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Crise sanitaire

"Le protocole sanitaire est pire qu’avant la fermeture" : un enseignant du 93 sur la rentrée scolaire

Alors que l’épidémie du coronavirus reste à un niveau inquiétant, le gouvernement réouvre les maternelles et les primaires dès lundi prochain, avec un protocole sanitaire revu à la baisse. Nous avons interviewé un instituteur dans le 93.

mercredi 21 avril

DENIS LOVROVIC / AFP

Thomas a 26 ans et travaille depuis deux ans maintenant dans une école primaire du 93. Pour lui cette réouverture « est super dangereuse, le protocole va être pire qu’avant : on va repasser à celui de la rentrée dernière, c’est-à-dire qu’on fermera une classe à partir de trois contaminations, et plus à partir d’une comme c’était le cas avant la fermeture ».

Cette situation du mois de mars, que le personnel enseignant risque de retrouver dès lundi, était déjà critique : « Il y avait un taux d’absentéisme du au coronavirus énorme, en plus dans le 93, il n’y a rien qui est fait pour recruter du personnel pour assurer les remplacements, on a vraiment aucun moyens et on se retrouve avec des élèves qui n’ont pas cours pendant des semaines. Quand leurs parents ne peuvent pas les garder, c’est à nous de les prendre en charge, on se retrouve à devoir gérer plusieurs classes et au-delà de la surcharge de travail, ça augmente énormément le brassage et les contaminations ».

Pour Thomas, la crainte de retrouver cette situation, c’est aussi celle de faire face à une courbe d’incidence de plus en plus haute. Car si les chiffres ont pu légèrement infléchir à la suite de la fermeture des écoles, leurs réouvertures, alors même que le taux de vaccination du pays est l’un des plus faibles en Europe, le rend inquiet « pour [ses] élèves et surtout pour leurs familles. ». Il ajoute : « moi je travaille avec des très jeunes, il y a sans doute moins de risque pour eux, mais avec l’école ils risquent de contaminer leurs proches  ».

C’est notamment cette situation, à travers l’exemple du lycée Delacroix (93), où 20 parents d’élèves sont décédés depuis le début de la crise sanitaire, qui avait déclenché une vague de colère dans l’opinion. La pression exercée suite à ce scandale, qui n’était que le reflet de la terrible situation vécue dans la plupart des écoles/collèges/lycées dans le 93, avait fini par forcer le gouvernement à fléchir et à procéder à une fermeture anticipée des établissements.

Et ce n’est pas la vaccination, seulement réservée aux enseignants de plus de 55 ans, qui sont très minoritaires dans le 93, qui va changer la situation aujourd’hui, avec un protocole en deçà de celui déjà ridicule du mois de mars.

Cette question du protocole, c’est surtout celle des moyens qui ne sont pas mis au service de l’éducation : « on voit qu’en plus, de l’argent il y en a, avec par exemple cette histoire d’embauche de 10 000 policiers, qui est évidemment pensée dans une logique électorale de Macron, mais on voit que quand il faut sortir de l’argent pour des trucs comme ça ils le font. Pareil pour tout cet argent qui est parti dans les plans de relance, enfin plutôt directement dans les caisses du patronat ».

En effet, pour l’instant, et ce depuis le début de la crise, aucun véritable moyen n’a été mis en place pour pouvoir permettre d’appliquer de véritables protocoles sanitaires et d’assurer des conditions correctes d’enseignement. La politique du gouvernement a toujours été de maintenir le plus possible les enfants en classe pour que les parents puissent continuer à se rendre au travail : «  on voit que la priorité n’est pas à l’éducation mais l’économie, aujourd’hui l’école c’est la garderie du MEDEF ».

Face à cette situation, les différentes organisations syndicales, dont la FSU, Unsa, CFDT, SNALC, CGT, SUD, la FCPE ont mis en place une pétition intersyndicale pour dénoncer les conditions de la rentrée et réclamé « des conditions sanitaires strictes » pour permettre de « maintenir les écoles et établissements scolaires ouverts », avec notamment « des moyens d’assurer les remplacements, la fermeture des classes dès le 1er cas de Covid, des capteurs Co2, des masques chirurgicaux et la vaccination des personnels ». Thomas reste cependant dubitatif : « Je pense que c’est intéressant qu’il y ait une unité dans les revendications avec lesquels je suis plutôt d’accord, le problème c’est que la pétition c’est plutôt léger. Avant la fermeture et je pense que c’est toujours pareil aujourd’hui, il y avait un état d’esprit de frustration, de colère, un sentiment d’être laissé à l’abandon par sa propre institution, de voir que rien n’est fait ni dans notre intérêt ni dans celui de nos élèves, de leurs santés et de celles de leurs familles. Je pense que cette frustration elle va revenir, elle peut se manifester par la grève bien sûr, mais vu le peu de niveau de détermination des syndicats, si ça vient, ça sera d’abord local. Il faudrait qu’on arrive à se mettre en grève, à la fois les enseignants, mais aussi les personnels, les AED, tous ces gens qui travaillent dans les établissements, qui sont eux aussi en danger. Si on arrivait à se coordonner et à frapper tous ensemble, on pourrait mettre une réelle pression et exiger des conditions de travail saines et de vrais moyens pour pouvoir appliquer un protocole sérieux ».




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