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Politique

Discours de Castex : sous pression, le gouvernement cherche à justifier son saut répressif

Après les annonces de Macron ce mercredi soir, c’est le premier ministre, Jean Castex, avec un air embarrassé et hésitant, qui est chargé de la difficile tâche de préciser, avec l’aide de plusieurs ministres, le tournant répressif que fait le gouvernement pour répondre à la deuxième vague.

jeudi 15 octobre

Crédits photo : Thomas COEX

Jean Castex chargé de justifier le bilan de la gestion catastrophique de la crise sanitaire

C’est non sans difficulté que Castex préside la conférence de presse de ce jeudi, à 14H, pour préciser les annonces du chef de l’État la veille. Il introduit en commençant par un hommage aux soignants dont l’acte héroïque s’est démontré depuis le début de la crise et qui vont devoir continuer face à la deuxième vague qui s’intensifie ; tout en se montrant tranchant face aux polémiques qui piquent la macronie : “Mais je souhaite d’emblée clarifier un point. J’entends dire que la bonne réponse aurait été de créer massivement des lits supplémentaires en réanimation plutôt que de prendre des mesures de freinage de l’épidémie. C’est doublement faux !” une déclaration qui frôle le ridicule, quand on sait que ces lits en réanimation sont déjà quasiment saturés à l’heure de la deuxième vague, mais surtout montre une hypocrisie totalement décomplexée envers ceux qu’il nomme lui-même les héros, qui se sont mobilisés ce jeudi pour dénoncer le manque structurel de moyens dans la santé publique.

Pour Castex, la “seule vraie stratégie c’est le freinage de l’épidémie par le respect strict des gestes barrières et réduction des contacts et interactions sociales” : dans un ton qui se veut solennel mais qui cache un certain embarras du premier ministre, c’est avec un air d’assurance qu’il cherche à répondre aux polémiques qui remettent en cause la gestion du gouvernement de la crise et justifier son bilan depuis le début de la crise sanitaire. Une “stratégie” qui pose tout de même question, à l’heure où commence à repartir en flèche la courbe de l’épidémie, alors que l’ensemble de la communauté scientifique l’annonçait depuis la fin de la première vague !

Avant de laisser la parole aux ministres qui l’accompagnent dans cette conférence de presse, il affirme que la rentrée des classes et du travail a été maîtrisée sur le plan sanitaire : “Toutes ces mesures ont porté leurs fruits, au travail, à l’école, dans les transports, nous sommes parvenus au bon point d’équilibre” : des déclarations qui ressemblent à du foutage de gueule quand on voit les transports bondés dont plusieurs images circulent massivement sur les réseaux sociaux, mais aussi le travail et l’école qui selon un rapport de Santé publique France qui confirme que les principaux foyers de clusters (hors établissement de santé) sont dans les entreprises et en suivant les milieux scolaires et universitaires.

Couvre-feu : tu pourras aller travailler mais pas boire un coup le soir !

Reprenant les arguments de Macron la veille, Castex nous explique que c’est dans les soirées, dans les événements privés et tout type de loisir où l’on est “nombreux” que nous sommes le plus à risque. Mais quand on voit les images des amphithéâtres bondés à l’université, ou encore des rames de métro pleines à craquer, le problème ne viendrait-il pas justement de l’absence totale de mesures dans les lieux de travail et la sphère publique ? C’est avec cet argument qu’il explique leur choix d’imposer un couvre-feu dans neuf métropoles, avec l’objectif de “réduire les interactions dans la sphère privée”. Un couvre-feu de 21H à 6H du matin, pour au moins 4 semaines, qui répondrait à une dégradation du cours de l’épidémie. Comme l’ont pointé de nombreux internautes sur les réseaux sociaux réagissant au discours de Macron ce mercredi, la mesure a le mérite de poser un certain nombre d’interrogations : le covid circulerait-il plus la nuit ? Il contaminerait davantage dans les soirées privées mais pas dans les lieux de travail, les transports bondés et les lieux d’études ?

Un tournant qui incarne la logique du gouvernement déjà bien entamée voulant responsabiliser individuellement la population de la diffusion de l’épidémie : si la courbe repart en flèche, ce serait à cause d’un individu qui ne porte pas son masque, et qui ne respecte pas les gestes barrières, alors qu’aucune mesure n’est prise pour réellement endiguer le virus.

Ressemblant de très près au confinement qui avait été imposé lors de la première vague, le couvre-feu implique un certain nombre de mesures restrictives pour les métropoles concernées, avec fermeture de plusieurs types d’établissements, attestation obligatoire, renforcement du dispositif de contrôle, amendes, etc.

C’est ce que précise en suivant le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin annonçant dès le départ la couleur : des mesures “plus dures”, avec un nouveau dispositif policier qui vise à renforcer les contrôles déjà en cours : 12 000 policiers et gendarmes spécialement chargés de vérifier et contrôler les interdictions ! Des sanctions, qui renforcent le caractère de responsabilisation individualisée de la population : 135 euros la première fois, et en cas de récidive à la troisième fois c’est de 6 mois d’emprisonnement et 3750 euros d’amendes qu’on encoure ! Au micro de Franceinfo ce jeudi matin, Gabriel Attal, secrétaire d’État déclarait : «  Il faut augmenter les sanctions pour ceux qui organisent des soirées clandestines, que ce soit dans un établissement dont ils sont gérants ou en privé  » en ajoutant en suivant « Si on veut une sanction dissuasive, elle peut être très dissuasive  », citant l’exemple du Royaume-Uni où l’amende peut grimper jusqu’à 10 000 €.

Toutes les fêtes privées, mariages, soirées étudiantes sont interdites. Darmanin prévient qu’il y aura une intervention rigoureuse et des contrôles renforcés, avec des règles plus strictes dans les métropoles concernées par le couvre-feu, mais aussi des règles générales pour l’ensemble du territoire français. Ainsi donc, le couvre-feu implique de continuer de travailler, mais avec moins de libertés individuelles et plus de flics !

Plus de contrôles et de sanctions, mais toujours pas de moyens pour la santé !

Prévenir plutôt que subir !” : c’est devenu le maître mot de Jean Castex ainsi qu’Olivier Véran pour légitimer le bilan de la gestion catastrophique du gouvernement de la crise sanitaire, ainsi que le tournant qu’il est en train d’opérer. Le premier ministre introduit Véran avec un florilège de compliments et d’hommages, alors que celui-ci s’est fait perquisitionner ce matin-même après des plaintes ouvertes contre lui et d’autres ex-membres du gouvernement sur leur rôle pour endiguer l’épidémie.

Commençant par des chiffres qui montreraient un très bon bilan de la gestion de la crise, Olivier Véran lui entame son discours en essayant d’expliquer que ceux qui dénoncent l’état d’urgence sont ceux qui veulent la saturation des lits de réanimation : il annonce une augmentation de 5000 lits à 5800 lits en réanimation aujourd’hui ! Si le ridicule ne tue pas, la gestion du gouvernement de la crise est criminelle. Aujourd’hui on est à plus de 20 000 malades par jour en France, et il ose faire un hommage aux soignants qui dénoncent ce jeudi en manifestation nationale des manques de moyens structurels à l’hôpital public et un épuisement auquel ils doivent faire face sans mesures à la hauteur de la gravité. Véran nous explique que c’est 11 ans pour former un anesthésiste pour justifier le manque de personnels, alors que ce sont les coupes budgétaires des dernières années qui ont mis en sous-effectif les hôpitaux qui manquent cruellement de matériel !

Castex remet une couche ensuite pour complimenter les actes héroïques de Véran, ne répondant ni l’un ni l’autre aux questions des journalistes qui demandent des comptes quant aux perquisitions qui ont eu lieu le matin même dont Véran a été l’une des cibles. À l’approche des élections, on sent que cette conférence de presse fait office de donner les mauvaises nouvelles après les annonces dans les grandes lignes de Macron la veille. Castex conclut son discours en répondant aux polémiques qui visent le gouvernement depuis le début de la crise sanitaire, dont les scandales se sont fait réguliers, en disant que ce n’est pas l’heure à chercher des boucs émissaires, et qu’on tirera les bilans plus tard, car l’heure est à la mobilisation collective contre le virus. Il n’y a pas à dire, les bilans étaient à tirer plus tôt, de la première vague pour anticiper et préparer la seconde, qui était annoncée par l’ensemble de la communauté scientifique. Aujourd’hui, avec l’attitude criminelle du gouvernement, la seconde vague va mettre toujours plus les hospitaliers au bord du gouffre, en ne promettant comme mesure qu’un tournant répressif pour donner la responsabilité individuelle et avec le couvre-feu, priver la population de ses quelques loisirs, tout en lui imposant de continuer de travailler et d’aller étudier sans aucun plan à la hauteur !




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