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Témoignage

A l’hôpital d’Arles, « Il a été dit à des agents infectés qu’ils n’avaient qu’à mettre des sacs poubelles »

Anne-Marie Le Sage est secrétaire CGT à l’hôpital d’Arles. Elle travaille au service administratif qui prend en charge notamment tout ce qui concerne la commande de matériel médical (masques, surblouses). Nous l’avons interviewé pour faire le point sur la situation des personnels confrontés à un manque de matériel.

lundi 13 avril

Crédits photo : Twitter

RP : A Arles, le nombre d’admissions en service de réanimation était en hausse la semaine dernière. Comment ça s’est passé au niveau du matériel et des conditions de travail notamment ?

C’est très compliqué parce que comme dans tous les hôpitaux on a des budgets serrés, les commandes et les personnels ont été diminués. C’est un combat de tous les jours avec la direction au niveau du syndicat et c’est tendu depuis un moment notamment depuis qu’ils nous ont supprimé le Smur (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation). On se pose des questions sur Arles comme ailleurs parce qu’on n’a pas le matériel qu’il nous faut.

RP : Justement sur cette question du manque de matériel, nous avons vu que la direction de l’hôpital aurait demandé à des soignants de fabriquer leurs propres blouses avec du matériel plastique (sacs poubelles etc)…

Personne n’a de surblouses dans l’hôpital ni les soignants, ni les autres personnels. La direction est tellement dépassée qu’elle nous demande de trouver des solutions ad hoc. Il faut le dire on reçoit énormément de dons dans la région, on a reçu 100 000 euros pour acheter des respirateurs par exemple, et aussi des dons de matériels, de masques. Mais je trouve que c’est une honte d’en arriver là. On bricole mais ce n’est pas aux normes contrairement à ce qu’ils disent.

Pour vous dire on a un service non dédié au CoVid 19 qui a été infecté et la doctoresse qui assure la sécurité de l’hygiène dans l’hôpital a dit aux agents infectés qu’ils n’avaient qu’à mettre des sacs poubelles. Le directeur est intervenu sur ce sujet et a critiqué ces propos. Mais ça montre jusqu’où on en arrive.

Il n’y a pas de surblouses et en plus nos agents on ne leur lave pas leurs vêtements comme on devrait. Notre blanchisserie est devenue une blanchisserie centralisée c’est-à-dire que les agents prennent en charge le linge des centres aux alentours comme les Ehpad etc. On n’est plus concentré sur l’hôpital et on doit s’occuper du linge de tout le monde mais ça ne marche pas. Alors qu’aujourd’hui il faudrait encore plus laver le linge, les tenues, avoir plus de stocks, les personnels sont dépassés et n’y arrivent pas. Ils ont renforcé un peu au niveau du personnel, sans embaucher bien sûr, mais ça ne suffit pas.

RP : Vous avez du personnel touché dans un service. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ces personnels ont été pris en charge ? Comment se fait-il que tout le service ait été touché de la sorte ?

On a un service qui a été infecté par le CoVid 19 mais qui n’était pas dédié au CoVid du coup les agents n’avaient que des masques chirurgicaux. On a douze agents qui ont été atteint. Le directeur s’est mis en relation avec un laboratoire pour qu’ils soient testés mais un laboratoire extérieur alors qu’on voulait qu’ils soient testés sur place, à l’hôpital. Certains médecins se font tester dans l’hôpital mais ce n’est pas le cas de tous les soignants. On n’est pas tous égaux apparemment.

Elles n’avaient que des masques et elles ont les mains brûlées à force mettre du produit parce qu’elles ont peur. Ils veulent rouvrir le service mercredi, mais est-ce que le personnel aura le matériel pour être un service CoViD 19 comme les autres ? Les soignants m’ont dit que s’ils n’avaient pas le matériel ils n’iraient pas. Il faudrait qu’elles aient des masques plus protecteurs, des surblouses, des gants, des charlottes.

RP : Vous dîtes que si les soignants n’ont pas le matériel adéquat, ils envisagent de ne pas y aller. Y a-t-il des situations difficiles à gérer au niveau du personnel ? Sont-ils protégés ?

Oui, il y a des situations difficiles, de personnels qui doivent garder leurs enfants, ont des parents malades, et font de leur mieux pour venir travailler quand même. Ils sont très courageux. Ce qui me choque c’est qu’il y a des sanctions qui commencent à tomber, des agents qui sont dans des situations difficiles et on leur fait des menaces de sanctions. C’est très grave. Je vais en parler avec la direction cette semaine ce n’est pas acceptable.

RP : Vous parlez d’une cellule de crise quotidienne dans l’hôpital, qui compose cette cellule ? Qu’en pensent les personnels ?

Il y a une cellule de crise CoVid 19 avec les médecins, la direction et un membre CHSCT (de Force ouvrière), ils se réunissent tous les jours pour faire le point sur la situation.

Notre combat avec la direction c’est de dire qu’il faut écouter les gens qui sont sur le terrain, et pas qu’eux. On envoie les agents au front mais sans rien donc ça créait énormément de tensions.

Je demande à ce que ce soit le personnel qui participe, donne leur avis, et le personnel aussi l’a demandé. Le directeur nous a envoyé bouler. Il faudrait les laisser travailler tranquille. Mais nous aussi on travaille 10h 12h par jour, on a les agents au téléphone tous les jours et on est là pour la défense du personnel.

Macron a promis qu’il y aurait des investissements pour l’hôpital et que les soignants seront remerciés. Vous y croyez-vous ?

Non on n’y croit pas. Vu comment ils nous ont traité ces derniers temps. Le point d’indice est gelé depuis plus de 10 ans, ils ont supprimé des postes. Honnêtement personne n’y croit même au niveau des soignants. Ils lâchaient des primes mais ce n’est pas ça le problème. Les brancardiers n’ont pas la prime ça a mis énormément de tensions. Ils lâchent des choses pour certains personnels mais pas à d’autres, ça créait des usines à gaz. Il fallait revaloriser tout le monde.

Avec Révolution Permanente, on revendique à la fois des mesures de soin d’urgence, comme les dépistages massifs, mais aussi par exemple que les activités non-essentielles soient arrêtées (automobile etc). Vous en pensez quoi ?

Je soutiens mes collègues qui ne sont pas dans la santé. Je suis en contact avec l’union syndical. Nous la santé c’est une honte comme on est traité mais les autres aussi, de mettre des risques où il n’y en n’a pas besoin. Nous la poste à Arles s’est mise en grève par rapport à la situation, ils s’étaient mis en droit de retrait et la Poste a embauché des intérimaires pour les remplacer. Y a des usines qui continuent à tourner dans la région alors qu’elles ne devraient pas.




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