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Fonction publique

Un 19 mars contrasté malgré la colère : il faut un véritable plan de bataille !

Ce mardi la grève nationale appelée dans la fonction publique pour des augmentations de salaires a réuni 100 000 personnes dans tout le pays. Une mobilisation contrastée qui reste cependant en deçà de la colère importante qui s’exprime à la base et qui doit reposer la nécessité d’un véritable plan de bataille.

Antoine Weil

19 mars

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Un 19 mars contrasté malgré la colère : il faut un véritable plan de bataille !

Crédit Photo : Révolution Permanente

Ce mardi 19 mars, une large intersyndicale CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, appelait les travailleurs de la fonction publique d’Etat, hospitalière et Territoriale à la grève pour des augmentations de salaires et une revalorisation du point d’indice. Mobilisés depuis le 1er février, les personnels de l’éducation nationale ont rempli les cortèges, emmenés par la dynamique de grève dans le second degré et la grève reconductible dans le département de Seine-Saint Denis.

Deux jours après les déclarations du ministre de l’économie Bruno Le Maire pour « en finir avec l’Etat providence » justifiant sa volonté de supprimer 800 millions d’euros sur la masse salariale des fonctionnaires d’État, de nombreux fonctionnaires étaient ainsi dans la rue, avec selon la CGT près de 8000 manifestants à Marseille, 4000 à Nantes et 3000 à Lyon, tandis que le média Ouest-France comptait 2500 manifestants à Rennes. Selon la CGT Fonction publique 100 000 manifestants étaient ainsi dans la rue ce mardi dans de nombreuses villes du pays. Malgré la dynamique de mobilisation dans l’éducation nationale, la journée est cependant reste contrastée au regard de la colère qui s’exprime ces derniers mois à la base.

L’éducation nationale à l’avant-garde mais une dynamique nationale en berne

Dans la continuité du 1er février mais un ton en dessous, les personnels de l’éducation nationale étaient à nouveau nombreux dans la rue ce mardi, pour dénoncer l’école du « tri social », revendiquer l’abandon de la réforme du collège instaurant des groupes de niveau et des augmentations de salaires. En ce sens, les personnels du second degré étaient les plus mobilisés avec 30% de grévistes, signe de l’important rejet de cette réforme de l’inégalité qu’elle introduit entre les élèves, deux jours après la parution de l’arrêté au journal officiel.

Cette journée a cependant réuni moins de grévistes que lors de la mobilisation du 1er février dernier, tenue en plein scandale autour des propos de la ministre AOC et qui avait rassemblé 47% de grévistes dans le secondaire d’après le SNES-FSU et 55% au niveau du collège. Si la mobilisation reste honorable au niveau nationale, la dynamique n’est cependant pas à l’amplification de la mobilisation et est en décalage avec l’importante colère exprimée ces dernières semaines.

Ainsi, la mobilisation contraste avec la dynamique qui se maintient notamment en Seine Saint-Denis. où depuis le 26 février se tient une grève reconductible, réclamant un « plan d’urgence » contre le manque de moyens. Construite depuis des AG locales, avec l’organisation d’actions comme devant le ministère de l’éducation ou de temps forts le 7 mars, réunissant 60% de grévistes dans le secondaire et près de 50% dans le primaire sur le département, la mobilisation dans le 93 a pu se maintenir contrastant ainsi avec la dynamique nationale.

Ainsi ce mardi, les syndicats revendiquent un taux de grévistes supérieur à 50%. Avec la tenue d’assemblée mêlant professeurs et parents d’élèves, ou d’action commune avec les élèves comme au lycée Blaise Cendrars à Sevran, les professeurs.avaient, en jonction avec les élèves et parents d’élèves, montré l’exemple en faisant reculer le ministère qui cherchait à intimider les grévistes.

Une dynamique de mobilisation qui a impacté les autres établissements, malgré l’absence de plan de reconductible à échelle nationale, avec plusieurs établissements du Val d’Oise voisin se sont également mis en grève. Dans les cortèges ce mardi, des enseignants de Savoie ou bien du Val-de-Marne défendaient à leur tour d’impulser une mobilisation qui s’inscrive dans la durée, à l’image de la grève dans le 93.

Cette détermination de secteurs à la base de l’éducation nationale a su se maintenir avec une politique de grève marchante, montrant la volonté d’en découdre face aux attaques du gouvernement ce qui contraste avec la mollesse du plan de « journée isolée » porté par les directions syndicales.

Malgré de nombreux mouvements locaux et une importante colère, une mobilisation en deçà pour la fonction publique

Si la colère est très forte au sein de la fonction publique notamment sur les salaires comme en témoignent les nombreux mouvement locaux, la journée de mobilisation nationale est restée en demi-teinte. En l’absence des données des syndicats, d’après le ministère de la Fonction publique, seul 6,4 % de grévistes des 5,7 millions d’agents publics étaient en grève. Même si les chiffres fournis par l’État sont probablement sous-évalués, comme c’est traditionnellement le cas, la mobilisation est loin d’être à la hauteur de la colère qui s’exprime dans le secteur.

Si la vapeur est là, les directions syndicales ont la responsabilité première de cette journée du 19 mars en demi-teinte. En effet, alors même que le préavis de grève était déposé près de 2 mois en avance, la préparation de la journée appelée par une intersyndicale très large, regroupant les trois branches de la fonction publique (d’État, hospitalière et Territoriale) n’a pas été à la hauteur. Elle s’illustre notamment par l’absence de préparation sérieuse du 19 mars et pas d’autres perspectives que cette journée sans lendemain, qui devait être suivie par une réunion intersyndicale début avril pour discuter des suites. Une série de journées saute-mouton, qui loin de vouloir construire le rapport de force, était animé par la volonté d’ouvrir des négociations « immédiates » et sur les salaires, comme l’ont déclaré les secrétaires générales de la CFDT et de la CGT Marylise Léon et Sophie Binet à la veille de la grève. Une démonstration de non-combativité qui est loin d’avoir mobilisé largement.

Baisse des salaires, casse du service public, il faut un plan de bataille à la hauteur

La mobilisation du 19 mars aura donc marqué un paradoxe avec d’une part, une colère généralisée, contre les salaires qui stagnent malgré l’inflation et contre les réformes à venir comme la rémunération au mérite ou les groupes de niveaux au collège, et de l’autre une mobilisation contrastée. Cet écart traduit quoique de manière déformée le discrédit porté à l’encontre du plan de journées d’actions isolées des directions syndicales, un an après que cette stratégie s’est avérée perdante malgré des mobilisations massives contre la réforme des retraites

Face à un gouvernement radicalisé qui a pendant plusieurs mois vu défilée des millions de manifestants contre sa réforme largement rejetée par la masse de la population, il n’y pourtant pas d’autre issue que d’opposer une détermination similaire, voir plus importante pour gagner. Contre la casse du service public, face au manque de moyens et aux bas salaires dans la fonction publique mais aussi contre les politiques autoritaires menés en direction des élèves dans l’éducation nationale, les directions syndicales ont la responsabilité de proposer un plan de bataille sérieux qui soit à la hauteur de la colère accumulée et ne peuvent rester l’arme au pied.

Alors que les salaires ne cessent de baisser en terme réels, et que le gouvernement compte bien continuer l’offensive, il s’agit d’opposer un véritable plan de bataille pour non seulement se défendre mais aussi pour repartir à l’offensive. Pour cela, il faut rompre avec l’illusion qu’il est possible de gagner par le « dialogue » et des journées sans lendemain, mais construire un véritable rapport de force qui passe par la préparation de grèves sur les lieux de travails, organisés depuis des assemblées pour que les travailleurs de la fonction publique s’approprient leur lutte, en lien avec les usagers victimes de la casse des services publiques.


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