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Notre classe

Vague de suicides dans l'Education Nationale

Après Christine Renon, tentative de suicide d’une principale de collège à Bondy

Elle en « veut plus à l'Education Nationale qu'aux élèves et aux parents » a affirmé la proviseure d'un collège de Bondy, en Seine-Saint-Denis, pour expliquer son geste. Quelques semaines après le suicide de Christine Renon, directrice d'école à Pantin, cette tentative de suicide d'une proviseure est un nouveau signal de la souffrance au travail des personnels de l'Education Nationale.

mardi 15 octobre

Elle comptait mettre fin à ses jours dans son établissement. Heureusement, elle a été rescapée in extremis par les secours, alertés par le voisinage. Elle ne « pouvait plus supporter l’Education Nationale » a t-elle commenté pour expliquer son geste. Comme pour Christine Renon, qui s’est donnée la mort dans l’école Méhul à Pantin où elle était directrice, c’est l’institution scolaire qui est directement dénoncée pour expliquer son passage à l’acte.

Selon le recensement effectué par le collectif « les Stylos Rouges », on compterait à minima trois suicides depuis la rentrée au sein de l’Education Nationale : Laurent Gatier, professeur de services et de communication qui s’est suicidé le 9 septembre 2019, Christine Renon et Frédéric Boulé professeur de SVT décédé le 21 septembre 2019. Selon la médecine du travail, le métier d’enseignant est un métier « à risque » avec un taux de suicide 2,4 fois plus élevé parmi les enseignants que pour la moyenne des salariés. Cette souffrance au travail est en réalité décuplée par les dernières réformes de l’Education qui ont augmenté, en réduisant les équipes et augmentant les effectifs par classe notamment au lycée, la charge de travail et les tâches administratives dévolues aux personnels de l’Education.

Dans ce contexte d’exacerbation des difficultés - souffrances, suicides, violences scolaires - au sein de l’Education Nationale et de la montée d’une colère encore sourde parmi les personnels, le ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer a décidé d’agiter le chiffon de la « radicalisation » : « fake news » sur les petites filles musulmanes qui seraient empêchées d’aller à l’école, sorties sur les « petits garçons » qui refuseraient de « tenir la main aux petites filles » ou encore sur les mamans d’élèves voilées pour qui il serait préférable de ne pas accompagner leurs enfants en sortie scolaire, tout est bon pour répandre un climat islamophobe, facteur de division au sein des personnels, et détourner l’attention des vrais problèmes. Souffrances dans les écoles primaires, réforme du lycée appliquée à la hâte dans la plus complète désorganisation, dotation budgétaire en baisse, suppressions de postes et manque de personnels, augmentation des exclus de Parcoursup... sur ça, le ministre voudrait tirer un trait.

Les suicides des personnels n’ont rien à voir avec une supposée « fragilité » comme l’a insinué la note administrative au sujet de Christine Renon. Les suicides en chaîne montrent bien le caractère systémique de la souffrance au travail, de la perte de sens des personnels pourtant souvent très attachés à leur métier comme l’était Christine Renon.

La tristesse ne doit pas se noyer dans le désarroi. Le 5 décembre, l’appel à la grève illimitée lancée par la RATP, doit être l’occasion pour les personnels d’Education de relever la tête. De se battre pour ne pas perdre la vie et le sens de nos métiers – l’éducation, la protection, l’émancipation de nos élèves – dans le rouleau compresseur des réformes Blanquer.




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