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Auto-organisation

Retraites. Assemblées générales et Interpros, un outil indispensable pour gagner

Après un 19 janvier massif, l’intersyndicale a appelé à une deuxième journée de mobilisation le 31 janvier. Si certaines fédérations CGT ou Sud appellent à des grèves sur des dates débordant ce calendrier, l’auto-organisation à la base va avoir une importance pour que ces secteurs ne partent pas seuls dans la bataille, et pour entraîner l’ensemble de notre classe.

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Crédits photo : RP / Réunion de la Coordination RATP-SNCF en janvier 2020

Avec le 19 janvier, la mobilisation a marqué un point contre le gouvernement. Les manifestations massives et grèves suivies dans de nombreux secteurs, y compris dans le privé, ont montré le large rejet de cette réforme. Avec en toile de fond la question des salaires, de la pénibilité, du rapport au travail ou encore de la casse des hôpitaux, cette mobilisation a un caractère politique et exprime une colère profonde face au gouvernement.

Après cette journée, des débats importants se sont menés au sein du mouvement ouvrier sur la question du calendrier, en lien avec l’appel de l’intersyndicale au 31 janvier. Après les raffineurs, qui avaient proposé avant même le 19 un plan de montée crescendo de la grève (48h, 72h puis reconductible), la CGT Énergie a par exemple appelé, en plus du 31, aux mêmes dates que les raffineurs, tandis que la CGT Port et Docks a appelé au 26 janvier. Dans l’Éducation, la CGT et Sud appellent à la grève reconductible à partir du 31, tandis que Sud-Rail et la CGT-Cheminots appellent à 48h de grève les 7 et 8 février.

Si ce débat sur les calendriers de lutte est central, une autre question, profondément liée à celle du plan de bataille, a une importance considérable dans le rapport de forces : celle de l’auto-organisation. Face à un mouvement pour le moment entièrement contrôlé par l’intersyndicale, ce n’est en effet qu’en rendant « la grève aux grévistes » qu’il sera possible de construire une autre stratégie et d’entraîner de larges secteurs de notre classe.

La passivité : principale faiblesse d’un 19 janvier massif

Grève massive, grève passive ? C’est le pari que fait le gouvernement pour imposer une réforme qu’il sait majoritairement rejetée. Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, le gouvernement a appris que la perte d’influence des directions syndicales pouvait signifier un débordement de la colère et une difficulté à la contrôler. De nombreux éditorialistes, en amont du 19 janvier, se sont ainsi inquiétés de cette radicalité toujours présente dans le pays, qui pourrait s’exprimer avec la réforme des retraites comme catalyseur.

Pourtant, le 19 janvier a été massif mais calme et entièrement contrôlé par l’intersyndicale, qui a appelé à une deuxième journée isolée le 31 janvier, non pas après avoir consulté la base au travers d’assemblées générales, ou même d’assemblées de leurs adhérents, mais après une réunion entre dirigeants de confédérations. Des dates fixées par en haut qui n’invitent pas à s’organiser à la base.

Le calendrier est en effet présenté comme une stratégie inamovible qu’on ne peut pas discuter, si ce n’est au mieux pour ajouter des initiatives marginales « là où on le peut », comme le dit la direction de la CGT. Or, si la date du 31 et les appels fédéraux devront être des points d’appui, il sera impossible de développer toute la force du mouvement sans que chaque gréviste soit acteur de sa grève. Sans AGs, impossible d’organiser ensemble les nombreux non-syndiqués et syndiqués de différentes organisations qui ont pris la rue le 19 janvier pour construire ensemble la mobilisation et un 31 janvier massif.

Par ailleurs, alors que la question des « obstacles » à faire grève est mise en avant par les directions syndicales ces derniers jours pour justifier leur stratégie de dates espacées, les assemblées et les Interpros sont un lieu de débat central pour penser les tâches mais aussi comment surmonter les difficultés de la grève. Un cadre dans lequel chaque gréviste peut se sentir pleinement acteur de la grève, aller chercher ses collègues non-grévistes, penser comment tenir dans la durée, par exemple avec des caisses de grève et des collectes de denrées alimentaires, faire face à la répression patronale et aux manœuvres anti-grèves, etc. Si des grèves de travailleurs très précaires comme ceux du nettoyage de Onet ont été victorieuses et ont tenu 45 jours, ce n’est pas un hasard : l’auto-organisation y était fortement développée.

Pour préparer la grève générale, construire l’unité à la base par les Interpros

Une particularité de ce début de mouvement est que face au calendrier décidé « par en haut » par l’intersyndicale, les tendances à proposer une alternative viennent également principalement « d’en haut », c’est à dire de directions syndicales fédérales. Ces appels syndicaux et la potentielle entrée en scène de bataillons combatifs sont des ingrédients centraux pour gagner. Pour autant, faire dépendre le mouvement des seules décisions venues des têtes des syndicats laisse planer le danger d’une division à tout moment.

D’abord, en cas d’isolement de secteurs ouvriers, même stratégiques tels que les raffineurs, on sait comment l’État est capable de reprendre la main par un mélange de répression et de « dialogue social ». Ces secteurs eux-mêmes ont d’ailleurs déjà annoncé qu’ils ne feraient pas de « grève par procuration ». Ensuite, on connaît la fragilité des accords scellés uniquement par en haut, qui peuvent finir par éclater si la mobilisation s’approfondit et désorienter le mouvement en l’absence de cadres d’organisation à la base. Aussi, il est primordial de construire une unité de la grève solide, qui ne dépende pas seulement d’accords entre des dirigeants d’organisations syndicales, mais qui soit structurée au travers d’une multitude de cadres auto-organisés.

Les assemblées générales dans les entreprises doivent ainsi être pensé comme un lieu où se travaille l’extension du mouvement depuis la base. Cela passe par des actions en direction des non-grévistes de chaque entreprise, mais aussi des sous-traitants ou des entreprises situées à proximité. La continuité de cet effort est de construire des AGs Interpros, qui coordonnent tout au long du mouvement les grévistes, syndiqués ou non syndiqués, de différentes entreprises mais aussi la jeunesse étudiante ou lycéenne d’un même territoire. Dans un mouvement national aussi massif, touchant de très nombreux secteurs, cette nécessité de lier entre elles les AGs dans des AGs interpros est particulièrement brûlante.

C’est ce qu’avaient fait de nombreux grévistes en 2010, construisant des Interpros qui avaient agi « comme moteurs de l’extension de la grève à travers l’organisation de « grèves marchantes », afin d’entraîner d’autres boites dans la lutte, ou soutenir les grévistes déjà en mouvement ». L’exemple le plus développé en 2010 a été celui de l’Interpro du Havre, qui coordonnait l’ensemble du mouvement sur la ville et publiait même un journal quotidien, Le Havre de grève. Vers la fin de la mobilisation, il y a même eu une tentative de coordonner à l’échelle nationale les différentes Interpros, notamment au travers d’une réunion de nombreuses délégations à Tours.

Alors qu’actuellement elles sont encore faiblement développées, les Interpros permettraient à la fois d’unifier les secteurs les plus combatifs et potentiellement en reconductible pour concentrer les forces, mais pourraient aussi être un outil contre l’isolement de ces secteurs, justement pour ne pas tomber dans la grève par procuration. En réunissant ces secteurs avec ceux qui ont moins de tradition de lutte, comme ceux de la « deuxième ligne », ayant pour beaucoup fait leurs premières grèves depuis le Covid et l’inflation, ces Interpros permettraient de s’attaquer aux obstacles réels à la grève dans ces entreprises et de commencer à les résoudre collectivement : par des délégations de grévistes à l’entrée d’une boîte, la mise en place de caisses de grèves locales, le soutien face à la répression, etc.

Mettre la construction d’AGs et d’Interpros au cœur des tâches du mouvement

Ces AGs interpro pourraient non seulement être de puissants outils pour construire et étendre la grève, mais, en se développant et se coordonnant entre elles, elles pourraient commencer à discuter d’une stratégie alternative à l’intersyndicale. Si celle-ci propose une stratégie de pression et un enchaînement de journées isolées, les Interpros doivent pouvoir débattre de la validité de ce plan, et de l’enjeu de la grève reconductible que refuse d’aborder l’intersyndicale. Fin décembre 2019, la Coordination RATP-SNCF, qui regroupait des travailleurs de ces deux entreprises en grève reconductible, avait ainsi joué un rôle important au moment de la trêve de Noël imposée par les directions syndicales pour incarner une autre perspective, organisant des actions et des manifestations sur cette période pour maintenir la pression et éviter que ne retombe le mouvement.

De même, face aux confédérations qui limitent les mots d’ordre au seul retrait de la réforme, les Interpros pourraient être le lieu d’élaboration d’un cahier de revendications qui aille plus loin, et exprime la colère à la base qui dépasse largement la question des retraites, en soulevant par exemple la nécessité de lier le combat actuel à celui pour les salaires. C’est en effet en unifiant toutes les revendications des exploités et des opprimés de cette société, qui ont une opportunité inédite de se faire entendre dans le cadre d’une mobilisation massive face à un gouvernement affaibli, qu’il sera possible de libérer toutes les forces de notre classe, toute la colère latente qui existe dans le pays aujourd’hui.

Le pari des directions syndicales est de garder un contrôle absolu sur la contestation par peur du débordement, à l’inverse, nous sommes convaincus que c’est quand chaque gréviste s’engage pleinement dans la construction de la mobilisation que celle-ci se renforce. Pour avancer dans cette direction, construisons les premières AG et rencontres interpros partout où cela est possible ! Face à un gouvernement qui veut passer en force et le plus vite possible, il n’y a pas de temps à perdre pour prendre cette lutte dans nos propres mains.


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Gaëtan Gracia, CGT Ateliers de Haute-Garonne

Militant à la CGT Ateliers Haute-Garonne
Twitter : @GaetanGracia

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