^

Monde

Liban. De nouveaux incendies aggravent la crise

Un énorme incendie s’est déclaré ce jeudi 10 septembre dans un entrepôt du port de Beyrouth, quelques semaines après l’explosion qui avait détruit une partie de la ville, tuant officiellement 190 personnes et en blessant plus d’un millier d’autres. Ce deuxième incendie depuis la catastrophe qui touche le port de la capitale provoque la colère des Libanais qui subissent toujours les conséquences de l’explosion.

vendredi 11 septembre

Crédits photo : Anwar Amro /AFP

Ce jeudi 10 septembre, c’est le deuxième incendie qui s’est déclaré depuis l’explosion survenue le 4 août dans un entrepôt du port de Beyrouth où était stockée depuis six ans une cargaison de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium confisquée à un navire par le gouvernement. Dans le nouvel entrepôt qui a pris étaient notamment entreposés des bidons d’huile et des milliers de colis alimentaires. Les flammes ont continué de s’élever jusqu’à tard dans la soirée.

Ce nouvel incident, le troisième en un mois, a ravivé la colère des Libanais, encore sous le choc d’avoir vu leur capitale en grande partie détruite par l’explosion du mois dernier. En effet, selon l’ancien premier ministre, c’est près de la moitié de la ville qui aurait subi d’importants dommages, touchant ainsi près de 180 000 personnes dont beaucoup étaient déjà en proie à une grande précarité. Dans un contexte de crise économique, politique et sociale que connaît le pays depuis des décennies, l’explosion qui avait ravagé le port de Beyrouth, véritable “poumon économique” de la ville, a encore davantage fragilisé le système politique libanais, à bout de souffle et corrompu. Taxés d’incompétence et de corruption par la population, les principaux dirigeants s’étaient rejetés la responsabilité de la présence d’une quantité si importante de nitrate d’ammonium et de produits inflammables dans le port “sans mesure de précaution”, exacerbant davantage la colère des Libanais face à cette classe politique restée quasiment inchangée depuis des dizaines d’années.

La situation était déjà critique en 2019 lors des soulèvements qui avaient secoué tout le pays après que le gouvernement ait instauré de nouvelles taxes, notamment sur le tabac et l’essence, la goutte de trop pour les libanais qui étaient massivement descendus dans la rue pour dénoncer ces taxes abusives ainsi que l’ensemble du régime et de ses représentants politiques. Sur fond de crise économique et sociale, la catastrophe alliée à la situation sanitaire met à l’épreuve le système de santé déjà fragile, ainsi que l’économie qui se trouve, aujourd’hui plus que jamais, dans une position difficile. La valeur de la livre libanaise avait déjà chuté de près de 80% depuis septembre 2019, entraînant une inflation de 90% sur les biens courants de consommation. Selon l’OIT, 37% de la population active libanaise était sans emploi au mois d’avril et près de 48% de la population totale vivait sous le seuil de pauvreté.

Tandis que des rumeurs autour du supposé “sabotage des preuves” incriminant le gouvernement planent toujours autour de l’incendie, le premier ministre libanais estime que des comptes doivent être rendus. À l’inverse, l’entreprise BCC logistics nie toute responsabilité et envisage même de porter plainte. De l’autre côté de ce débat de responsabilité, les habitants libanais se retrouvent seuls face à la nécessité urgente de réparations au sein de la ville de Beyrouth : de nombreux habitants bénévoles oeuvrent visage masqué et pelles à la main, dans les rues de Beyrouth, habitués à tout prendre en main dans ce genre de situation du fait de services publics défaillants, voire souvent inexistants.

Ce nouvel incendie a semé la panique en ré-ouvrant une plaie de traumatismes. Celui-ci intervient lors d’une recrudescence des cas de Covid-19. En effet, certains hôpitaux détruits par l’explosion ont obligé le transfert de nombreux patients parfois sans pouvoir leur administrer les traitements adéquats (respirateurs) par manque important de matériel. La destruction de nombreuses habitations a aussi contraint de nombreux Libanais à se réfugier chez des proches, une situation pouvant accélérer la propagation du virus dans la région. On recense de nombreux cas parmi les personnes touchées par l’explosion et les enfants.

Par ailleurs, les incendies survenus ces derniers jours pourraient provoquer, selon l’organisation Greenpeace, des problèmes de santé chez la population libanaise. En effet, des particules “toxiques” pourraient se retrouver dans l’atmosphère : « La fumée peut inclure des composés hautement toxiques et cancérigènes, du carbone noir et des gaz acides ». Ainsi, en plus d’une situation économique et sociale catastrophique au Liban, les habitants de Beyrouth se retrouvent menacés par la crise sanitaire provoquée par la pandémie et les différents événements liés à l’explosion du 4 août.

Dans un contexte de crise sociale et économique à son plus haut point depuis des décennies, ce nouvel incendie renforce l’inquiétude des Libanais et leur mécontentement face à un gouvernement ouvertement corrompu. Vendredi, au lendemain du troisième incendie, le quotidien libanais francophone L’Orient-Le jour titrait : “La République toxique”. Il semble évident et nécessaire que les mouvements engendrés depuis 2019 reprennent de façon importante et apparaissent comme la seule solution face au gouvernement libanais. Comme nous l’écrivions le 5 août : “Face à la crise économique et la récession, alors que la pandémie a accentué les inégalités et la misère, face à la corruption, la seule réponse viendra d’en bas pour le Liban, dans la continuité des mobilisations depuis 2019”.




Mots-clés

Crise sanitaire   /    Crise économique   /    Crise sociale   /    Incendies   /    Liban   /    Monde