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Manif de la honte : la classe politique au diapason des syndicats de police et de l’extrême-droite

Ce mercredi, la quasi-totalité de la classe politique s'est pressée aux côtés des syndicats de police et de l'extrême-droite pour un rassemblement 100% réactionnaire.

mercredi 19 mai

Crédits photo : AFP / THOMAS COEX)

Ce mercredi un rassemblement appelé par les syndicats de police devant l’Assemblée nationale a rassemblé plusieurs milliers de policiers. Une manifestation qui sans surprise a rejoué les poncifs et thèmes de l’extrême-droite, de la prétendue « impunité des délinquants et voyous » à la nécessité de « rétablir l’autorité » dans une « France gangrénée par l’insécurité » et dans laquelle nombreux serait les « quartiers où règnent l’apartheid religieux » selon les mots à la tribune d’Oliver Varlet, secrétaire Général de l’Unsa-Police et de Christophe Rouget, secrétaire général du Syndicat des Cadres de Sécurité Intérieure.

Une manif de la honte que préfigurait déjà l’appel à manifester qui, faisant suite au décès d’un policier à Avignon, revendiquait l’application des mesures répressives promises par Jean Castex et la mise en place de peines planchers en cas d’attaques contre les forces de répression ou de refus d’obtempérer. Fabien Vanhemelryck, secrétaire national du syndicat Alliance a en ce sens, après avoir dénoncé quatre décisions de justice jugées trop laxistes, dévoyé le slogan de ceux qui luttent au nom des victimes de la police pour affirmer : « Tant qu’il n’y aura de justice, il n’y aura pas de paix ».

Un rassemblement entièrement réactionnaire, sur lequel ont surfé l’ensemble des ténors de l’extrême-droite de Marine Le Pen à Jordan Bardella, en passant par Philippe de Villiers, Jean Messiha et Eric Zemmour, chaudement accueillis et applaudis à leur arrivée. Pour le ministre de l’intérieur, qui avait annoncé sa participation à la manifestation et par là-même tentait de positionner le gouvernement dans la course à qui donnera le plus de gages à la police à la police en vue de 2022, l’opération de comm’ a en revanche tourné au vinaigre et ce sont les huées et sifflets qui ont accompagné sa venue.

Mais à l’occasion de ce rassemblement, c’est également l’ensemble de la gauche institutionnelle qui a est entrée dans le plein pied dans la campagne sécuritaire actuelle. Le PS (Olivier Faure, Anne Hidalgo), EELV (Yannick Jadot), mais aussi le PCF (Fabien Roussel) se sont ainsi retrouvés aux côtés des policiers, s’écrasant derrière leurs revendications. Au micro de BFM, Olivier Faure est allé jusqu’à expliquer que « La police doit avoir un droit de regard sur la justice ». Un positionnement qui promet une campagne présidentielle 100% sécuritaire, et constitue un véritable affront tant envers les quartiers populaires, qui subissent quotidiennement la domination policière, que pour les centaines de milliers de personnes qui depuis 2016 font face à la répression systématique et ultra-violente du gouvernement.

De son côté, la France Insoumise avait décidé de ne pas se rendre au rassemblement pour ne pas « cotiser à l’ambiance générale de surenchère sécuritaire ». Alors que dans un premier temps Adrien Quatennens, député LFI, avait déclaré : « dans l’absolu, compte tenu de ce que nous défendons pour la police, on y aurait notre place. Mais je ne suis pas certain que les conditions de sécurité soient réunies pour que nous y participions » évoquant même « une forme de frustration », l’organisation a présenté une position plus tranchée sur le rassemblement lors d’une [conférence de presse tenue ce mercredi. Jean-Luc Mélenchon y a notamment dénoncé une « manifestation à caractère ostensiblement factieux », qui « s’en prend non pas aux causes pour lesquelles ces malheureux ont été assassinés mais aux institutions comme l’institution judiciaire ». Mais tout en dénonçant le rassemblement, la France Insoumise a tenu à mettre en avant un programme de réforme de la police, défendant à nouveau l’idée qu’une « police républicaine » est possible. Une position semblable dans sa logique à celle défendue par LFI sur l’armée après la tribune des militaires dans Valeurs Actuelles, et qui vise en dernière instance à défendre l’institution policière, présentée comme réformable.

Pourtant, que l’extrême-droite manifeste ou non aux côtés de la police, que ce soit ses syndicats les plus réactionnaires qui s’expriment ou ses prétendues branches progressistes, à l’image de la CGT-Police qui appelaient à participer au rassemblement tout en se délimitant des mots d’ordre de l’appel, l’institution policière est essentiellement réactionnaire ! Le problème n’est en ce sens pas la récupération par l’extrême-droite d’un tel rassemblement, elle aurait tort de s’en priver, mais le fait même d’envisager de soutenir les intérêts d’une institution profondément raciste et entièrement au service de la préservation de l’ordre établi.

Ce rassemblement de policiers constitue avant tout une pression exercée sur le champ politique, au service de la consolidation de la dynamique réactionnaire et dans ce dans la continuité de la tribune publiée en avril dernier par des militaires à la retraite. Un objectif que François Bersani (Unité-SGP Police Yvelines) assumait par ailleurs ouvertement en affirmant au micro de CNews : "Nul doute que si cette mobilisation s’avère très efficace aujourd’hui les digues céderont, c’est-à-dire les contraintes de la Constitution, de la loi".

A l’heure où la quasi totalité du spectre politique semble se rallier à cette perspective, le rapport de force réactionnaire que les forces de police essayent d’instaurer ouvre la voie à de nouvelles offensives liberticides et autoritaires et nous promet une campagne présidentielle 100% sécuritaire. Pour notre camp social et la classe ouvrière l’enjeu central est de préparer les affrontements qui se préparent, dans un contexte d’intense polarisation du champ politique et alors que la bourgeoisie veut nous faire payer la crise à tout prix. Cela suppose d’une part d’être intransigeant quant à la question de l’indépendance vis-à-vis de l’institution policière, un des piliers de l’ordre bourgeois, et le garant de la propriété des grands capitalistes et d’autre part d’opposer une critique sans concession au discours qui veut nous imposer la primauté des questions sécuritaires. Enfin il nous faut rompre avec la stratégie de conciliation qui prévaut dans le mouvement ouvrier et la majeure partie de la gauche pour construire un plan à la hauteur de la période à venir.




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