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Témoignages : les travailleurs contraints de travailler malgré la crise sanitaire

Alors que le gouvernement a annoncé des mesures sanitaires strictes, de nombreuses entreprises exigent que leurs salariés continuent de travailler. Ces conditions de travail sont dégradées et même dangereuses quand on connaît le risque que constitue le coronavirus.

mardi 17 mars

Photo : AFP / Caissière travaillant sans protections

Les mesures annoncées par le gouvernement hier soir ont été claires : pendant 15 jours le confinement sera strictement encadré. Nul ne pourra sortir sans attestation sur l’honneur de l’importance d’être à l’extérieur et des contrôles seront assurés par le déploiement de 100 000 policiers et gendarmes sur le territoire. Il est bien évidemment nécessaire de limiter les contacts et de ne pas relativiser le risque que constitue la pandémie. Pourtant toutes les décisions et mesures du gouvernement ne vont pas dans ce sens.

En effet certaines mesures n’ont pas la santé des travailleurs comme priorité mais plutôt le profit des entreprises qui doivent continuer à tourner. Ainsi aucune mesure n’est prise pour les restreindre et contraindre à respecter les règles sanitaires. Marie témoigne pour Révolution Permanente :

« Mon mari travaille dans une usine de cosmétiques, il est à la chaîne. On lui impose de travailler sans masque, ils sont 5 à 8 personnes par ligne de production tout juste avec une distance d’un mètre. On nous impose de rester chez nous mais les grandes entreprises font ce qu’elles veulent ! »

Pourtant les mesures de sécurité voudraient qu’on reste au moins à 2 mètres d’écart - déjà que les conditions de travail décrites à la chaîne sont laborieuses et dangereuses en temps normal ! Le gouvernement cherche à justifier son tournant autoritaire et le déploiement de 100 000 policiers et gendarmes qui pourront contrôler et mettre des amendes jusqu’à 138€ pour violation des règles de sécurité mais il n’a aucun sens alors que les travailleurs continuent pour beaucoup de se rendre sur leur lieux de travail.

Les grands patrons ont ainsi la pleine liberté de choisir pour les travailleurs, ce qui les contraint à des conditions de travail de plus en plus précaires. Kévin en témoigne également :

« Nous sommes un couple de 27 et 28 ans, sans enfants (heureusement vu la situation économique et sanitaire actuelle). Ma petite amie est en CDD chez Lyreco à Marly, elle a été mise en chômage plein jusqu’à nouvel ordre. Soi-disant les CDD ont été cassés... Une honte alors que le personnel en CDI a été mis en télétravail. Moi je travaille chez Vallourec en intérim depuis plus d’une semaine. Ils ne ferment pas l’usine. On nous martèle de rester à la maison dans les médias mais nous n’avons pas le choix. Bien entendu notre chef d’atelier nous a dit que si on craignait la chose nous pouvons rester chez nous...Quelles seront les conséquences sur les contrats... On connaît déjà la réponse. »

Pour préserver leurs profits, les patrons mettent leurs salariés en chômage partiel et même plein parfois, d’ores et déjà ils mettent en place de grands plans de licenciement. Les plus précaires sont bien évidemment les plus soumis à ces contraintes comme le démontre le témoignage ci-dessus pour les CDD ou les intérimaires. Ce sont bien les travailleurs qui sont les plus exposés au danger comme l’affirme Yannick :

« Je suis facteur à la poste. Nous sommes au premier plan. On partage nos stylos avec les clients ça passe de mains en mains. Ils signent les recommandés avec le doigt. On ferme et ouvre les portes. On a droit à une bouteille de gel hydroalcoolique. Même pas de lingettes pour nettoyer le téléphone. Le courrier avant tout. »

Il serait difficile de ne pas maintenir des métiers comme celui d’un facteur mais des conditions sanitaires maximales doivent être déployées : tout d’abord des masques, des gants, etc. Le problème du matériel est le même partout, à la RATP aucun équipement n’est donné aux employés ; mais d’ores et déjà de nombreux secteurs exercent leur droit de retrait quand ils estiment que leur santé est mise en danger.

De surcroît un dépistage gratuit et obligatoire pour tous et toutes devrait être assuré ! Le budget nécessaire à ces mesures existe mais il est investi autre part, Macron a débloqué des prêts de l’Etat à hauteur de 300 000 milliards d’euros pour les entreprises et ces dernières ne paieront pas leur loyer pour compenser les pertes de la crise.

Concernant les entreprises qui ne sont pas immédiatement nécessaires aux intérêts de la majorité de la population - comme l’usine de production de maquillage évoquée plus haut - elles doivent laisser leurs employés confinés chez eux et les rémunérer intégralement. Camille habite dans le grand-est où la propagation du virus est particulièrement importante :

« Une usine qui fabrique du plastique ne ferme pas ses portes malgré le risque accru, étant donné qu’ils sont plus de 2 000 dans l’usine ils devraient fermer par bon sens et pour privilégier la santé des salariés plutôt que le profit. C’est INEOS à Sarralbe en Moselle (grand est). Mon coloc va faire un arrêt maladie pour ne pas y aller car il a peur, il a déjà eu une pneumonie étant plus jeune et a failli y rester. Déjà que cette usine ne devrait plus être ouverte car il est temps de cesser la fabrication du plastique, là c’est incompréhensible qu’elle se mette pas en pause, toujours le profit avant les gens c’est une honte ! »

Tous les travailleurs devraient pouvoir rester chez eux en sécurité tout en percevant intégralement leur salaire. Mais encore laisser les entreprises aux mains des capitalistes ne peut être que anarchique, l’Etat doit réquisitionner les entreprises et réorganiser la production selon les intérêts de la majorité et sous contrôle des travailleurs eux-mêmes. Alors qu’Edouard Philippe explique que l’on peut aller travailler en toute sécurité mais pas se rendre à un enterrement, les travailleurs ont choisi de se mobiliser. Débrayages et droit de retrait ont ainsi été choisi comme mode de mobilisation pour les travailleurs afin d’imposer la fermeture des entreprises et usines « non essentielles ». Alors que le gouvernement continue de favoriser les patrons, les travailleurs s’organisent.