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Voeux de Révolution Permanente

2024 : vers une année de crises, de guerres… et de révoltes ouvrières et populaires

Génocide à Gaza, guerre en Ukraine, crise inflationniste, montée de l’extrême-droite et réchauffement climatique : en 2023, les classes dominantes ont mis le monde à feu et à sang. Pourtant, ces dynamiques réactionnaires ne sont pas les seules possibilités inscrites dans la séquence et le regain de la lutte des classes à l’international exprime la possibilité d’une autre perspective pour 2024.

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2024 : vers une année de crises, de guerres… et de révoltes ouvrières et populaires

L’année 2024 a débuté en Palestine comme la précédente s’était terminée : par l’étalage d’un déchaînement de violences soutenues par l’ensemble du camp impérialiste : bombardements d’hôpitaux, chiffres glaçants concernant les victimes enfants, et promesses d’une poursuite du massacre. Si la guerre en Ukraine, qui se poursuit et promet un nouveau cortège de morts et de blessés avec le déclenchement de la « campagne d’hiver », a ramené en Europe le spectre d’un conflit entre puissances, on assiste en direct au Moyen-Orient à un véritable génocide, de la part d’un État qui ne cache pas sa volonté d’en finir avec la question palestinienne en en finissant avec le peuple palestinien..

L’offensive à Gaza n’est pas seulement la continuation d’une guerre coloniale vieille de plus de 75 ans au Moyen-Orient. Elle exprime des tendances lourdes aux crises et aux guerres toujours plus meurtrières qui n’ont cessé de s’accentuer depuis 2008. La dynamique de réarmement des puissances européennes et l’accroissement des tensions entre la Chine et les Etats-Unis témoignent de cet état de fait et de la surenchère militariste et belliciste partout dans le monde. L’escalade en cours dans la région de l’Esequibo, attribuée au Guyana à la fin du XIXème siècle par les puissances coloniales réunies à Paris, et revendiquée par le Venezuela sur fond de concurrence avec l’Angleterre et les États-Unis et de très gros intérêts pétroliers, est une autre illustration du réchauffement actuel et du réveil de conflits parfois gelés depuis des décennies.

Les mêmes éléments mettent à feu et à sang de nombreuses régions du monde, du Haut-Karabakh au continent africain en passant par le Proche-Orient, où lorsqu’on ne meurt pas de la guerre, on meurt de la faim. C’est le cas au Soudan où la guerre fait peser le risque d’un nouveau génocide dans le Darfour, mais aussi dans la corne de l’Afrique, en Éthiopie, où la famine menace la vie de centaine de milliers de personnes, pendant qu’on compte déjà les morts par millions en République démocratique du Congo ou encore au Yémen. A chaque fois, derrière les milices locales, les interventions étatiques, les conflits fratricides et les opérations extérieures, les mêmes puissances impérialistes en déclin qui cherchent à défendre les intérêts de leurs multinationales aux quatre coins du globe.

C’est à ce prix que les Bourses mondiales ont atteint de nouveaux records pour clôturer 2023, et que les marchands d’armes ont enregistré des bénéfices historiques, augmentant les actions du secteur de 23% au cours de l’année écoulée. Des pics de profits qui ne masquent que conjoncturellement la situation d’un système économique à bout de souffle. Dans ce contexte, et sur fond de crise inflationniste que les travailleurs n’ont pas fini de payer, ces dynamiques se cristallisent politiquement par le durcissement des régimes partout sur la planète et par l’avènement de nouvelles forces politiques d’extrême-droite qui se veulent les championnes de l’application de grandes offensives anti-sociales et xénophobes contre les travailleurs, la jeunesse et l’ensemble des classes populaires.

Une dynamique d’autant plus mortifère que les effets d’une planète qui se réchauffe dangereusement aggravent la situation et contraignent toujours plus d’hommes, de femmes et d’enfants à l’exil, et bien souvent à la mort dans la mer Méditerranée ou aux frontières. L’année qui vient de commencer pourrait être la première à connaître une température moyenne globale de surface supérieure au seuil de 1,5 degrés au-dessus de l’ère préindustrielle selon le Met Office et l’Organisation météorologique Mondiale (OMM), alors que la COP28 a été une nouvelle mascarade cynique. Comme un symbole, les multinationales pétrolières distribuent en ce moment des dividendes records de 100 milliards de dollars à leurs actionnaires pour la nouvelle année.

Les tendances à la crise économique et aux crises organiques qui ont continué de s’approfondir ont cependant aussi ouvert une nouvelle période intense de luttes ouvrières et de révoltes populaires sur l’ensemble du globe ces dernières années. Le cas de la France est particulièrement symptomatique de cette double réalité. Le durcissement autoritaire du régime sous la présidence d’Emmanuel Macron, dont la promulgation d’une loi Immigration profondément violente et qui tire son esprit du programme historique de l’extrême droite a été la dernière expression, est marqué par de profondes fragilités que sont venues révéler les récentes déroutes de l’impérialisme français au Sahel mais aussi la crise de ces dernières semaines à l’Assemblée nationale.

Ainsi, contrairement à ce que voudraient faire croire les classes dominantes, ces dynamiques réactionnaires ne sont pas les seules possibilités contenues dans la période. Comme le soulignait Lénine il y a plus d’un siècle et comme l’a démontré la révolution russe, les grands moments de déstabilisation du capitalisme ouvrent la voie aux crises, aux guerres, mais aussi aux révolutions. Si celles-ci se font attendre, la lutte des classes traduit déjà les premiers symptômes du retour de cette perspective. Depuis 2008, la lutte de classes a en effet connu un regain puissant à l’échelle de la planète, de l’Europe à l’Amérique latine en passant par l’Asie du Sud-Est.

En 2023, aux Etats-Unis, les travailleurs de l’automobile ont mené pendant plusieurs mois un combat historique contre les trois géants de l’industrie. En France, le cycle de lutte de classes qui s’est ouvert en 2016 a donné lieu à près d’une lutte d’ampleur par an, avec des pics inédits depuis des décennies de radicalité, comme le mouvement des Gilets jaunes ou le soulèvement des quartiers populaires de l’été 2023, et de massivité, comme la bataille des retraites. En outre, des rues de Washington à celles de New York en passant par Londres, Le Caire, Jakarta, Alger, Paris ou Dublin, le génocide en cours a donné lieu aux prémices de la constitution d’un mouvement international contre la guerre menée par Israël et le soutien des puissances impérialistes.

Dans un monde en pleine tourmente, la mobilisation des travailleurs et des classes populaires dans des pays centraux de l’impérialisme tout comme ceux où les classes populaires souffrent le plus des conséquences de la crise est une bonne nouvelle pour les années à venir. La grève nationale du 24 janvier et le retour des casserolades dans les rues de Buenos Aires quelques jours après l’investiture du gouvernement d’extrême-droite de Milei pourraient permettre de débuter 2024 avec un retour sur le devant de la scène d’un des mouvements ouvriers les plus syndiqués et historiquement combatifs d’Amérique latine et du monde. La combinaison d’un possible saut dans la lutte des classes et de l’existence d’une gauche révolutionnaire qui, bien que minoritaire, a un poids dans la politique nationale argentine, à l’image de notre organisation sœur du PTS, ouvre des possibilités sans précédent depuis des années pour les forces anticapitalistes et révolutionnaires au niveau mondial.

Celles-ci se réaliseront-elles, jusqu’à permettre à des révoltes ouvrières et populaires de se transformer en révolutions ? C’est en tout cas le défi et l’enjeu qui pourrait être posé si les masses argentines entraient en scène de façon indépendante, avec une réponse à la hauteur des attaques brutales du gouvernement d’extrême droite de Milei. Dans le même temps, l’offensive brutale à Gaza ouvrira-t-elle la voie à une relance plus dure de la révolution arabe dans des pays comme l’Égypte, qui traverse une grave crise économique, la Jordanie ou dans certaines puissances du Golfe ? L’impasse de la guerre réactionnaire en Ukraine et le fait que ni Poutine ni Zelenski ou leurs alliés occidentaux ne soient capables de revendiquer ouvertement la victoire conduira-t-elle à un assaut des masses contre les principaux architectes de la guerre ? C’est à toutes ces questions, et de nombreuses autres, qu’il faudra s’efforcer de répondre en 2024 pour faire en sorte que la révolution triomphe sur les dynamiques à la guerre.

En France, face à Macron et à l’extrême-droite, l’année doit permettre de commencer à bâtir une riposte d’ensemble, en partant de la lutte contre la promulgation de la loi immigration, du combat contre le génocide en Palestine et en articulant ces batailles à celles pour les salaires et contre la misère. Alors que la conjoncture semble s’assombrir, nous sommes persuadés que la clé d’une issue progressiste à la crise réside dans l’unification des forces immenses des opprimés et des exploités, qui se sont largement manifestées ces dernières années, autour d’un programme et d’une stratégie révolutionnaire.

Dans ce contexte, alors que nous commémorerons en janvier les 100 ans de la mort de Lénine, il s’agira plus que jamais de renouer avec la perspective du révolutionnaire russe. Pas par nostalgie ou folklore militant, mais parce que nous sommes persuadés qu’il est fondamental de prendre au sérieux l’héritage d’une figure qui a cherché à penser les conditions de la victoire de la classe ouvrière et de tous les opprimés sur les classes dominantes, ainsi que les outils pour y parvenir. Ces dernières années, nos luttes n’ont pas manqué de colère et de détermination, mais de stratégies à même de déployer l’énergie de l’ensemble des secteurs de notre classe dans un combat commun, et de dépasser les stratégies de la défaite des bureaucraties syndicales. En 2024, avec Révolution Permanente, tous nos efforts théoriques et politiques et notre intervention dans la lutte de classes auront comme boussole de concrétiser cette perspective.


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