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Notre classe

Coronavirus, application de la loi d’urgence à la SNCF

Les cheminots doivent ils consentir à perdre leurs congés et RTT ?

Avec sa loi d’urgence sanitaire, le gouvernement impose une augmentation du temps de travail en s’attaquant au passage aux congés des salariés. Certaines dispositions ne peuvent s’appliquer qu’à condition de s’être entendu avec les « partenaires sociaux » dans des accords de branche ou même d’entreprise. La SNCF par exemple, comme d’autres entreprises, s’est jetée sur la possibilité d’imposer 5 jours de RTT.

samedi 11 avril

Crédit Photo : Cheminot pendant la Bataille du Rail (avril 2018), Bertrand Langlois / AFP

Au regard de la situation dramatique, certains peuvent penser qu’il s’agit là d’un maigre sacrifice ou d’une mesure nécessaire à la gestion des absences. Mais en analysant les conséquences sur l’emploi, c’est un premier exemple très concret de la très forte détermination du bloc bourgeois à faire payer la crise sanitaire aux travailleurs.

« Alors je me tape, le ménage, la bouffe, les cours des enfants et les courses en mode scaphandrier ; je suis confinée à la maison toute la journée, craignant pour ma santé et celle de mes proches et au final j’apprends que mon patron me considère en vacances ! » C’est le genre de réaction que l’on peut entendre parmi les cheminots qui découvrent les mesures annoncées par l’entreprise sur les cinq repos (RU, RM etc. issus de la loi sur 35h) qu’elle veut leur imposer entre le 16 mars et le 30 avril.

Pour autant, beaucoup d’agents peuvent n’y voire qu’un maigre sacrifice malgré tout. Certains estiment même qu’il serait déraisonnable d’exiger d’avoir l’intégralité de ses repos et congés de l’année 2020 après avoir été confinés aussi longtemps. D’autres encore, se sentant inutiles dans la période en étant confinés, ont l’impression de participer à l’effort collectif en faisant le sacrifice de ces jours. Prenons alors quelques instants pour analyser la situation plus globalement et démontrer que ces raisonnements sont trop superficiels pour être vrais.

Un effort pour l’économie, pas pour sauver des vies

Ce sacrifice, cet effort que certains consentent presque de bon cœur n’a aucune incidence sur la prise en charge des malades ou la limitation de la propagation de l’épidémie. Le fait de perdre des jours de congés ou de repos ne sauvera malheureusement pas de vies. Si le gouvernement et le patronat prennent ses mesures c’est que leur plus gros souci est la crise économique à venir. Ce sacrifice est donc à faire pour que l’économie capitaliste, celle qui montre plus que jamais son incapacité à répondre aux besoins de l’humanité, reparte le plus vite et le plus fort possible.

Des jours de repos perdus, des emplois en moins

Certains peuvent alors imaginer que le but est de sauver des emplois et limiter l’impact de la terrible crise économique à venir sur la population. Pourtant ses mesures qui portent globalement sur un allongement du temps de travail vont mécaniquement limiter l’emploi et aggraver encore le chômage de masse. En reprenant l’exemple de la SNCF, il suffit de multiplier ces 5 jours par les 150000 cheminots qui se les verront imposer pour comprendre que beaucoup moins de CDD ou de postes en intérimaires seront disponibles dans l’ancienne entreprise publique. Si l’on imagine alors les mêmes schémas dans l’ensemble des entreprises du territoire national, on comprend l’impact colossal sur l’emploi d’une telle mesure. Rappelons aussi que la réforme de l’assurance chômage qui devait prendre effet au 1er avril a simplement été reportée au 1er septembre de cette année et que les nouvelles règles d’indemnisation, si elles sont appliquées, vont plonger dans une précarité absolue des millions de chômeurs supplémentaires (et souvent déjà précaires même au travail).

Quels sont les efforts supportés par l’industrie et la finance ? Quels sont les nôtres ?

Etablissons la liste des efforts fournis par la classe exploitante : Perdre beaucoup d’argent ? Accepter d’en perdre encore le temps du confinement (mais pas trop longtemps !) ? Encore faut-il prendre en compte que ces pertes économiques sont largement atténuées par les compensations financières sans contrepartie votées à la quasi-unanimité par les députés de tous bords.

Et quels sont ceux que nous avons déjà fournis ? Nous confiner. Respecter les gestes barrières. Assurer la continuité pédagogique. Nous mettre en danger de mort en allant travailler dans les secteurs essentiels. Nous inscrire dans des démarches de volontariats et d’entraides pour faire face à l’isolement et à la décrépitude du secteur hospitalier. Faire face à des difficultés financières liées au chômage technique. Perdre nos emplois. Supporter seuls la maladie sans pouvoir être testés. Souffrir, mourir par milliers. Voir nos proches souffrir et mourir par millier sans même pouvoir leur dire au revoir comme nous le souhaiterions. Au nom de quoi devrions nous faire des efforts supplémentaires pour sauver un système qui nous a mis dans cette situation ?

Les premières attaques d’une longue série

Enfin, il est clair que cette attaque sur nos jours de repos n’est que la première d’une série de mesure visant à faire payer la crise par les travailleurs. Nul doute que la SNCF, pour continuer avec cet exemple, va rapidement s’adresser aux syndicats de l’entreprise pour obtenir la possibilité, dans l’accord d’entreprise, d’imposer, de décaler ou même de supprimer des jours de congés à ses agents.

Les différentes commandes du personnel ont déjà reçu l’ordre de ne pas accepter de rendre les congés du mois de mai aux agents qui souhaitent les retirer. Dans chaque réunion téléphonique locale, la Direction insiste sur les sommes colossales perdues par l’entreprise depuis le début de la crise.

Et nous pouvons aussi compter sur une période « d’après-guerre » riche en mesures d’urgence, prises par l’État, pour permettre la reconstruction économique de notre pays.

Le jour d’après, les travailleurs face à deux choix radicalement opposés

Alors que dans ses mots Macron se dit profondément bouleversé dans ses convictions laissant entendre de profonds changements dans sa politique, les faits sont là, il continue exactement dans sa logique de petit patron de « start up nation » et s’imagine déjà que l’union sacrée va permettre l’exploitation débridée de la population avec le consentement silencieux des confédérations syndicales.

Une crise économique absolument monstrueuse va survenir et établir une nouvelle étape dans la lutte des classes qui s’exprime de plus en plus clairement ces dernières années. Il n’y aura que deux issues possibles :

- Soit un changement de société complet suite à cette expérience désastreuse par les masses de ce que le capitalisme a de pire à nous offrir.

- Soit une dégradation complète de nos droits, de nos libertés et de nos conditions de vie pour sauver encore une fois ce monstre qui n’en finit pas de mourir en entrainant l’humanité dans sa chute.

Dejà, les cheminots s’organisent et envoient ce type de lettre à leur direction pour leur signifier leur désaccord, car une chose est sûre ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise sanitaire actuelle !




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