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Jeunesse

Violences sexistes et sexuelles

Suite au 8 mars, la direction de l’IEP de Toulouse menace une association féministe de procès

A la suite du 8 mars, la direction de Science Po Toulouse menace l'association féministe de l'école Les Sans Culottes de procès. Une attaque d'ampleur un an et demi après la libération de la parole de #SciencePorcs, qui appelle une réponse unitaire contre la répression de la direction.

mardi 22 mars

Menace de procès au lendemain du 8 mars : la direction tente de museler nos voix

A la suite du 8 mars, la direction de Sciences Po Toulouse a décidé de convoquer séparément les associations à l’initiative d’une assemblée générale et d’un atelier pancarte pour préparer la journée de mobilisation. La convocation concernait notamment des pancartes dont les mots d’ordre sont avant tout l’héritage des mobilisations de l’an dernier autour du #SciencesPorcs et qui auraient été signalées à la direction. Durant la convocation de l’association Les Sans Culottes (notamment en première ligne du mouvement Sciences Porcs l’an dernier) la direction a ouvertement parlé de potentiels procès : l’un pour « diffamation » par l’IEP, l’autre pour « trouble à l’ordre public » par l’UT1.

Comme nous l’avons dénoncé dans un communiqué rédigé par notre collectif le poing Levé ainsi que les différentes associations présentes sur science po toulouse (l’asso féministe Les sans culottes, l’asso antiraciste Révolte Décoloniale et ainsi que l’asso LGBTQI IEProud), ce coup de pression constitue une attaque grave post 8 mars et à cette journée de lutte pour les droits des femmes et minorités de genre.

Une attaque en règle dont le message est clair : la direction décide de ce qui est légitime ou non pour s’en prendre aux oppressions à l’université. Un message qui nie la réalité : ce sont bel et bien les victimes de #SciencesPorcs et celles qui ont composé ce mouvement qui ont fait exploser l’omerta, après des années de silence des directions universitaires et du ministère.

Un an et demi après #SciencePorcs, l’omerta se maintient

En janvier 2021, une étudiante de science Po Bordeaux publiait sur les réseaux sociaux un témoignage du viol qu’elle avait subi au sein de l’institution, ouvrant la voix à une vaste libération de parole sur les violences sexistes et sexuelles au sein des IEP à l’échelle nationale sous le hashtag #SciencePorcs. Comme nous l’écrivions alors, depuis les formes de sexisme les plus ordinaires et jusqu’au viol, en passant par le harcèlement et par différentes formes d’agressions sexuelles, c’est l’ensemble du spectre des violences de genre perpétrées au sein des IEP qui se révèle avec fracas.

La dimension structurelle de ces violences est flagrante dans l’omerta maintenue par les directions des IEP. De nombreuses fois averties et saisies, celles-ci ont maintenu pendant des années les victimes dans le silence afin de protéger l’image de l’institution. « J’ai agi pour enlever son poste à un mec violeur au sein d’une association et j’ai subi des pressions de l’administration pour laisser tomber et me ranger », témoignait ainsi une étudiante de Science Po Strasbourg. Dans une enquête publiée par Libération, intitulée « J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire », une étudiante de Sciences Po Bordeaux témoignait : « Avec le recul, je sais que je n’ai pas parlé car on nous avait martelé en cours, lors des discours de rentrée, dans les couloirs, qu’il ne fallait surtout pas « salir » l’image de la maison Sciences-Po. »

La colère des étudiant.e.s, loin de s’être dissipée, continue de s’exprimer, que ce soit ce 8 mars ou encore lors de la remise des diplôme de science Po Toulouse où Gabrielle, militante à Révolution Permanente et Du Pain et des Roses, a interpellé la direction sur sa responsabilité dans l’affaire #Sciencesporcs au nom des étudiantes de son master.

Cette libération de la parole conjointement à une forte mobilisation des étudiant.e.s a entraîné une véritable crise au sein des directions des IEP, avec la démission du directeur de Science Po Paris sur fond d’affaire Duhamel, la recomposition des directions des IEP à l’échelle nationale ainsi qu’une tentative de ces directions de convaincre de leur engagement contre les oppressions.

Il est indéniable que certaines de ces mesures sont des avancées, notamment l’accès pour les étudiant.e.s qui le souhaitent à une cellule d’écoute pouvant leur permettre un suivi de leur situation. Mais ces avancées restent minimales et cantonnées au cadre institutionnel fixé par la direction. En étant nommés par la direction, les membres de cette cellule et la cellule elle-même sont exposés aux changements de politique interne au ministère ou à la direction de l’établissement. Cette cellule ne dispose pas non plus d’un budget qui permettraient la mise en place de permanence avec des psychologues et sexologues spécialisés dans les violences de genre et présents sur l’université. Bien qu’ils puissent orienter celles et ceux qui le souhaitent vers ce type de spécialistes, les membres actuels de cette cellule prennent de leur temps libre et ne disposent pas d’aménagement d’horaires de travail. Avec de vrais pouvoirs et un véritable budget la cellule pourrait assurer des permanences concernant la prise en charge des VSS, mais aussi leur prévention, la mise en place de formations etc. Les limites de ces avancées montrent la nécessité d’une commission totalement indépendante de la direction et disposant d’un véritable budget pour assurer son travail, composées d’étudiant.e.s, d’enseignant.e.s et de BIATSS et salarié.e.s de l’IEP.

De son côté, il existe une section disciplinaire composée d’enseignants-chercheurs et d’étudiant.e.s. Celle ci reste cantonnée au traitement d’affaires relevant de fraudes ou d’atteinte à l’ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l’institution. Des critères qui vont constamment dans le sens de la défense de l’institution en tant que telle, avant la défense des victimes..

Ces concessions ne doivent pas nous faire oublier un élément central : ce ne sont ni les directeurs de Sciences Po, ni le ministère de Frédérique Vidal qui feront reculer les VSS et les oppressions au sein des universités. En plus du silence et de l’omerta maintenues longuement par ces institutions, les mesures prises jusqu’à présent restent de l’ordre du minimal et dans le strict cadre de leur contrôle par la direction et du cadre légal administratif. Or, si on doit bien retenir une chose des mobilisations de l’an dernier, c’est qu’on ne peut compter que sur nos propres forces pour assurer un changement. En est la preuve qu’un an après une telle mobilisation et un tel scandale politique pour l’ensemble du système universitaire d’élite en France, la même direction qui applique les changements ait pu ouvertement agiter la menace d’une plainte au premier encart à sa tentative d’en finir avec la crise ouverte par Sciences Porcs.

Une attaque politique contre les luttes pour l’émancipation

Dans une période marquée par un renforcement des discours réactionnaires contre les personnes racisées et les minorités de genre, les dissolutions par le gouvernement d’organisations politiques antifascistes, de défense de la Palestine, ou encore du média Nantes Révoltée, la répression de groupes de collages féministes, le tout par un ministre de l’intérieur accusé de viol, cette attaque de la direction est une offensive contre les mouvements de lutte pour l’émancipation qui appelle une réponse large.

Ce climat s’exprime à Science Po Toulouse, avec par exemple la présence au CA en tant que membre non élu la vice-présidente du groupe La Dépèche, qui participe à ce titre à la création des plaquettes de cours. Il y a quelques mois, le journal offrait une tribune à un élève de cette école accusé d’agression sexuelle et trainant sa victime dans la boue.

Pour une réponse indépendante à la hauteur des attaques : organisons-nous en AG !

Parce qu’il est indispensable de répondre de manière forte et unitaire face à cette attaque de la direction de l’IEP, parce qu’une réponse à la hauteur des enjeux ne peut être élaborée qu’en toute indépendance de cette direction, qui a démontré par le passé et continue de le faire son rôle de préservation de l’image de l’institution au détriment des victimes de violences, nous appelons l’ensemble des étudiants et professeurs ainsi que le personnel administratif de l’IEP à se réunir en assemblée générale, mardi 22 mars à 18h.

Cette AG pourrait permettre de créer un rapport de force à même de faire reculer la direction sur cette attaque mais également de défendre un programme de libertés démocratiques totales sur l’IEP avec droit de tracter, de s’organiser et d’exprimer des revendications. Elle pourrait permettre de poser les bases d’une véritable commission de prise en charge des oppressions indépendante de la direction, composée de membres élus étudiants et du personnel, et développant une politique d’accompagnement des victimes et de formation des étudiants grâce à des soignants et des intervenants.



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