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Pour le rectorat de Poitiers priorité à la répression contre les profs

Nous avons interviewé Aladin l’un des trois profs réprimés du Lycée Desfontaines de Melle, mis à pied à la suite des mobilisations contre les E3C. Lui et ses collègues n’ont toujours aucun élément justifiant cet acharnement, ils ont donc demandé à être reçus vendredi dernier par une commission qui en plus de ne pas avoir consulté les dossiers justifiant de leur mise à pied prétend être là simplement pour mener une enquête sur le « climat scolaire ».

lundi 25 mai

Propos recueillis par Marion Scolaire

Nous avons interviewé Aladin l’un des trois profs réprimés du Lycée Desfontaines de Melle, mis à pied à la suite des mobilisations contre les E3C. Il nous raconte que lui et ses collègues n’ont toujours aucun élément justifiant cet acharnement, ils ont donc demandé à être reçus vendredi dernier par une commission qui en plus de ne pas avoir consulté les dossiers justifiant de leur mise à pied prétend être là simplement pour mener une enquête sur le « climat scolaire ». En pleine pandémie l’urgence pour le rectorat de Poitiers semble être celle de la répression. Il y a de quoi se poser des questions sur l’investissement humain et financier fait par le gouvernement pour réprimer les militants syndicaux particulièrement dans la période.

Révolution Permanente : Peux-tu nous faire le point sur votre situation ?

Aladin : Mi-mars, on a été convoqué par le rectorat qui nous a notifié une suspension à titre conservatoire de 4 mois ; on nous a demandé de ne plus avoir aucun lien ni avec les élèves ni avec les enseignants du lycée. Au moment de nos convocations, on nous a dit qu’une enquête administrative ferait suite aux mesures de suspension afin d’évaluer la véracité des cinq rapports (écrits par le Proviseurs, par deux IPR et par trois membres de l’Équipe Mobile de Sécurité) qui les ont motivées. Aujourd’hui l’enquête est lancée mais elle ne veut pas dire son nom : tout se passe comme si elle n’avait aucune finalité disciplinaire. Les trois IPR qui en ont la charge affirment ne pas avoir lu les dossiers en question et ne pas avoir vocation à les analyser dans le détail ; il semblerait que l’administration fasse tout pour que ces rapports finissent aux oubliettes, et nous avec.

L’ordre de mission de l’enquête est très sibyllin : il s’agirait de rassembler des témoignages afin que la rectrice puisse « apprécier » la situation, dans l’optique de ramener un peu de « sérénité » dans l’établissement. Aucune précision quant à ses modalités ou bien encore ses méthodes. Si le rectorat a quelque chose à nous reprocher, alors il doit clairement expliciter les fautes qu’il nous impute et mettre par la suite en place une procédure respectant le principe contradictoire. Nous avons été suspendus sur la base de témoignages qui, jusqu’à preuve du contraire sont des témoignages à charge : ce n’est pas d’une « appréciation » dont ils ont besoin, mais d’une véritable objectivation. C’est pourquoi nous avons écrit à la rectrice, lui demandant à ce que les rapports incriminants fassent l’objet d’une enquête minutieuse ; sans cela, il n’y a plus aucune raison de maintenir nos suspensions. Aucune réponse… ! Un rapport existe ou n’existe pas, il ne peut rester ainsi à l’état de rumeur. En l’état, ils ne sont que diffamation et portent lourdement atteinte à notre réputation, ce qui n’est pas rien en milieu rural.

Révolution Permanente : Que contiennent ces dossiers qui ont permis votre mise à pied ?

Les dossiers remontent aux journées de mobilisation qui se sont déroulées le jour du passage des E3C. Ils sont absolument vides de faits : ils consistent en une sorte de profilage psychologique nourrit de descriptions très subjectives de la part de la hiérarchie. Ces rapports sont construits autour d’une accumulation d’adjectifs, nous faisant passer pour des personnes « intimidantes », « agressives », ayant une forte emprise sur nos élèves et sur nos collègues. De telles caricatures suffisent, selon eux, à faire de nous les commanditaires de la mobilisation et des dégradations engendrées. Ce procédé de diabolisation est en tout point identique à celui qui avait été mis en place au collège République de Bobigny.

Ce ne sont pas des dossiers ce sont des caricatures ! En les lisant, on a l’impression d’avoir affaire à des gens dangereux. Ces rapports ne sont même pas de l’ordre de la caricature courante du syndicaliste un peu « braillard » et de mauvaise foi. Ici, on a vraiment l’impression que nous sommes des gens violents, agressifs, intimidants, faisant peur à tout le monde.

Révolution Permanente : Comment comprends-tu cette décision de répression ?

Ils ont choisi les enseignants qui ont été les plus médiatisés durant la lutte contre les E3C.Avec mes collègues, nous sommes passés à la télé, dans les journaux, ce qui leur a permis assez facilement de nous identifier comme des leaders et de nous faire passer pour tels. .

Je pense qu’ils vont tout faire pour donner des suites aux mesures de suspensions. Une enquête administrative est une procédure très coûteuse ; ils ont rouvert un lycée pour ça, sans compter que ce type d’enquête prend trois semaines au minimum, voire plus. Après la mise en place d’un tel dispositif, repartir les mains vides serait pour eux synonyme de camouflet. C’est pourquoi il nous est impossible de baisser la garde un seul instant.

Révolution Permanente : Les élèves ont-ils fini par passer les E3C ?

Oui les élèves ont finalement dû passer les E3C, en s’y reprenant quatre fois. Ils ont dû le faire dans un lycée barricadé et gardé par les forces de l’ordre, ils ont passé toutes les épreuves le même jour.

Révolution Permanente : Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

On attend qu’ils nous convoquent à nouveau. On va faire notre maximum pour investir le plus possible cette enquête et amener le rectorat à faire preuve de transparence quant aux méthodes et modalités de la procédure. Tout est en train de se jouer ici et maintenant : on ne peut les laisser être à la fois accusateurs, juges et enquêteurs. Il ne faut surtout pas que nous nous enfermions dans la position de victimes impuissantes ; il faut que nous investissions ces procédures avant qu’il ne soit trop tard. Au moment de la CAPA disciplinaire tout est déjà joué, malgré l’apparence de débats contradictoires.

Je pense aussi qu’au-delà de notre cas, notre démarche a le mérite d’alerter sur le manque de transparence et d’impartialité de procédures visant le plus souvent à régler des comptes politiques. Nous sommes loin d’être seuls : de telles « chasses aux sorcières » ont aujourd’hui cours dans l’ensemble de la fonction publique. Une convergence interprofessionnelle des luttes contre la répression institutionnelle doit être la prochaine étape. Après tout, ce n’est pas que l’Éducation que nous défendons mais le service public dans son ensemble.

Pétition de soutien : Aucune sanction dans l’éducation pour s’être mobilisé, à Melle... comme ailleurs !

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