^

Monde

Françafrique

Tchad. Mobilisations massives contre la junte militaire et l’impérialisme français

Une semaine après la mort du dictateur Déby, la junte militaire et la France doivent faire face aux mobilisations massives de l'opposition et des classes populaires tchadiennes.

mercredi 28 avril

Ce mardi 27 avril, une semaine après la mort du dicateur Idriss Déby et la mise en place d’un conseil militaire de transition à la tête du pays, des mobilisations à l’appel de l’opposition civile et politique ont eu lieu dans tout le pays et en particulier dans la capitale N’Djamena. Le discours d’Emmanuel Macron rendant hommage à Idriss Déby et adoubant son fils, Mahamat Déby à la tête du Conseil militaire de transition (CMT) aura mis le feu aux poudres, poussant les classes populaires et la jeunesse dans la rue contre la Françafrique et la dictature militaire.

Le Conseil Militaire de Transition, junte militaire et népotisme au service des intérêts français

Le moment des larmes et des funérailles de Macron, la semaine de transition politique au Tchad à la suite de la mort du dictateur Idriss Déby a surtout consisté à un agenda antidémocratique clair. Le CMT, adoubé par la France et ayant à sa tête Mahamat Idriss Déby ont commencé les hostilités : dissolution de l’assemblée nationale, du gouvernement, et organisation d’élections d’ici 18 mois. Alors que la constitution affirme que c’est le président de l’Assemblée Nationale qui est censée prendre le pouvoir en cas de vacances de la fonction présidentielle, Emmanuel Macron a quant à lui réaffirmé le soutien de la France à un régime dictatorial mené d’une main de fer.

En effet, la déstabilisation de la situation du pays inquiète tout particulièrement la France qui, dans la région, dispose historiquement du Tchad comme d’un allié géo-stratégique central à des fins de contrôle sécuritaire, anti-terroriste, militaire et économique historiques. Gassim Chérif, étudiant exilé en France et militant politique au sein de l’opposition à la junte rappelait à Révolution Permanente que « Macron change de forme, mais agit comme un Foccart [nom du conseiller de De Gaulle à la tête du système du réseau d’influence de la Françafrique]. Son intérêt, c’est la défense de son pré-carré en Afrique francophone de l’Ouest. La France est très lucide dans ce qu’elle fait et c’est la continuité dans sa politique depuis 1960, avec elle le Tchad n’a jamais connu d’alternance politique pacifiste ».

Vite rallié par l’Union Africaine et par le président Congolais, Emmanuel Macron réaffirme d’abord son soutien à la junte militaire pour une transition organisée par l’armée avant de se raviser au vu de l’ampleur des mobilisations d’aujourd’hui. Le G5 Sahel aurait mandaté notamment 2 de ces membres pour assister aux négociations entre l’opposition et la junte militaire, alors que celle-ci a été reçue par le président autoproclamé.

Des mobilisations massives contre la Françafrique

A la suite du discours de Macron aux funérailles du dictateur Déby, la réaction de l’opposition politique ainsi que des organisations de droits de l’homme et de la société civile a été rapide. Comme le rappelle Dobian Assingar, interviewé par Révolution Permanente et Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme au Tchad qui a subi aujourd’hui la répression, « c’est un scandale que le Président de la République Française vienne soutenir le conseil militaire de transition qui a violé la constitution. Et qui met en plus au pouvoir le fils de l’ancien président qui nous a gouvernés d’une main de fer pendant 30 ans ! Et maintenant on devrait voir se perpétrer le même système ? ».

A l’appel de ces organisations, du mouvement “Waki Tama” (L’heure a sonnée) qui rassemble plusieurs organisations de droits de l’homme ainsi que des partis d’opposition au régime comme le Parti des Transformateurs et l’Union National pour la Démocratie et le Renouveau, une mobilisation massive a traversé le pays depuis ce matin, à N’Djamena et dans le sud du pays. Des milliers de manifestants se sont mobilisés toute la journée dans l’ensemble de la capitale, et tout particulièrement dans les quartiers populaires du sud de la ville.

La jeunesse ainsi qu’une partie importante des classes populaires tchadiennes ont par ailleurs affirmé, en plus de leur rejet de la junte militaire, une forte opposition à l’influence de la France dans le pays. Dans un pays avec une tradition historique de présence française aussi importante et incontestée, où la France possède plusieurs bases militaires, mais aussi où sont présentes les plus grandes entreprises françaises, l’apparition de messages s’opposant à la Françafrique dans les mobilisations est historique.

En plus de l’image de plusieurs stations services de Total brûlées par les manifestants, ainsi que des affiches très précises de « Macron et la France, dégage ! », il faut remarquer qu’à la différence de la majorité des mouvements sociaux qui ont traversé de nombreux pays dans la région ces dernières années, la France est aujourd’hui, comme dans le cas du Sénégal, très clairement identifiée comme la responsable de la situation économique et politique dont souffre la population. Une situation qui inquiète tellement les autorités françaises qu’elles se sont vite ravisées de leur message politique précédent. Craignant une déstabilisation de la position française dans la région, Emmanuel Macron et le président Congolais Félix Tshisekedi ont affirmé dans un communiqué commun « leur soutien à un processus de transition inclusif, ouvert à toutes les forces politiques tchadiennes, conduit par un gouvernement civil d’union nationale et devant mener le pays à des élections dans un délai de 18 mois », condamnant la répression des manifestations.

Il faut bien y voir l’hypocrisie absolue du gouvernement français, grandement responsable de la situation que traverse actuellement le Tchad, que cela soit par une tradition historique d’asservissement du pays aux intérêts de l’impérialisme français, que par ses interventions militaires successives ainsi que son soutien aux pires dictateurs de la région comme l’a été Idriss Déby et comme l’est la junte militaire.

La répression, financée et armée par la France aura fait selon plusieurs ONG près de 9 morts et de très nombreux blessés. Un bilan lourd pour une première journée de mobilisation. Comme l’affirme Murielle Debos, chercheuse spécialiste du Tchad dans Le Monde, « il est vrai que l’armée tchadienne est mieux entraînée et plus combative que les autres armées de la région. Mais la France et les Etats-Unis, qui ont mis en place des programmes de coopération militaire, ne pouvaient pas ignorer qu’ils jouaient avec le feu. L’armée, saluée pour ses prouesses sur le terrain, est aussi coupable d’exactions contre des civils au Tchad et dans les pays où elle est intervenue, en particulier en Centrafrique. Dernier épisode en date : des militaires tchadiens ont commis des viols au Niger ».

Contre le message clair qu’essaie de faire passer la junte militaire, armée et financée par la France, les manifestants ont eux aussi été très clairs : il n’y aura pas de transition démocratique avec l’impérialisme français !

Les classes populaires tchadiennes ont montré la voie : pas de transition démocratique avec les militaires et la France !

Interviewé par Révolution Permanente, Gassim Chérif rappelle que la majorité des secteurs de l’opposition ont aujourd’hui eux mêmes des intérêts dans la présence française au Tchad, et tout particulièrement la bourgeoisie Tchadienne : « la bourgeoisie locale veut garder ses prérogatives, qu’elle soit dans l’opposition ou au gouvernement, tout comme avec le franc CFA. Il n’y a pas de personnage qui se démarque indépendamment de la politique française ».

En ce sens, l’indépendance du Tchad et la possibilité pour les classes populaires de décider d’elles-mêmes de leur sort ne se fera pas dans le sillage d’une négociation avec l’impérialisme français. Les manifestants d’aujourd’hui ont montré la voie à la véritable indépendance du Tchad, faisant face à la répression dont la France et la junte militaire sont responsables. Contre la répression, la junte militaire et l’impérialisme français, le mouvement ouvrier et la jeunesse française doivent affirmer leur soutien au peuple Tchadiens ! Dehors la Francafrique !




Mots-clés

Tchad   /    Mobilisation   /    Impérialisme   /    Manifestation   /    Afrique   /    Françafrique   /    Monde