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Politique

De qui se moque-t-on ?

Bruno Lemaire : après la crise, il faudra un "capitalisme respectueux des personnes"

Dans une vidéo diffusée sur BFMTV, Bruno Le Maire a déclaré par rapport à la crise sanitaire actuelle qu'il fallait un « nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes ». Cette rhétorique du capitalisme « à visage humain » n'est pas nouvelle, mais on peut légitimement douter que ce sera l'issue donnée à cette crise.

mardi 31 mars

Crédits photo : AFP/ CHARLY TRIBALLEAU

Bruno Le Maire, invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC ce lundi, a déclaré qu’il « faut un nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes, plus soucieux de lutter contre les inégalités et plus respectueux de l’environnement ».

Est-ce du cynisme, de la bêtise ou un savant mélange des deux de la part de l’actuel ministre de l’Economie et des Finances ? Dans tous les cas, il est certain qu’il y a une certaine ironie dans le fait qu’un représentant du même gouvernement qui n’a fait que passer des réformes d’austérité depuis bientôt trois ans, vienne nous parler aujourd’hui de « respect des personnes » et de « lutte contre les inégalités ». Cette rhétorique du « capitalisme à visage humain » n’est pas nouvelle mais elle est beaucoup plus cynique dans la bouche de ceux qui sont les premiers à nourrir les inégalités les plus inhumaines.

Bruno Le Maire prétend que « s’il peut sortir quelque chose de bon de cette crise, c’est une accélération de cette prise de conscience ». Mais quand on voit a manière désastreuse dont les capitalistes la gèrent, il paraît peu probable que l’épidémie actuelle permette une quelconque « prise de conscience ».

Alors même que le nombre de morts du coronavirus croît partout dans le monde, loin de proposer des solutions efficaces, les « solutions radicales » des gouvernements consistent plus en des plans de sauvetage des entreprises que des populations. D’abord parce que le confinement ne concerne qu’une partie de la population dans de nombreux pays, les travailleurs étant pour beaucoup obligés de continuer à travailler, même pour des tâches non essentielles pour résoudre la crise. Les entreprises étant prêtes à les mettre face à tous les dangers pour leurs profits ou alors, dans le cas où ils auraient des protections, à en priver les hospitaliers et ceux qui s’appliquent à résoudre la crise et sont en première ligne (caissiers, routiers, etc.)

Les premières mesures prises par les gouvernements du monde entier ont été des mesures contre les droits des travailleurs et pour renflouer les grandes entreprises. Coupes budgétaires dans les allocations, baisses des salaires, augmentation du temps de travail mais aussi cadeaux aux entreprises ; les mesures prises sont en faveur d’une minorité. Acharnées à résoudre d’abord la crise économique avant la crise sanitaire, les grandes puissances n’ont fait que renforcer les inégalités, bien au contraire de la fausse bonne conscience de Le Maire. Entre ceux qui se retrouvent licenciés, sans revenus pendant le confinement, , ceux qui sont obligés de travailler et ceux qui peuvent faire du télétravail ou sont en vacances, les différences sont importantes. Bien plus qu’un révélateur d’un capitalisme juste, pour toujours inconnu au bataillon, la crise a révélé les aspects les plus inégalitaires de notre société.

Au Brésil, ce sont ainsi les pires mesures jamais annoncées contre les droits des travailleurs qui sont en passe d’être prises, pendant que le gouvernement de Bolsonaro exhorte la population à continuer de travailler expliquant que le virus est une grippe et ne doit pas leur faire peur. Au pays des favelas où aucune infrastructure sanitaire n’est à la hauteur, les capitalistes sont prêts à faire mourir au travail les plus précaires pour maintenir leurs bénéfices. En France, c’est une loi El Kohmri XXL qui est passé sous couvert d’Etat d’Urgence sanitaire pour faire payer la note à ceux qui font pourtant tourner la société.

De fait, si le système ne fonctionnait pas autour de la recherche permanente du profit, nous n’aurions pas à subir des méthodes aussi médiévales que le confinement, qui est une solution de dernier recours et qui n’aurais pas eu lieu si des tests de masses avaient été réalisés en amont. De plus, si les politiques néolibérales des gouvernement n’avaient pas réduit les effectifs et les moyens de l’hôpital public ces dernières années, la crise sanitaire n’aurait pas autant débordé les soignants, notamment en France. Aujourd’hui elle révèle des fractures depuis longtemps annoncées par le personnel médical, en grève depuis un an.

Dans un autre registre, les gouvernements n’hésitent pas à se servir de la pandémie pour faire passer un certain nombre de mesures soi-disant pour gérer la crise, mais qui constituent en réalité des attaques majeures contre les libertés démocratiques, et l’organisation des travailleurs. Au Portugal, le gouvernement a par exemple suspendu un certain nombre de droits, comme celui de grève, de réunion et de manifestation. Ce qui a permis à la suite aux entreprises de licencier massivement, sans avoir peur d’une réponse par en bas.. En Hongrie, Victor Orban s’érige en tout puissant, avec des mesures visant à empêcher toute forme de contestation. Comme en France, où les mesures autoritaires d’augmentation des effectifs policiers ou de déploiement de l’armée ont été les premières à être prises.

Toutes ces mesures n’annoncent rien de bon pour les travailleurs une fois la crise passée. Avec ces mesures, la bourgeoisie prépare déjà le terrain pour les répercussions économiques que la crise sanitaire va nécessairement produire. Si au plus haut de la crise que nous traversons, le système capitaliste est incapable de fonctionner autrement, et que la question de faire des profits passe avant les vies humaines, il paraît difficile d’imaginer que le système changera de nature une fois cette crise passée.

Ce qui risque d’arriver au contraire, et ce que l’on commence déjà à entrevoir, c’est que les capitalistes vont compenser leurs pertes économiques produites par la pandémie par des mesures encore plus austéritaires que dans la période précédente (licenciements massifs, réformes attaquant les acquis sociaux, etc). D’autant plus dans une période où plus aucune politique commune ne s’offre à eux pour réajuster les marchés. Comme après chaque crise économique, le capitalisme, loin de devenir « plus respectueux des personnes » et moins inégalitaire ou « vert » va au contraire tout faire pour faire payer la crise à ceux qui seront déjà les premiers à en subir les conséquences. Alors même que les capitalistes refusent aujourd’hui de réorganiser l’économie au plus vite ou de fermer les usines non essentielles afin de maintenir leurs affaires à flots, ce n’est pas en pleine crise économique post coronavirus qu’ils accepteront de réfléchir à une gestion plus verte et sociale, bien au contraire. Il est donc urgent pour nous de s’organiser pour maintenir nos acquis et nous protéger. La première étape est de revendiquer la fermeture de toutes les entreprises non essentielles, contre toute tentative de faire passer leurs profits avant nos vies.




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