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Politique

Coup dur pour la macronie

Le rejet de la candidature de Sylvie Goulard à la Commission européenne, une humiliation pour Macron

C'est une défaite dont Macron se serait bien passé : mise en cause dans deux affaires différentes, sa candidate pour le poste de Commissaire européenne au Marché intérieur, Sylvie Goulard, a été recalée par le Parlement européen.

vendredi 11 octobre

C’était le tout premier revers pour Macron et sa soi-disante « République exemplaire » : en juin 2017, à peine un mois après l’élection du président, sa nouvelle ministre des Armées, Sylvie Goulard, devait démissionner car elle était sous le coup d’une enquête judiciaire. Celle-ci, toujours en cours, concerne l’affaire des assistants parlementaires présumés fictifs du MoDem.

Pourtant, Macron a jugé bon de tenter de recycler Mme Goulard à un poste européen, et pas des moindres : elle avait candidaté pour être la prochaine Commissaire européenne au Marché intérieur, à l’Industrie, au Numérique, à la Défense et à l’Espace. Il s’agit d’un « mégaportefeuille », au budget de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Mais le Parlement européen en a décidé autrement et a rejeté la candidature de Sylvie Goulard, dans ce que de nombreux médias qualifient d’humiliation personnelle pour Macron.

Les raisons de ce rejet ? L’ancienne ministre des Armées, qui a aussi été députée européenne de 2009 à 2017, est non seulement mise en cause dans l’affaire des emplois fictifs du MoDem, mais aussi dans un possible conflit d’intérêt concernant son travail de « consultante » pour l’Institut Berggruen – think tank nommé d’après son fondateur, Nicolas Berggruen, milliardaire américano-allemand. Pendant son mandat de députée européenne, Sylvie Goulard s’est faite rémunérer 12 000€ par mois par ce think tank, pour des missions jugées floues : on évoque l’organisation de quelques conférences et réunions et la rédaction de quelques documents d’information.

Ainsi, c’est la première fois que la France voit une de ses candidatures à un poste de commissaire européen rejetée. Il s’agit pour franceinfo d’un « coup dur pour l’influence française en Europe ». Tous les groupes politiques du Parlement européen – à l’exception des membres de sa famille politique, « Renew Europe » – ont en effet voté contre Sylvie Goulard, la recalant par un vote très majoritaire.

Il pourrait selon certains s’agir d’une revanche contre Emmanuel Macron à qui l’on reproche d’avoir « tué » le système des Spitzenkandidaten en vigueur depuis 2014, et avec ce système, la candidature de Manfred Weber, chef de file du Parti Populaire Européen (PPE), arrivé en tête des élections européennes. Cette attitude a pu être perçue comme « une forme d’arrogance », surtout que Macron aime à se présenter en « leader européen », selon Thierry Curtet, journaliste du service politique de France Télévisions.

En tout cas, pour le soi-disant « leader européen », cette défaite largement commentée dans les médias est une « leçon de modestie », qui montre qu’il a « surestimé son propre poids politique » (Jean Quatremer, Libération). Selon Nicolas Beytout de L’Opinion, « jamais la France n’avait subi pareil échec ». Cet échec, la responsabilité en incombe grandement à Macron lui-même, qui avait déployé de grands efforts pour s’assurer de la viabilité de sa candidate.

Ainsi, « perdant et mauvais perdant » (Guillaume Tabard, le Figaro), Macron a eu du mal à cacher l’humiliation subie, exigeant des « explications » sur le vote, accusant le « ressentiment » et la « petitesse » des parlementaires et enfin rejetant la responsabilité sur la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen.

Cet échec personnel sur le terrain international n’est pas le bienvenu pour Emmanuel Macron, démontrant aux yeux du monde sa faiblesse alors même qu’en interne, il a du mal à reprendre la main face à une rentrée politique et sociale agitée.

Crédit photo : DPA




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