervais, qui exerce au service d’hépato-gastro-entérologie de l’Hôpital Louis-Mourier à Colombes et au service des maladies infectieuses à Bichat, et qui a également été au front face au Coronavirus : « On a très peur du déconfinement. On a fait zéro travail épidémiologique par rapport à d’autres pays où on dépiste chaque personne susceptible d’avoir contracté le virus, on retrace les contacts de la personne, on les teste et les isole. D’un point de vue scientifique c’est une aberration. On ne s’est pas donné les moyens pour le faire : ni les masques, ni les tests, ni les médicaments, ni les hôtels réquisitionnés pour le faire. C’est de l’incompétence gouvernementale. . Dès le 15 mars, quand on a su que les cas explosaient, on avait le temps d’obtenir ce matériel, de doubler les chaines production, de réquisitionner les usines. Pour les tests, on a le 4ème producteur mondial de test en France, BioMérieux. La question est : est-ce qu’on impose à de telles entreprises de s’organiser pour la « guerre » ? »

Sans un plan clair pour combattre le virus et des mesures à la hauteur de l’enjeu, nous allons vers la catastrophe. De fait, aujourd’hui il est urgent de mettre en place une campagne de tests massives et d’offrir des protections adéquates à tout le monde. Pour autant, le gouvernement continue de maintenir le flou sur les masques, brandissant des chiffres incohérents, et expliquant encore que « les asymptomatiques » ne seront pas testés. Une impréparation profonde pour un déconfinement prématuré et qui va clairement mettre en danger les travailleurs, professeurs et soignants qui seront en première ligne. Aujourd’hui, ce sont eux qui doivent pouvoir décider de ce qui est juste pour sortir de la crise, car ils sont bien plus capables de savoir ce qui est juste et les seuls à pouvoir agir pour l’intérêt de tous.




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