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Politique

Islamophobie : l’extrême droite tague des menaces de morts sur la mosquée de Beaucaire

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, la mosquée de Beaucaire a fait l’objet de tags islamophobes et haineux appelant à la violence à l’encontre des musulmans. Cet acte, condamné hypocritement par le maire RN de la commune, est une expression de cette déferlante islamophobe et sécuritaire qui trouve un moteur dans la politique gouvernementale qui, par sa loi contre le séparatisme et la stigmatisation généralisée des musulmans pose les bases pour une multiplication de tels actes.

mardi 22 décembre 2020

« Vous allez tous sauter » « Vous allez tous exploser »

Dans la nuit de samedi à dimanche, la porte de la salle de prière de la Mosquée de Beaucaire, a été recouverte d’inscriptions racistes et haineuses contre les musulmans. Une enquête est à ce jour ouverte pour identifier l’auteur. Le maire RN de la commune, Julien Sanchez, dans un communiqué publié sur Facebook le soir même, affirme condamner « avec la plus grande fermeté ce tag visant la religion musulmane ». Une « condamnation » hypocrite de la part du maire de Beaucaire, qui se trouve parmi les premiers a mené une politique réactionnaire et islamophobe dans la région, où sa ville fait figure de bastion électoral de l’extrême droite. C’est ainsi qu’en 2018, Julien Sanchez décide d’imposer le repas à base de porc une fois par semaine dans les cantines scolaires tout en supprimant les menus de substitutions, justifié – selon lui - par le caractère « antirépublicains » de ces menus et afin de ne pas « céder au communautarisme »

Une hypocrisie de la part de cet élu du RN et de l’extrême droite en général, qui tout en faisant les indignés devant de tels actes n’hésite pas à prendre et à soutenir toutes les mesures répressives et discriminantes à l’égard de la religion musulmane, à commencer par le projet de loi « contre le séparatisme » du gouvernement. Une loi qui s’inscrit plus largement dans l’offensive sécuritaire et islamophobe du gouvernement qui, agitant la lutte contre « l’hydre islamiste » a ouvert la voie à toute une série d’actes islamophobes dont ces tags sur la mosquée de Beaucaire en est une illustration. Un positionnement gouvernemental et un débat institutionnel qui épouse les revendications de l’extrême droite :« À l’époque quand je parlais de tout cela [le communautarisme, l’immigration], tout le monde me tombait dessus ! J’étais montré du doigt comme étant vraiment trop à droite… Alors que je disais des choses qui sont enfin comprises aujourd’hui » confie ainsi Jean-Paul Garraud (transfuge LR vers le RN) à Mediapart.

Les tags sur la mosquée de Beaucaire, résultat de l’agitation islamophobe ambiante

Les tags sur la porte de la mosquée de Beaucaire loin d’être un acte isolé, sont au contraire à la fois le résultat de la politique menée localement par le maire RN de Beaucaire sur sa commune, mais également de l’atmosphère de stigmatisation des musulmans, présentés comme « l’ennemi intérieur » à longueur de journée sur les plateaux télé pour accompagner l’offensive sécuritaire et liberticide du gouvernement. En effet, cet acte islamophobe et plus largement la montée du racisme antimusulman, sont en définitive la conséquence des politiques du gouvernement qui, en œuvrant à la surenchère sur le terrain de l’extrême-droite, ouvre la voie à une déferlante de haine et de violence contre la religion musulmane. En témoignent les attaques à répétition contre des mosquées comme l’attentat de juin dernier contre l’imam de Brest et l’un de ses fidèles, blessés par balles, ou encore la tentative d’un ex-candidat du RN d’incendier une mosquée à Bayonne. En témoignent également les déclarations islamophobes absolument décomplexées que ce soit contre cette étudiante qui avait été associée aux attentats du 11 septembre 2001 dans un tweet d’une journaliste du Figaro, et avait reçu des menaces de morts à la suite d’une publication d’une vidéo de cuisine où elle apparaissait voilée ou la mobilisation « républicaine » de toute la classe politique choquée par le voile de Maryam Pougetoux (vice-présidente de l’Unef) auditionnée à l’Assemblée Nationale.

A ceux qui ont lutté contre le racisme, contre les violences policières en juin dernier dans la continuité d’une révolte internationale, le gouvernement et la classe politique de gauche comme de droite a répondu « communautarisme », « séparatisme », « hydre islamiste ». Les menaces de mort sur la mosquée de Béziers est une incarnation des insultes et menaces que peuvent subir les musulmans chaque jour, à la télé et dans la rue ! Une offensive répressive et autoritaire qui s’est concrétisée autour du projet de loi contre le séparatisme que le gouvernement tente par tous les moyens de faire adopter, notamment en le maquillant sous l’appellation de « loi confortant les principes républicains ». Une loi qui stigmatise, discrimine et réprime la religion musulmane, et dont l’illustration s’est donnée à voir récemment par la dissolution successive de l’OGN Baraka city et du CCIF – une association luttant contre l’islamophobie –, accusés de liens avec l’islam radical au regard notamment de certains commentaires laissés par des personnes tierces sous les publications Facebook de ces deux collectifs...

Ainsi, ce que donne à voir le tag islamophobe sur la mosquée de Beaucaire n’est in fine que le dernier maillon d’une chaîne de violence et d’oppression contre les musulmans articulée par le gouvernement et l’ensemble de la classe politique. De la suspicion d’être un terroriste potentiel, un séparatiste, en passant par les contrôles au faciès ou les discriminations à l’embauche, à devoir chanter les louanges d’une République anti-sociale et raciste sous peine d’excommunication républicaine, toute cette chaîne de violence, légitime et conduit à la violence physique, aux menaces de mort. D’où la nécessité de combattre non seulement cette loi « séparatisme », mais plus largement cette offensive autoritaire du gouvernement – dont la loi n’est que l’aboutissement – qui, en stigmatisant la religion musulmane ouvre la voie à une séquence d’actes islamophobes et racistes, et pour lesquels la limite de la menace de morts et d’attentats a déjà été franchie. Face à une crise économique profonde et à une crise de légitimité profonde, face aux fiascos à répétition sur la crise sanitaire (au bilan de plus de 60.000 morts), et une politique anti-sociale agressive, le gouvernement cherche à diviser les classes populaires et les travailleurs en sortant le joker « islamisme ». Un sujet sur lequel aucune opposition ne sera tolérée : toute défense des musulmans sera anti-républicaine et quasiment synonyme d’appui au terrorisme. Voilà comment Macron veut recréer l’union autour de lui et gratter les voix du RN pour 2022. Voilà ce que produit cette politique.




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