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Crise sanitaire

Au lycée Blaise Cendrars (93), des enseignants en droit de retrait face à la flambée des contaminations

Face à la flambée des contaminations au lycée Blaise Cendrars à Sevran, des enseignants ont fait usage de leur droit de retrait la semaine dernière pour exiger la fermeture de l'établissement.

mercredi 24 mars

Crédits photo / AFP

Malgré de multiples interventions médiatiques du ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer pour essayer de camoufler la gestion désastreuse du gouvernement et sa décision de maintenir les écoles ouvertes, la situation sanitaire dans l’éducation est désormais hors de contrôle.

Dans l’académie de Créteil, selon les chiffres du ministère diffusés vendredi dernier, ce sont près de 2366 élèves qui seraient contaminés par la Covid-19. C’est presque 1000 contaminations supplémentaires que la semaine précédente, qui comptabilisait 1456 cas avérés. Chez les personnels, le constat est le même, avec 393 nouveaux cas pour 232 la semaine précédente.

Au lycée Blaise Cendrars à Sevran (Seine Saint Denis), c’est l’hécatombe. Ces dernières semaines on dénombre 9 classes concernées par des cas positifs à la maladie, dont quatre d’entre elles qui ont dû être fermées, 20 enseignants positifs et une trentaine d’entre eux qui ont été déclarés cas contact. Par ailleurs, la contamination d’un assistant d’éducation (AED) la semaine dernière a mis en arrêt l’ensemble de la vie scolaire.

Face à cette situation dramatique et à l’absence de réponse de l’académie comme de l’Agence Régionale de Santé (ARS), les enseignants ont décidé d’agir par eux-mêmes. Jeudi 18 mars, près de l’ensemble des membres de l’équipe encore en poste se sont réunis en Assemblée Générale, et ont fait valoir collectivement leur droit de retrait. Ils ont envoyés une lettre au recteur, pour dénoncer leurs conditions de travail et faire valoir leurs revendications.

Interrogé par Révolution Permanente, Clément, professeur de mathématiques à Blaise Cendrars et représentant syndical du SNES-FSU 93, est revenu sur la situation : « On a écrit un courrier au Recteur demandant la fermeture immédiate de l’établissement pour une durée de sept jours minimum, le temps que la période d’incubation passe, ainsi qu’un dépistage massif pour tous les personnels et les élèves du lycée avant sa réouverture, afin d’assurer la sécurité de tous  ». Face à l’absence de réponse, le droit de retrait a été reconduit dès le lendemain, avec un taux de participation aussi élevé que la veille. Le vendredi soir, les enseignants reçoivent finalement la réponse de l’ARS, qui, malgré le danger de la situation, considère « qu’il n’est pas préconisé de mesures supplémentaires à mettre en place ». Suite à cette annonce, 10 enseignants vont se mettre en arrêt maladie pendant le week-end, suivant les conseils de leurs médecins, qui considèrent que le lycée dans lequel ils travaillent est un véritable cluster de la pandémie.

Cette semaine, après plusieurs Assemblées Générales, les enseignants ont décidé de se coordonner avec d’autre lycées et collèges de Seine-Saint-Denis qui font face à la même situation, pour faire entendre leur voix en donnant plus de force à leur mobilisation. Pour Clément cette situation intervient dans un contexte de colère profonde du corps enseignant : « On est extrêmement en colère parce que les mesures liberticides du gouvernement sont de plus en plus fréquentes, ça fait un an qu’on les subit. Dans le même temps il y a des nouvelles explosions de cas de COVID dans les lycées, les collèges ou les écoles primaires et aucune décision qui est prise pour nous protéger, alors même qu’on sait désormais que c’est dans ces endroits que les foyers de contamination sont les plus violents et les plus fréquents. On a également beaucoup d’inquiétude, parce qu’on a de plus en plus de collègues qui sont contaminés, et on va au boulot en se disant qu’on va peut-être contaminer sa femme, son enfant, son mari, c’est trop, beaucoup trop. »

Le ministère de Blanquer ne propose qu’un protocole sanitaire extrêmement réduit, applicable seulement partiellement et qui est loin de permettre la réduction des courbes de contamination. L’acharnement du gouvernement à vouloir maintenir les écoles ouvertes pour maintenir l’activité économique quoi qu’il en coûte doit cesser en urgence, car les services de réanimation, déjà au bord de la saturation, ne pourront pas assurer le « service après-vente » des mesures made in Medef prise par le gouvernement. Dans ce cadre, les enseignants de Seine-Saint-Denis, en se réunissant en Assemblée Générale et en faisant usage de leur droit de retrait, montrent qu’il est possible et essentiel de s’organiser pour reprendre en main la lutte contre la pandémie mais aussi contre le gouvernement.




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