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Trump menace l’Iran, le marché du pétrole sourit

Alors que les prix du pétrole chutaient, les menaces du président américain ont enthousiasmé le marché et les prix sont repartis à la hausse. La crise pousse l’impérialisme à adopter une attitude plus agressive.

jeudi 23 avril

Crédits photo : Atta Kenare/AFP via Getty Images

« J’ai donné l’ordre à l’US Navy d’abattre et de détruire toute embarcation iranienne qui harcèlerait nos navires en mer » a tweeté le président nord-américain, Donald Trump, mercredi dernier. La menace répondait supposément à des provocations iraniennes la semaine dernière quand des navires légers iraniens se sont rapprochés dangereusement de bateaux nord-américains. Le lendemain, le général iranien Hossein Salami répondait en déclarant à la télé nationale : « j’ai ordonné à nos forces navales de détruire toute force terroriste américaine dans le golfe Persique qui menace la sécurité des navires militaires ou non militaires de l’Iran ».

Ces nouvelles menaces et échanges virulents entre les deux pays ont très rapidement fait réagir les marchés, notamment les investisseurs du secteur du pétrole, provoquant une hausse du prix du baril. Les nouvelles tensions au Moyen Orient ne sont pas les seules raisons évidemment pour cette reprise de confiance des marchés, les perspectives d’une plus forte baisse de la production y ont joué un rôle important.

En effet, alors que lundi et mardi le prix du baril a chuté à des niveaux historiquement bas, les entreprises du secteur avaient besoin d’annonces et de décisions qui fassent remonter le prix du baril afin de regagner un peu du terrain perdu. Ainsi, comme on peut le lire dans le Financial Times : « Les analystes ont déclaré que les gains [du prix du pétrole] étaient dus en partie au fait que le président américain Donald Trump a ordonné aux navires de guerre américains d’attaquer tout navire iranien qui représentait une menace. (...) Mais Warren Patterson, responsable de la stratégie des matières premières chez ING, a déclaré que les nouvelles tensions géopolitiques n’offriraient qu’un soutien limité aux prix du pétrole en raison des préoccupations concernant l’offre excédentaire du marché. "Étant donné la surabondance du marché pétrolier, il est difficile d’envisager un soutien durable au marché, à moins que la situation ne s’aggrave encore", a déclaré M. Patterson ».

Autrement dit, les capitalistes sont en train de voir dans un conflit plus dur entre les États-Unis et l’Iran un moyen pour sauver leurs intérêts, voire de faire plus de profits encore. En effet, dans un contexte de pandémie où l’économie est au ralenti, où la demande de brut a chuté d’entre 20 et 35 %, le blocage (au moins temporaire) de la production et de l’exportation dans cette région stratégique de l’industrie pétrolière pourrait faire baisser la pression sur les compagnies nord-américaines. N’oublions pas que le blocage du détroit d’Ormuz serait un obstacle non seulement pour les exportations iraniennes mais aussi pour la plupart des pays exportateur du Golfe.

Cependant, l’hostilité des États-Unis envers l’Iran relève d’intérêts stratégiques dans la région, le régime des ayatollahs représentant un obstacle relatif pour les plans nord-américains au Moyen Orient. Ainsi, c’est depuis plusieurs mois que les relations entre les deux pays se dégradent menaçant de plus en plus d’aller jusqu’au conflit ouvert. Après la sortie unilatérale des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, il faut ajouter l’assassinat du général Qassem Soleimani en janvier dernier.

Cette fois un autre élément qui a pu alimenter l’attitude plus agressive de Trump c’est le fait que mercredi même le régime iranien annonçait avoir lancé avec succès pour la première fois un satellite militaire. Ce lancement représente effectivement une avancée technologique pour l’Iran qui avait tenté de lancer des satellites civils ces dernières années mais sans succès. Selon les autorités iraniennes, ce satellite, baptisé « Noor » (lumière), allait être utilisé pour des la communication et l’information militaire. Cependant, les militaires nord-américains craignent que cela soit utilisé pour améliorer les capacités militaires iraniennes par exemple avec des missiles de longue distance ou dans le cadre de son programme nucléaire.

Il est évident que le gouvernement nord-américain savait que les menaces de Trump pouvaient aider à faire monter momentanément le prix du pétrole. Mais ce serait très superficiel d’en rester là. La crise sanitaire du Covid-19 combinée à une crise économique qui s’annonce très grave est en train d’accentuer les tensions internationales. Les différentes puissances impérialistes vont non seulement tenter de renforcer leurs positions mais de gagner des parts de marché, des accès à de sources de matières premières en déplaçant leurs concurrents ou les obstacles pour leurs buts stratégiques. Cela se traduira par une politique étrangère plus agressive et par une plus forte tendance à l’interventionnisme. Dans ce contexte, aujourd’hui plus que jamais, un affrontement ouvert avec l’Iran devient une possibilité plus que tangible.




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