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Politique

En Marche vers la décadence

Emploi fictif, achats de lingerie... Les casseroles continuent de pleuvoir chez LREM

Mediapart révèle de nouvelles affaires de détournements d'argent public et emploi fictif de deux députés LREM, Dubost et Solère. Éléments clefs de LREM pour les législatives, ces nouveaux scandales éclaboussent la majorité parlementaire, à quelques semaines des législatives.

mercredi 4 mai

Crédits photo : AFP

Emplois fictifs, détournement d’argent public et trafic d’intérêt : LREM enchaîne les scandales

Alors que s’amorce la campagne des élections législatives, plusieurs affaires éclatent au grand jour mettant LREM en difficulté. En effet, les révélations de Mediapart sur les notes de frais de Coralie Dubost, députée LREM de l’Hérault et numéro 2 du groupe à l’Assemblée nationale, sont difficilement tenables. Épinglée pour ses usages abusifs de son avance des frais de mandat (AFM), Coralie Dubost vient d’annoncer son « retrait de la vie politique », fragilisant le groupe de la majorité parlementaire à quelques semaines des législatives. Dans son communiqué de presse, celle-ci ne dément pas les faits reprochés : entre les réunions qui auraient eu lieu à la plage aux frais du contribuable, et achats de lingerie avec l’argent public de son enveloppe parlementaire (de 1500 à 2000 euros par mois selon le rapport !), l’ex députée se justifie ayant été « mal conseillée » par son ancien collaborateur. Mais comme si cela ne suffisait pas déjà à souligner le scandale de ces députés nés avant la honte, l’ex-députée explique que ses dépenses en lingerie seraient une simple avance sur ses achats personnels : « quand vous avez besoin d’un truc en dernière minute et que vous n’avez pas votre carte perso sur vous... ». Après tout, s’il n’y « pas d’argent magique » comme le dit Macron lui-même, l’argent public apparaît bien pratique pour faire les petites commissions extra-parlementaires de ces députés : en un Abracadabra, on trouve du fric pour payer les sous-vêtements des députés et les réunions de « cohésion » de Dubost à la plage sur le dos du contribuable !

Mais comme l’explique Mediapart, c’est bien rare de voir admettre -en partie- de telles accusations, et de décider publiquement de quitter la vie politique comme l’a fait la députée de la troisième circonscription de l’Hérault. Bien au contraire, malgré des casseroles révélées par la même rédaction, Thierry Solère, conseiller officieux de Macron à l’Élysée et député des Hauts-de-Seine, celui-ci n’a nullement été inquiété par les nombreux scandales qui le suivent. S’il n’en est pas à son coup d’essai, Thierry Solère excelle dans l’art de la manœuvre politique et du détournement d’argent public. Sans décrire ici son curriculum bien garni en la matière, le conseiller de Macron était déjà mis en examen en 2019 pour fraude fiscale et trafic d’influence, et suspecté en 2021 pour avoir dépensé 167.000 euros de frais de mandat pour des dépenses personnelles. Aujourd’hui visé par une nouvelle enquête judiciaire, il s’avère pourtant être l’une des pièces maîtresses d’Emmanuel Macron pour les législatives. S’il est accusé d’avoir utilisé également des frais de mandat à des fins personnelles, il est aussi épinglé pour sa belle-mère, actuellement mise en examen pour des soupçons d’emploi fictif à l’Assemblée. Détournement d’argent public et trafic d’influence semblent être monnaie courante chez ces politiciens bourgeois.

Plus on creuse, plus on sent l’air nauséabond de ces affaires qui s’accumulent, en effet il est épinglé pour cinq nouvelles infractions en février 2022. En plus de sa belle-mère, le juge d’instruction a entendu l’épouse du député, qui aurait été simplement placée comme « témoin assistée » pour un autre supposé emploi fictif. D’autre part, s’il aurait détourné plus de 2500 euros chez Ikea et autres modiques sommes chez la Française des Jeux ou encore AXA, le proche de Macron est mis en examen pour ses faits présumés de « trafic d’influence actif » chez le cabinet de conseil Deloitte qui lui aurait versé 20 000 euros d’honoraires. Contestant les faits à la rédaction de Mediapart, l’homme justifierait qu’ « à cette époque, je n’étais qu’un simple conseiller municipal d’opposition [...] autant dire que je n’étais pas le candidat génial pour faire du trafic d’influence ».

Macron II : après cinq ans d’attaques et de scandales, LREM poursuit sa fuite en avant vers la décadence

Alors que s’approchent à grand pas les élections législatives, ces affaires ne manquent pas d’éclabousser la majorité. Surtout quand on connaît la position clef de ces deux députés récemment épinglés pour LREM. Chargé d’anticiper les coups des adversaires pour y répondre par des manœuvres politiques, Thierry Solère n’est pour l’instant guère inquiété par une mise au placard, du fait de sa proximité avec le président, et de sa présomption d’innocence qui le protège. De son côté, Coralie Dubost, ange déchu de LREM, incarnait pourtant l’étoile montante du groupe parlementaire à l’aune des législatives. Une épine dans le pied pour la majorité, qui annonce un quinquennat à la faible légitimité, en témoignent en partie les chiffres exorbitants de l’abstention à la présidentielle.

Mais s’il s’agissait d’une exception, d’une mauvaise herbe parmi les fleurs de la moralité qui forment la Vème république ? Sauf que non : les cas Solère et Dubost ne sont que les énièmes et récents exemples de la cupidité infâme qui règle dans la Macronie. S’il serait long d’énumérer les scandales qui ont illustré le premier quinquennat de Macron, en citer quelques-uns nous permet de voir aisément que ces politiciens sont experts en la matière. Entre les caprices de De Rugy du sèche-cheveu à 500 balles au homard payé par le contribuable, les mises en examen de Bayrou, Sylvie Goulard ou Richard Ferrand - ce dernier étant pourtant toujours président de l’Assemblée nationale malgré son inculpation pour prise illégale d’intérêts - on pourrait s’amuser à les citer un par un, mais ce serait trop abondant pour ne pas s’inquiéter de s’ennuyer. Cinq ans après sa première élection, un quinquennat d’attaques sociales sans précédent exigeant aux classes populaires et aux travailleurs de se serrer la ceinture, Emmanuel Macron n’a pas peur de la contradiction. LREM avait d’ailleurs décidé d’acquérir un nouveau QG dans le 8ème arrondissement de Paris, devenant propriétaire de 2800 mètres carrés pour la modique somme de 35 millions d’euros. Ces scandales ne manquent pas de s’interroger sur les déclarations de Macron, qui non seulement annonçait ne pas vouloir à ce propos d’une « France de propriétaires », mais surtout déclarait en grande pompe vouloir rompre avec « le vieux monde » des politicards habitués de l’art de la corruption.

Ces nouvelles affaires sont significatives de la corruption généralisée qui règne dans la classe politique dominée par la bourgeoisie qui ne peuvent que rappeler cette triste réalité de leur système politique. Un système qu’il serait temps de changer, pour mettre un terme au règne du lucre et de la pourriture : les richesses doivent revenir entre les mains de celles et ceux qui les produisent, et non être mises au service de l’intérêt personnel de quelques privilégiés.



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