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Notre classe

Crime de lèse-majesté

Taha Bouhafs enfin libre !

Journaliste, habitué du mouvement social, Taha Bouhafs a été retenu pendant près de 24 heures par la police et déféré devant un juge avant d’être libéré, samedi, peu avant 23h. Son crime ? D’avoir perturbé la soirée du couple Macron au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, vendredi soir.

samedi 18 janvier

Crédit photo : Homayoun

La succession chronologique des faits permet de douter du fond de l’affaire tel qu’elle a pu être exposée par la « justice ». Vendredi 17, en milieu de journée, Taha Bouhafs couvre, pour « Là-bas si j’y suis », l’entrée de plusieurs grévistes RATP et SNCF au siège national de la CFDT. L’action, montée en épingle par Laurent Berger, a été soumise au feu de la critique médiatique et de la majorité gouvernementale, des organisations syndicales elles-mêmes et, chose inédite depuis des décennies, par Emmanuel Macron en personne. La question n’est pas de savoir si ce dernier est moins sympa que Chirac, Sarkozy ou Hollande, mais, dans le passé, ces derniers laissaient leur ministre de l’Intérieur se charger de ce genre de sorties publiques.

En milieu de soirée, après avoir assisté à une représentation de « La Mouche » au Théâtre des Bouffes du Nord, comme nombre de journalistes invités sur carton, il est embarqué par la police, placé en garde-à-vue et déplacé de commissariat en commissariat avant d’être déféré devant un juge, samedi soir. Que lui reproche-t-on ? D’avoir reconnu le couple Macron, assis trois rangées devant lui et qui assistait « incognito » à la représentation, et de l’avoir tweeté. Rien d’étrange pour un journaiste. Compte-tenu de la façon dont la soirée s’est déroulée pour le couple présidentiel, c’est Taha Bouhafs qui a été pris pour cible et accusé, de façon absolument ahurissante, de « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Alors qu’il était assis dans son fauteuil pendant toute la durée du spectacle…

La macronie, aux abois, ressemble de plus en plus à ces régimes autocrates bénéficiant d’un vague vernis démocratique et qui embastillent à leur guise leurs opposants pour « crime de lèse-majesté ». C’est sans se tromper que les manifestants rassemblés devant le Théâtre des Bouffes du Nord - et qui étaient sur place avant le tweet de Taha Bouhafs - ont consacré quelques slogans faisant le parallèle possible entre Louis XVI et Macron.

Cette attaque, contre la liberté d’informer, est à mettre en lien avec la situation sociale que traverse le pays, avec les actions menées par l’aile marchante des travailleuses et travailleurs en grève depuis le 5 décembre, et avec le niveau d’intimidation et de violences policières à l’encontre du mouvement.

Taha Bouhafs a pu ressortir libre du Palais de justice, peu avant 23h, ce samedi. C’est une excellente nouvelle et nous lui adressons, à nouveau, toute notre amitié et notre solidarité. Il n’en reste pas moins que toutes les charges qui pèsent sur lui doivent être abandonnées et que les violences à l’égard des travailleuses et des travailleurs du journalisme auxquelles Macron et ses flics sont coutumiers doivent cesser.




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