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Notre classe

Jean Michel Brassage

Le nombre de classes fermées explose : Blanquer joue sur les chiffres pour masquer sa gestion

Jean-Michel Blanquer a martelé, à plusieurs reprises ces derniers jours, que le virus ne circulait pas plus à l’école qu’ailleurs mais entre explications confuses et chiffres contradictoires la seule certitude demeure l’absence de protocole sanitaire conséquent et le manque constant de moyens.

mercredi 24 mars

Dans un contexte d’intense propagation du virus, alors que la pression sur les services de réanimation asphyxie d’ores et déjà le personnel hospitalier, notamment en Ile-de-France, le ministre de l’éducation nationale a, cette semaine, multiplié les interventions médiatiques pour défendre la non-fermeture des écoles se voulant rassurant quant à la réalité de la situation épidémique à l’intérieur de nos collèges et lycées.

Quelle est la situation épidémique dans l’éducation nationale ? Le grand bazar des chiffres de Blanquer

Interrogé sur BFM-TV, vendredi 19 mars, le ministre de l’éducation nationale, a expliqué que les résultats des tests salivaires effectués à l’école donnent « un taux de contamination en moyenne d’environ 0,5 % », soit 500 pour 100 000 et donc un chiffre largement au-dessus du taux d’incidence du reste de la population (qui est d’environ 250 cas pour 100 000 habitants). Un résultat contradictoire au regard de la narration jusqu’alors prodiguée par Blanquer sur la réalité épidémique à l’école puisque le ministre avait toujours défendu que la situation épidémique y était largement contrôlée et sujette à une évolution parallèle à celle que connaissait le reste de la population.

Quelques jours plus tard, le dimanche 21 mars, le ministre de l’éducation nationale est revenu sur sa déclaration. Sur LCI, interrogé sur le taux d’incidence du virus dans les écoles française, Blanquer a répondu : « c’est 0,35% » avant d’affirmer :« Il y a un peu moins de contaminations [ à l’école] qu’en population générale ».

Que retenir de ces chiffres et allégations différentes ? Selon Jean-Michel Blanquer entre 0,35% et 0,5% des tests se seraient donc révélés positifs. Mais outre le caractère hasardeux de ces annonces, le taux de positivité ayant miraculeusement chuté entre le passage du ministre sur BFM-TV et sur LCI, aucune conclusion sérieuse ne peut être tirée de ces chiffres, le ministre de l’éducation nationale ayant confondu taux de positivité et taux d’incidence. En réalité, ce dont nous parle Blanquer c’est du taux de positivité du virus, c’est-à-dire de la proportion de virus détecté lors de ces dépistages, quand le taux d’incidence, correspond à la proportion de cas confirmés de Covid-19 dans la population.

En faits, les différents chiffres énoncés par Blanquer s’avèrent particulièrement faibles au regard du taux de positivité des tests à l’échelle nationale, qui est actuellement de 8%, selon Santé Publique France (SFP). Pourtant là encore il n’y a rien à conclure, le dépistage étant en grande partie réalisé par des personnes qui ont des symptômes de Covid-19 et leurs contacts quand celui pratiqué dans les écoles est beaucoup plus aléatoire et moins ciblé.
Après avoir menti pendant des mois sur le nombre d’élèves contaminés, Blanquer semble toujours devoir cultiver l’opacité sur les cas de contaminations. La seule certitude pour les personnels de l’éducation nationale et élèves c’est que ces dernières semaines le nombre de cas détecté a fortement augmenté. Ainsi le nombre de classes fermées est passé de 430 le 5 mars à 833 le 12 mars, pour atteindre 2018 le 19 mars. Dans l’académie de Créteil où plus de 900 élèves ont été détectés cas confirmés et 126 classes fermées en une semaine, la situation est d’ores et déjà préoccupante.

Protocole sanitaire inconséquent et manque structurel de moyen : vers une fermeture des écoles ?

A l’origine de ces chiffres prononcés par le ministre, une campagne de dépistage lancée fin février dans les établissements scolaires. Si l’objectif des 300 000 tests salivaires annoncé début mars a été atteind, sur le terrain est déplorée une réalité bien différente de celle vantée par les canaux officiels du ministère de l’éducation nationale. Outre les délais allant jusqu’à treize jours entre la flambée des cas et l’arrivée des tests salivaires, différents scandales ont émaillé le lancement de la campagne de dépistage. Après avoir annoncé que les tests seraient payants pour les enseignants, le ministre avait fait savoir début mars que celle-ci reposerait en partie sur le recrutement de 1700 étudiants en pharmacie et en médecine pour remédier au problème du manque de personnel sans avoir à sortir le portefeuille.

Pour faire face au variant anglais, le ministère de l’éducation nationale avait pondu un énième protocole sanitaire. Dans nos colonnes nous écrivions alors : « Parmi les principales nouveautés, on peut noter l’interdiction des masques « faits maison », avec l’obligations pour les personnels et les élèves de porter des masques catégorie 1 à partir du 8 février. Une mesure-sanction pour les familles, qui seront désormais contraintes d’acheter les masques de leurs enfants, alors que l’homologation peut être accordée aux masques en tissus vendus dans le commerce. Autre nouveauté, les élèves de maternelle, qui ne portent pas de masques, sont désormais automatiquement considérés cas contacts à risque si un des élèves de la classe est testé positif au Covid-19. On peut ici souligner l’incurie du ministère, qui, affirmant que les enfants n’étaient pas contagieux, laissait jusque-là les élèves revenir en classe même si un de leurs camarades était positif ! De même, s’il faut toujours attendre que 3 élèves d’une même classe soient testés positifs au virus pour fermer la classe, il suffit désormais dans le cas des variants qu’un seul élève ou personnel soit contaminé pour que la classe ferme. Les mesures pour limiter le brassage, supposées être renforcées, sont de leur côté toujours au conditionnel… ». En outre a été annoncée, la semaine dernière, la généralisation du distanciel pour le secondaire.

Ces mesures supposées être renforcées pour assurer la santé et la vie des personnels, des élèves et de leurs familles, n’étaient accompagnées d’aucune augmentation des moyens humains et matériels nécessaires à une gestion réaliste et efficace de la pandémie. Un réalité confirmée à demi-mot par Blanquer sur LCI, dimanche dernier, puisque selon lui, le risque de contamination des parents par leurs enfants serait « peu de chose » au regard des conséquences d’une déscolarisation. En résumé pour ce gouvernement peu importe que les écoles soient des lieux de contamination, tant que les limites ne sont pas franchies, mais surtout tant qu’elles restent ouvertes.

Pourtant c’est bien vers une fermeture des écoles que nous pourrions nous diriger, et malgré les déclarations d’intention de Blanquer, c’est bien lui et son gouvernement qui en seront responsables. Alors que le vrai-faux confinement du gouvernement ne semble pas pouvoir mettre un sérieux coup d’arrêt à l’expansion du virus, quand près d’un an après le début de la pandémie le gouvernement n’ouvre toujours pas de lits ni n’embauche de soignants, et n’offre à la crise sanitaire qu’une réponse répressive. Ainsi une projection transmise par le premier ministre, avance que d’ici la mi-mai nous pourrions attendre 140 000 contaminations par jour.

Ce dont a besoin l’Education nationale plus que jamais, c’est de moyens. Humains d’abord, tant en termes de professeurs que des autres postes indispensables au bon fonctionnement des établissements. C’est la première condition pour pouvoir réduire les effectifs par classes ce qui est, au-delà du cadre de la pandémie, une condition de base pour permettre de bonnes conditions de travail et d’apprentissage. Ensuite il faut aussi des moyens matériels, tant en termes de masques ou de savon qu’en termes de matériel informatique. De plus pour l’ensemble des personnels qui composent l’éducation nationale, la gestion irrationnelle de la campagne de vaccination par les capitalistes est criminelle. A rebours d’une stratégie guidée par les profits, il faut exiger la socialisation des brevets et la transparence sur les vaccins pour qu’enfin les travailleurs en première ligne puissent être vaccinés.

L’acharnement de Blanquer à vouloir garder les écoles ouvertes, quitte à en faire des garderies du Medef, est sans commune mesure avec sa volonté de répondre à la crise sanitaire sans allouer aucun moyen supplémentaire aux écoles. Alors que l’ouverture coûte que coûte et sans mesures suffisantes se confronte à la nouvelle donne épidémique et au variant anglais, il faut imposer par en bas nos propres protocoles sanitaires et lutter pour plus de moyens à l’école et une véritable prise en charge de la crise sanitaire avec la gratuité des masques à l’école et la généralisation des tests..




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