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Proche d’identitaires et d’ultranationalistes, qui est Bardella, tête de liste RN aux européennes ?

23 ans, originaire du 93 et tête de liste du Rassemblement National (RN) aux européennes, Bardella semble le prototype même de cette « extrême droite dédiabolisée » voulue par Marine Le Pen. Jeunes certes, mais déjà vieux roublard du FN-RN et proche de figures de l'ultradroite réactionnaire.

lundi 29 avril

De « Banlieues Patriotes » au porte-parolat du Rassemblement National

Dans la vidéo de présentation de Jordan Bardella publiée sur la page facebook de Marine Le Pen en vue des européennes, la tête de liste du RN apparaît comme le prototype même du militant modèle, version « extrême droite dédiabolisée ». Jeune et originaire de la Seine-Saint-Denis (93) ayant gravi les échelons vers les hautes sphères du parti d’extrême droite au mérite, en passant par une élection au conseil régional d’Île de France. Du 93, Bardella n’en retient que quelques éléments : les « conséquences de l’immigration massive » et « l’assistanat » bien sûr, reprenant à la lettre les discours les plus xénophobes du parti fondé par Jean-Marie Le Pen et, petit clin d’oeil aux royalistes, le fait que Saint-Denis abrite les tombeaux des rois. Des violences policières, des contrôles aux faciès, du taux de chômage crevant le plafond, Bardella reste désespérément aveugle, ou ferme les yeux, c’est au choix.

Dès ses 16 ans, galvanisé par la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012, Jordan Bardella adhère au Front National. Sept ans plus tard, le voilà porte-parole du RN et tête de liste du parti d’extrême droite pour les prochaines européennes. Une « ascension express » qui débute publiquement avec le lancement du collectif « Banlieues Patriotes » à l’occasion des élections régionales de 2015, aux côtés de son ex-petite amie Kelly Betesh, aujourd’hui chez les Patriotes de Florian Philippot. Jordan Bardella, président de « Banlieues Patriotes », se retrouvera conseiller régional d’Île de France, et commencera son ascension au sein du parti jusqu’à en devenir le porte-parole en 2017.

Clément Martin, Jérôme Bousseaud, Laura Lussaud : Bardella affiche ses amitiés avec l’extrême droite la plus dure

Né à Drancy certes, mais étudiant à la Sorbonne et côtoyant les milieux bourgeois de Vincennes avec Kelly Betesh, c’est aussi dès les débuts de son ascension que viennent les premières casseroles. Selon les informations publiées par le site La Horde en 2015, Jordan Bardella affiche sur facebook ses « amitiés » avec des personnalités de l’extrême droite radicale, gravitant peu ou prou autour du FN/RN.

On y retrouve notamment Clément Martin, ancien de Génération Identitaire au service d’élus FN en 2017. Jérome Bousseaud, militant du mouvement d’extrême droite identitaire breton Adsav, proche du « GUD Breton » ou bien encore Laura Lussaud, trésorière en 2015 de L’Oeuvre Française, goupuscule ultranationaliste et néo-fasciste, ont aussi eu droit aux faveurs de Jordan Bardella.

Et dire qu’en interne du RN, certains pontes trouvent Bardella « trop lisse » pour le poste de porte-parole, ou trop tendre pour les joutes européennes en qualité de tête de liste. Derrière le masque d’un « jeune banlieusard » apparaît pourtant le visage d’un arriviste « sauce Philippot », mais toujours fidèle à Marine Le Pen, gravitant dès sa plus tendre jeunesse dans les sphères de la bourgeoisie parisienne et jeune/vieux roublard de l’extrême droite française.

Sa proximité avec Wallerand de Saint-Just, qui dirigeait la liste pour les régionales en Ile de France en 2015 sur laquelle Bardella a été élu, est l’exemple même de cette dédiabolisation du FN-RN, simple ravalement de façade, qui s’écaille facilement dès qu’on commence à gratter un peu. Saint-Just, ancien du GUD, avocat de Jean-Marie Le Pen ou Bruno Gollnisch (négationniste fameux du Front) fait également partie de l’AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), figure donc de cette nébuleuse catholique traditionaliste rétrograde qui remet en cause le droit à l’avortement pour les femmes et le droit d’exister pour les personnes homosexuelles ou transgenres.

Mais que représente aujourd’hui le FN-RN vis-à-vis de la situation politique en France ? L’extrême-droite a toujours été l’expression, la plus violente, des intérêts des financiers et des capitalistes en situation de crise. Derrière un discours raciste contre les immigrés (dirigé selon l’époque contre les Italiens, les Espagnols, les Polonais, les Portugais, les Roumains, les Arabes ou les Noirs), les juifs, les musulmans, sexiste ou contre les minorités sexuelles ou de genre, se cache des mesures anti-sociales profondes contre les moyens d’organisation et de résistance contre le patronat, contre l’exploitation. La sympathie de Marine Lepen et des identitaires pour Bolsonaro au Brésil, qui mène une politique économique qui ferait rougir d’envie un Macron, avec les bravos des plus grands patrons de multinationales (Apple, Carrefour) et du FMI, l’attachement de l’extrême-droite à Orban en Hongrie qui a porté une loi que les Hongrois ont qualifié « d’esclavagiste », ou encore l’admiration pour Salvini en Italie permettent de se faire une idée du caractère profondément anti-populaire de cette extrême-droite française pas si décomplexée. Pour la classe dominante et ses médias, après avoir tout misé sur Macron qui ne se sort toujours pas de la crise des Gilets Jaunes, l’incertitude quant à sa capacité à mener les réformes demandées par le patronat (reculer l’âge de la retraite, sabrer la sécurité sociale et les allocations chômage, privatiser à tout-va etc.) commence à se faire fortement sentir. Marine Lepen et les cadres de son parti, dont les ramifications vont jusqu’aux identitaires (qui eux ne s’embarrassent pas de la dédiabolisation), à l’image de Bardella, pourraient donc apparaître comme la solution autoritaire à cette crise profonde afin de restaurer l’ordre. Rien d’étonnant donc que l’extrême droite donne des gages de bonne conduite : Lepen (qui a l’habitude de voter contre les intérêts des travailleurs) et Bardella ont bien rappelé leur opposition à l’augmentation des salaires, et du SMIC en particulier !

Alliant « façade dédiabolisée » et liens étroits avec les mouvances de l’extrême droite la plus réactionnaire, Jordan Bardella a ainsi su incarner le prototype de l’extrême droite 2.0 chère à sa présidente. Si proche de sa politique qu’il est, malheureusement pour les impôts de ceux qu’il prétend défendre, cité et inquiété dans l’affaire des emplois fictifs à Bruxelles, qui aurait rapporté pas loin de 7 millions d’euros au parti d’extrême-droite !

Crédits-photo : Yohan Bonnet/Hans Lucas




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