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Monde

Pandémie et crise économique

2ème vague en Italie : crise sanitaire, colère sociale et lutte des classes

La contention du virus en Italie, obtenue au prix de plus de 30 000 morts et de trois mois de quarantaine nationale, avait permis d'assouplir les mesures d'urgence et de profiter d'un "été à l'italienne" à la fin du printemps. Toutefois, en l'absence de mesures structurelles, cette deuxième vague a marqué une reprise plus importante de la contagion que la première. Le secteur de la santé se dirige à nouveau vers la saturation, et les mesures de quarantaine se multiplient.

samedi 14 novembre

Cet article est une traduction de La Izquierda Diario

Un massacre social multiplié par l’absence de réponse structurelle au virus

La propagation du coronavirus dans le monde, il n’est jamais trop tard pour s’en souvenir, est de l’entière responsabilité des gouvernements et des grandes entreprises pharmaceutiques qui ne se sont jamais sérieusement préparés à la propagation des virus qui, comme l’avaient prédit les experts, caractériseraient le 21ème siècle même dans ses premières décennies.

Le cas de l’Italie, longtemps le pays avec le meilleur système de santé publique au monde (malgré des décennies de coupes et de privatisations), est emblématique : c’est l’un des pays les plus touchés par le virus, surtout sur le territoire situé entre la Lombardie et la vallée du Pô, au nord du pays, une zone à forte concentration de population et d’activités économiques et industrielles.

Le gouvernement a commencé à prendre des mesures alors que le virus se propageait déjà de manière irrépressible en Lombardie et, jusqu’alors, dans le centre-nord du pays. Cela a causé plus de 30 000 décès lors de la première vague, concentrés dans la population âgée qui est restée pour la plupart sans assistance médicale appropriée, souvent abandonnée et isolée dans ses maisons ou ses hospices.

De même, la politique de dépistage insuffisante et dispersée fait que le nombre officiel de personnes infectées, qui atteindra un million dans un ou deux jours, est en fait beaucoup plus élevé. Même le nombre de décès de la première vague est nettement plus élevé, si l’on tient compte du fait que beaucoup ont été enterrés avec des causes de décès compatibles avec la contagion, mais non diagnostiquées. Des chiffres effrayants pour un pays de 61 millions d’habitants, et en considérant que la première vague a touché le sud du pays dans une bien moindre mesure.

En Italie, comme ailleurs, le droit au profit capitaliste a été imposé contre le droit à la santé. C’est pourquoi la priorité a été donnée à la plus grande continuité possible des activités économiques, avec des fermetures qui étaient en fait plus longues dans les petites entreprises et non dans les grandes activités économiques ou les concentrations de main-d’œuvre. Il en a résulté une grande exposition au virus, dans les moyens de transport, les usines et les entrepôts, pour des millions de travailleurs, pendant les semaines de propagation maximale du virus. Les travailleurs et les plus précaires de la population ont reçu les miettes des fonds d’urgence, absorbées bien davantage par les classes moyennes supérieures et les entreprises, qui sont allées jusqu’à organiser de fausses fermetures pour recueillir des fonds publics sur le "fonds de licenciement".

Le gouvernement Conte, soutenu par le Parti démocratique et par les populistes de droite du Mouvement cinq étoiles, a profité de l’occasion, comme beaucoup d’autres gouvernements, pour renforcer les mesures répressives et militarisantes qui font peser la responsabilité sociale de la contagion sur les individus, exonérant de toute responsabilité les capitalistes, les entreprises pharmaceutiques lancées dans la course au profit, ainsi que les institutions de l’État, malgré les politiques aberrantes de certaines d’entre elles, notamment en Lombardie.

Les vacances d’été à l’italienne et la deuxième vague

Pour endiguer un courant de colère sociale qui se renforçait, et qui n’avait pas encore été capitalisé par la droite, le gouvernement a profité de la chute de la contagion pour "tout rouvrir" et garantir, tout d’abord aux propriétaires du secteur de la restauration et du tourisme (plus de 10% du PIB italien avant la crise) un "été italien".

Cela a entraîné un exode de la population du nord vers les plages italiennes, rendant les vacances à l’étranger plus difficiles et plus dangereuses. La diminution de la charge virale et la propagation du virus, surtout chez les jeunes, qui présentaient très souvent peu de symptômes, ont permis à la bombe Covid-19 de ne pas exploser immédiatement pour la deuxième fois.

Cependant, entre-temps, ils n’ont pas pris de mesures structurelles pour améliorer la sécurité sur les lieux de travail, fournir davantage de transports publics, assurer une sécurité maximale dans les écoles et renforcer la santé publique. Ainsi, avec le début de l’année scolaire et professionnelle, depuis septembre, la contagion a repris son cours, affectant à nouveau la population âgée et recréant des foyers énormes et concentrés dans plusieurs villes et régions, cette fois-ci aussi dans le sud. La Campanie, qui était auparavant peu touchée, est maintenant la troisième région la plus contaminée, avec une concentration très inquiétante dans la zone métropolitaine de Naples.

Le gouvernement a réagi en fermant une fois de plus un certain nombre d’activités qui ne sont pas vraiment essentielles à la propagation du virus, comme les théâtres, les cinémas et les bibliothèques, a élaboré un ensemble de règles complexes et irrationnelles, révisées à plusieurs reprises, s’est concentré sur les petites activités et a laissé le champ libre aux grandes entreprises.

Ainsi, en octobre, la courbe de contagion a augmenté - dépassant d’abord régulièrement 10 000, puis 20 000 personnes infectées pour 150 000 tests - et les hôpitaux ont recommencé à se remplir. Aujourd’hui, les services hospitaliers de plusieurs provinces se dirigent vers la saturation et un éventuel second effondrement du système national de santé. Rien que ce mardi, 35.098 positifs (avec 217.758 prélèvements) et 580 décès ont été détectés, ce qui représente un nouveau bond en avant par rapport à la semaine dernière, avec 42.330 décès.

Face à une situation qui devenait déjà incontrôlable il y a trois semaines, le gouvernement a ouvert une commission avec l’opposition parlementaire et les délégations gouvernementales régionales, signant un décret du Premier ministre (DPCM) qui est entré en vigueur le 6 novembre. Le décret prévoit, entre autres, un retour progressif à l’enseignement à distance sur le territoire national, ainsi qu’un couvre-feu national entre 22 heures et 5 heures, et la fermeture des activités de restauration de 18 heures à 5 heures. Toutefois, la principale mesure est la division des régions en zones verte, jaune, orange et rouge en fonction de la gravité de la propagation de la contagion, techniquement, par la combinaison de 21 facteurs épidémiologiques qui seront traités par une équipe d’experts de divers organismes médicaux et étatiques.

Actuellement, la contagion est telle qu’il n’y a plus de régions vertes, alors que les régions rouges sont concentrées dans le nord (Lombardie, Piémont, Val d’Aoste, Trentin-Haut-Adige, plus la Calabre dans le sud) et les oranges, après une semaine seulement, sont passées de deux à sept. Ainsi, 12 régions sur 20 sont déjà dans un scénario critique depuis au moins 3 semaines. Dans le système d’interdictions croissantes entre les différentes zones, les rouges comprennent une véritable quarantaine, avec interdiction de voyager, sauf pour de strictes raisons de santé ou de travail.

Réponses à la gestion de la pandémie

De larges secteurs de la population ont vu leurs revenus réduits ou même supprimés pendant ces mois de propagation du "Coronavirus" : environ un million de travailleurs du pays ont perdu leur emploi, dont beaucoup sans le récupérer après la fin de la quarantaine nationale. De nombreuses petites entreprises n’ont pas résisté et ont fermé leurs portes, tandis qu’en général, une partie importante des classes moyennes et de la petite bourgeoisie a dû recourir à ses économies, les érodant et se rapprochant de la situation de millions de travailleurs, employés ou chômeurs, appauvris par cette nouvelle et plus grave période de crise.

La colère sociale a donc commencé à s’exprimer à travers un nouveau cycle de mobilisations de divers types qui a débuté la dernière semaine d’octobre. Nous avons assisté à des grèves dans différents secteurs : des conflits partiels, des grèves dans une branche de l’économie ou un syndicat entier parmi les syndicats de base. Mais aussi des grèves qui ont été déclenchées par le refus de l’association patronale Federmeccanica d’ouvrir de véritables négociations sur le renouvellement de l’accord national des travailleurs de la métallurgie, une réponse sévère qui a obligé les grandes bureaucraties syndicales à proclamer une grève de quatre heures le 5 novembre.

Il y a aussi eu des mobilisations dans lesquelles se sont concentrés de petits secteurs de la bourgeoisie, avec dans plusieurs cas une présence relativement importante de l’extrême droite extra-parlementaire (alors que l’"opposition" au parlement est totalement passive et reçoit le soutien électoral de ceux qui sont déçus par le gouvernement), mais aussi d’autres mobilisations avec une présence plus forte, voire une grande majorité, de travailleurs et de précaires urbains.

L’extension des positions "négationnistes" parmi ces secteurs n’est pas sans importance, mais est plutôt due à un rejet du très fort consensus dont font preuve les partis du régime sur les politiques gouvernementales et à l’obsession de la pandémie qui a caractérisé la vie politique nationale ces derniers mois.

Il y a une adaptation générale, même à gauche, à la logique de "l’inévitabilité" d’une quarantaine nationale aussi stricte que possible, tout en demandant seulement qu’elle soit accompagnée de quelques mesures minimales de revenu, de bien-être et de sécurité sanitaire.

Cela n’enlève rien au fait qu’il existe toujours une position, bien que minoritaire pour le moment, qui remet en question la politique des industriels, du grand patronat et du gouvernement dans une perspective de classe. Une position qui ne souscrit ni totalement ni partiellement aux méthodes moyenâgeuses de politique de santé que l’État a adoptées, tout en évitant de toucher aux profits, à commencer par ceux du secteur privé de la santé et de la pharmacie, et en n’ayant pas l’intention d’investir dans des mesures structurelles, sanitaires et logistiques.

Il s’agit plutôt de développer la lutte sur la base de revendications qui permettront de répondre aux besoins d’urgence, dans cette double crise économique et sanitaire. Il ne doit pas suffire de limiter les dégâts de la pandémie par des mesures partielles et de militarisation. Nous devons nous battre pour que ce soient les responsables de la crise, les capitalistes, qui paient pour cette crise.




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