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Collèges ouverts jusqu’à 18h : Macron et Pap Ndiaye veulent parquer la jeunesse

Collèges ouverts jusqu’à 18h pour tenir la jeunesse, réduction des vacances scolaires, orientation au service des besoins patronaux dès 12 ans, fin du recrutement sur master pour les professeurs des écoles, recours massif à la contractualisation. Entre le déplacement de Macron à Marseille et l’interview de Pap Ndiaye au Monde jeudi, le gouvernement a multiplié les annonces contre l’école publique, ses personnels et la jeunesse.

Louis McKinson

1er juillet 2023

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Collèges ouverts jusqu'à 18h : Macron et Pap Ndiaye veulent parquer la jeunesse

Crédits photo : capture d’écran BFMTV

En début de semaine à Marseille, ville choisie par la macronie pour mener ses expériences néolibérales dans l’éducation, le président s’est présenté sans honte au chevet de l’école. Après une première journée consacrée à la promotion de sa nouvelle offensive sécuritaire et aux nouveaux moyens attribués à la stigmatisation et à la répression des quartiers populaires, le président a tenté sous les chahuts de faire valoir les derniers éléments de sa politique scolaire.

« On va faire collège de 8 heures à 18 heures » a décrété Macron, en commençant par les collèges marseillais de l’éducation prioritaire. À terme, tous les collèges en Réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+) devraient être concernés par cette ouverture jusqu’à 18h « minimum ». Justification affichée : « L’inégalité scolaire se crée dans ces temps où l’enfant a été renvoyé chez lui ».

Dans le même ordre d’idée, le président a annoncé que « dans les quartiers sensibles, on va développer l’accueil en milieu scolaire dès deux ans pour ceux qui le souhaitent », une mesure aussi appelée à se généraliser d’ici 2027 dans tous les quartiers populaires du pays.

Enfin, le président a remis en cause les vacances scolaires, trop longues : « On doit rouvrir un débat qui est celui du temps scolaire dans l’année, une des autres grandes hypocrisies françaises ». Selon le président en visite dans une école avec « un mois et demi parfois de vacances, presque trois pour certains », il faut « repenser ce temps dans l’année. Quand on a des vacances de trois mois, l’inégalité revient ».

Ces annonces que le président tente de poser comme sociales et soucieuses de la réussite des élèves des quartiers populaires s’inscrivent en vérité dans une politique générale de casse du service publique, par une austérité combinée à une offensive sécuritaire, visant notamment les établissements des quartiers populaires.

L’école au rythme du management

D’abord, il y a « l’école du futur », ce grand projet dont Macron a annoncé le 2 juin qu’il serait généralisé partout dans le pays et qui vise à subordonner les personnels de l’éducation aux chefs d’établissements. Ces derniers seront alors capables d’appointer leurs équipes pédagogiques. La mise en place de ce mercato libéral du prof, loin d’une politique de lutte contre les inégalités scolaires, va au contraire creuser le fossé entre les « bons » et les « mauvais » établissements, c’est-à-dire, en dernière analyse, entre ceux destinés aux secteurs les plus favorisés de la société et ceux des travailleurs.

La mise en place à grande échelle de cette « autonomie des établissements », pour reprendre les éléments de langage du gouvernement, va de pair avec un approfondissement de la casse du statut de fonctionnaire. D’un côté, la mise en place du « pacte » qui introduit la rémunération à l’acte à l’école et investit les chefs d’établissements de la définition des missions qui en font l’objet, introduit de fait une dose de contractualisation pour les enseignants titulaires, fonctionnaires d’État et dont les missions étaient jusqu’alors définies au niveau national. De l’autre, les recrutements sur concours et les embauches au statut sont réduits à peau de chagrin, au profit de l’embauche sous contrat. La Macronie accentue la casse d’une école qui devient toujours plus accablante pour les travailleurs de l’éducation et profondément injuste pour les classes populaires.

Une école à deux vitesses

La sape du statut et de la rémunération des enseignants, éléments centraux pour comprendre la désertion de l’école, est un leitmotiv assumé par le gouvernement. Dans son entretien au Monde publié ce jeudi Ndiaye déclarait encore en ce sens : « Ce qui se dessine dans l’éducation nationale aujourd’hui, c’est un corps de fonctionnaires auquel s’ajoute un volant d’agents contractuels (…) Certains choisissent la voie contractuelle pour des raisons de carrière ou de souplesse géographique. Il nous faut l’admettre ».

Dans cette même interview, Pap Ndiaye annonce qu’il souhaite placer le concours de professeur des écoles, aujourd’hui accessible avec un master, à bac +3. Une mesure qui vise à pallier aux difficultés de recrutement, corollaire de la dégradation des conditions de travail des enseignant-e-s, mais qui va aussi approfondir encore plus la contradiction entre les attentes que les familles ont vis-à-vis de l’école et la capacité de cette dernière à y répondre. Cette précarisation et cette flexibilisation à marche forcée des personnels de l’éducation marque une étape supplémentaire dans la destruction de l’école publique, qui va impacter en premier lieu les familles les plus précaires, dont les enfants, scolarisés dans des établissements où le « recrutement » sera le plus difficile, se retrouveront face à des enseignant-e-s peu voire pas formés.

Chair à patron

En dernière analyse, si l’école est un grand chantier pour le gouvernement ce n’est aucunement à la faveur d’ambitions éducatives mais bien patronales. La réforme du lycée pro qui offre une main d’œuvre mineure payée 1€40 de l’heure aux entreprises, augmente la durée des stages au détriment des enseignements, adapte et supprime les filières en fonction des besoins des entreprises locales, introduit des « bureaux des entreprises » dans les établissements et mandate des « professeurs associés issus du monde de l’entreprise », donnaient déjà à voir quel avenir - l’exploitation la plus brutale - ce gouvernement réserve aux enfants des quartiers populaires.

Cette politique, Macron la pense en grand. Lors de son intervention à Marseille il diagnostique que « les enfants sont mal orientés ». Les enfants devront donc pouvoir bénéficier d’« une demi-journée « avenir professionnel », une fois tous les quinze jours, dès la 5ème ». Encore une fois : « On va faire entrer les métiers à l’école pour orienter mieux (…) On sait où il y a des besoins, où il y a de l’embauche ! Que les mômes, dès la 5e, puissent se dire : il y a des besoins là. ».

Le gouvernement n’est pas seulement en train de « dégraisser le mammouth », il ne ruine pas l’avenir des élèves seulement en faisant des économies sur le service public, il leur construit consciemment un avenir précaire, à la solde du patronat, au mépris de leurs aspirations et de l’enseignement ! Et quand ce n’est pas pour acclimater la jeunesse à la misère, le gouvernement réforme l’école pour qu’elle se tienne sage.

Chair à flic

Rien du discours de Macron sur l’éducation à Marseille n’échappe à cet enjeu. Ce qui occupe le gouvernement quand il dit collège jusqu’à 18h minimum ou travail pendant les vacances, ce n’est pas le décrochage scolaire des élèves des quartiers populaires, mais, par le truchement de l’école, d’y asseoir l’autorité de l’État, de lutter contre la « délinquance », « le fléau de la drogue » et « l’errance des jeunes au pied des tours ».

Une façon de dépolitiser la violence sociale et policière pour faire peser la responsabilité de la situation sur les familles qui ne s’occuperaient soit disant pas assez de leurs enfants. Sur ces considérations, qui montrent à quel point l’éducation prioritaire façon Macron est hantée par le mépris social et la stigmatisation raciste des familles précaires des quartiers populaires, l’école se voit assigner une mission de police. C’est cette même « responsabilité familiale » qui est aujourd’hui pointée en boucle dans les médias bourgeois face à la révolte.

Une offensive qui résonne avec la révolte en cours

L’offensive que mène aujourd’hui Macron et son ministre Pap Ndiaye, parce qu’elle va faire de l’école un véhicule encore plus puissant de la violence sociale et d’État, ne peut qu’attiser la défiance de cette jeunesse des quartiers populaires envers les institutions de l’Éducation nationale qui jouent un rôle clé dans le maintien et la reproduction des inégalités sociales.

Ce n’est pas un hasard si la révolte des quartiers populaires qui fait suite à la mort de Nahel, 17ans, tué par un policier lors d’un contrôle, s’en prend aussi aux établissements scolaires. Ces violences si elles sont impuissantes stratégiquement, sont autant de retours de flamme contre les institutions qui représentent l’Etat, son injustice sociale et sa violence.

La colère qu’exprime aujourd’hui la jeunesse des quartiers populaires est indissociable de la casse continue de l’école et de sa soumission aux intérêts patronaux et répressifs d’État. Dans ce contexte, la lutte contre la casse du service public et pour leurs gestion par les travailleurs eux-même ne peut être déliée du combat actuel, et d’une solidarité avec les jeunes, et leur révolte.


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