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Politique

Soutien aux militants antifascistes & à Nantes Révoltée !

Manifs anti-Zemmour : derrière la campagne contre les « antifas », une volonté de criminaliser la rue

La venue d’Eric Zemmour à Nantes ce week-end a été l’occasion d’une campagne médiatique et politique contre Nantes Révoltée et les « antifas ». Une petite musique réactionnaire commence ainsi à s’installer dans les médias qui vise non seulement les militants antifascistes mais aussi l’ensemble de l’extrême-gauche et du mouvement social.

lundi 1er novembre

Crédits photo : Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Zemmour à Nantes et la crainte de la mobilisation des « antifas »

Ce week-end se tenait à Nantes la plus importante manifestation d’opposition à Eric Zemmour depuis le début de sa tournée de pré-candidature dans toute la France. Après que 350 personnes se soient réunies en opposition à Zemmour vendredi à Pleurtuit d’après le Télégramme, ce sont plus de 700 personnes, 650 d’après la Préfecture, qui étaient mobilisées à proximité du Zénith de Nantes samedi. Sur place, des manifestants de différents secteurs recensés par Nantes Révoltées : militants autonomes, syndicalistes, étudiantes et étudiants, etc…, qui ont fait face à une intense répression à coups de gaz lacrymogènes mais également de LBD.

Mais cette mobilisation a surtout été l’objet d’une véritable campagne médiatique cherchant à dénoncer voire criminaliser l’opposition à Eric Zemmour. Dès jeudi, les chaînes d’info se saisissent d’une affiche représentant Eric Zemmour avec une cible sur le front et appelant à la mobilisation samedi pour lancer une offensive contre les « antifas » en victimisant Zemmour. Sur CNews, l’éditorialiste Matthieu Bock-Coté explique que « les antifas réinventent les méthodes du fascisme le plus brutal » et que, contrairement à eux, « les identitaires n’ont pas l’habitude de faire des raids violents ».

Le média Nantes Révoltée, qui avait partagé des photos des affiches et relayé l’appel à la manifestation de samedi est particulièrement ciblé. Dans une publication de vendredi les animateurs du média expliquent : « Cette publication anodine d’un collage d’affiches contre la tenue d’un meeting néo-fasciste a provoqué un déferlement médiatique délirant. Plusieurs chaînes d’information ont tourné en boucle sur les « affiches menaçantes » – les montrant donc de nombreuses fois à des millions de personnes –, évoquant le « danger des antifas » et mettant explicitement en cause le média Nantes Révoltée. Nous avons reçu des centaines de messages de menaces de mort de nature fasciste, et nos différentes plate-formes, ont été temporairement bloquées. »

Une campagne médiatique contre les « antifas »

Samedi, les chaînes d’info suivent attentivement la journée. BFM TV titre sur le « déplacement sous tension » de Zemmour, et fustige les manifestants aux côtés de syndicalistes policiers et lisant à l’antenne les tweets de Stanislas Rigault, figure des soutiens à Zemmour. Sur Twitter, la vidéo d’un militant autonome tapant un caddie contre une voiture de police déchaîne l’extrême-droite. « Il est grand temps de réprimer ces groupuscules fascistes et antidémocratiques que sont les antifas » exhorte le député RN Gilbert Collard.

Tout le week-end, les variations sur ce même thème n’ont pas cessé. Du côté de la presse de droite, l’éditorialiste du Figaro Guillaume Tabard s’est fendu dimanche d’un édito intitulé : « Qui ne respecte pas les règles démocratiques ? ». La réponse est claire : les « antifas » s’attaquent à la démocratie, tandis que Eric Zemmour - dont une étude montre qu’il a fait l’objet de 14.000 articles depuis la rentrée et qui enchaîne les plateaux télé - serait « empêché de s’exprimer ». Dans la même veine, Sophie Coignard accuse lundi dans Le Point les « antifas » de vouloir « détruire la démocratie ». Quant à Plantu, célèbre dessinateur de presse, il dépeint sur Twitter les « antifas » en chiens, tenus en laisse par un Zemmour qui les décrit comme ses « attachés de presse ».

Face à ces attaques, il est central de défendre Nantes Révoltée et l’ensemble des militants antifascistes, dont une partie réunissait plus de 5000 personnes à Lyon le 23 octobre dernier contre les violences d’extrême-droite, et qui font également face à une intense répression d’Etat, à l’image des sept militants poursuivis à Lyon. Cependant, il est clair que l’offensive, qui risque de se poursuivre si d’autres mobilisations ont lieu, va au-delà de ces militants.

Derrière l’attaque contre les « antifas », les prémices d’une offensive contre l’extrême-gauche et l’ensemble du mouvement social ?

Le terme même d’« antifas » est devenu un moyen de criminaliser les mobilisations de rue, en les entourant d’une aura violente, sombre, mystérieuse. Aux États-Unis, la notion « d’antifas » a ainsi été utilisée pour expliquer l’ensemble des mobilisations qui ont eu lieu depuis 2017, des manifestations anti-Trump au mouvement Black Lives Matter, et jusqu’à l’invasion du Capitole par des supporters de Trump, décrite pendant un moment comme une provocation des « antifas ». Symbole de ce délire complotiste, l’ouvrage de Andy Ngo qui vient de paraître aux éditions d’extrême-droite Ring et qui prétend révéler le « programme antifa de destruction de la démocratie ».

Dans un moment où les courants les plus réactionnaires infusent l’ensemble du champ politique, il est à prévoir que ce discours ne tarde pas à se répandre, dans la continuité des campagnes contre « l’islamo-gauchisme » ou le « wokisme », activement relayées par le gouvernement. Avec lui, c’est la criminalisation de toute opposition politique exprimée dans la rue, non seulement contre l’extrême-droite mais aussi contre le gouvernement, qui menace. D’ailleurs, dans le sillage des discussions sur les « antifas », les éditorialistes réactionnaires n’ont pas manqué de s’en prendre au reste de l’extrême-gauche, Paul Melun expliquant sur CNews : « L’héritage de ces gens-là est teinté d’islamo-gauchisme avec des militants du NPA ou de Révolution Permanente qui ont plus comme modèle des islamistes que les vieux anarchistes italiens, mais la conjonction des deux est de nature à parasiter l’élection présidentielle. »

Face à ces attaques, et alors que le gouvernement multiplie les dissolutions d’associations depuis un an, il est central de faire bloc contre ce début d’offensive qui s’attaque aux militants antifascistes puis à l’extrême-gauche pour mieux criminaliser l’ensemble du mouvement social. En ce sens, il est fondamental que l’ensemble des organisations se réclamant du mouvement ouvrier, à commencer par les directions syndicales, réagissent fermement à ces attaques et réaffirment leurs soutiens à tous ceux qui luttent contre l’extrême-droite et le gouvernement dans la rue.




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