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« Un conflit qui pourrait paralyser le réseau TGV » : vers une grève dans les technicentres SNCF ?

A l’issue des NAO 2023, la direction de la SNCF a proposé seulement 1,8% d’augmentation salariale, la colère monte chez les agents de la maintenance, qui est un des secteurs les plus précaires du rail.

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« Un conflit qui pourrait paralyser le réseau TGV » : vers une grève dans les technicentres SNCF ?

Finalement, deux organisations syndicales, l’Unsa Ferroviaire et la CFDT Cheminots, ont accepté le projet d’accord sur les salaires soumis par la SNCF dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. La direction de la SNCF s’est engagée à une augmentation générale des salaires de 1,8%, et à une « augmentation moyenne » de 4,8%. Afin d’inciter à « travailler plus, pour gagner plus », la SNCF a promis également une hausse de la prime de nuit, et de travail les jours fériés et le dimanche ainsi qu’une prime ponctuelle de 400 euros.

Une logique qui tend à s’éloigner de véritables augmentations de salaires en échange de la hausse d’indemnités ou de primes « au mérite » ou selon l’échelon, qui sont par définition temporaires. A l’inverse, les syndicats qui n’ont pas signés l’accord, exigeaient des augmentations du salaire brut. Ainsi, la CGT cheminots exigeait une hausse de 12% et Sud Rail une augmentation de 400 euros par mois pour tous et toutes.

Face à cet accord qui ne permettra pas de garantir un salaire suffisant en pleine explosion des prix, les sections SUD Rail de 5 technicentres TGV se sont rencontrées pour mettre en place une plateforme de revendications communes. Dans un tract du 18 décembre, ils expliquent avoir été reçus par la direction le 13 décembre et avoir « interpellé la direction sur les questions centrales liées à la rémunération des agents du matériel ». Ils revendiquent centralement une augmentation salariale de 400€ pour tous et toutes, le doublement de la prime opérationnelle ou encore la revalorisation de la prime de nuit et de travail.

Dans le cadre des négociations d’une prime journalière pour les Jeux olympiques et paralympiques, la direction de la SNCF propose une prime de 50 euros par jour qui exclue les agents de la maintenance. Sud Rail revendique également une prime journalière de 80€ pour l’ensemble des cheminots, y compris ceux de la maintenance ! Le message envoyé par les syndicats est clair : « si la direction fait la sourde oreille, elle prend le risque de rentrer dans un conflit qui pourrait paralyser l’ensemble du réseau TGV ! » A l’heure où la direction de la SNCF incite les cheminots à poser leurs congés en dehors de la période des JO, et alors que les agents du matériel vont voir leur charge de travail augmenter bien avant le début des Jeux, la colère monte dans les technicentres.

La maintenance du matériel : un secteur précaire à l’origine de plusieurs grèves dures

En 2019 tout le monde a découvert les petites mains invisibles qui réparent les trains. Une grève première grève sauvage, c’est-à-dire sans préavis de grève et sans DII (délai de prévenance de 48h pour se déclarer gréviste, obligatoire à la SNCF), éclate au Technicentre de Châtillon suite à la remise en cause d’un accord local. La grève s’étend à plusieurs autres technicentres. En juin 2023, une deuxième grève « sauvage » se déclenche à Châtillon contre le passage en force de la réforme des retraites.

Ces grèves sectorielles permettent d’arracher plusieurs mesures locales, mises en place unilatéralement par la direction de la SNCF pour calmer la colère montante. La direction a ainsi accordé plusieurs primes au niveau national, dont une prime de nuit qui a été étendue à près d’une centaine de travailleurs du technicentre qui en bénéficient depuis la grève de juin 2023 où le minimum de nuits a été descendu de 80 à 65 nuits annuelles. Cette prime de nuit est une forme de reconnaissance de l’effort qu’implique le travail de nuit mais ces primes ne sont pas suffisantes et, comme toutes les primes, elles ne comptent pas pour la retraite. De plus, ces primes ne comptent pas non plus dans nos fiches de paie lorsqu’on est en arrêt de travail.

Le montant de cette prime de nuit est nivelé en fonction du nombre de nuits effectuées par an : à partir de 65 nuits annuelles, l’agent gagne 10€ par nuit, à partir de 100 nuits, 15€ par nuit et pour plus de 120 nuits, 20€ par nuit. A partir du postulat selon lequel les trains ne peuvent être réparés que la nuit, la direction cherche à profiter de la précarité du secteur pour inciter au travail de nuit, augmenter les cadences, tout en « récompensant » de manière différenciée les agents. D’ailleurs, les travailleurs en 3x8 ou en 4x8 ne bénéficient pas de cette prime parce que leur nombre de nuits annuel est trop bas pour y avoir droit.

Or, quel que soit le nombre de nuits travaillées, tous les travailleurs devraient toucher la même somme. Depuis, 3 ans cette prime génère beaucoup de colère dans les TM TGV, en plus de la question des salaires bas et des difficultés qu’à la SNCF aujourd’hui pour recruter dans ce secteur où le sous-effectif chronique se développe d’année en année. Aujourd’hui, la plupart des nouveaux entrants restent entre 3 à 5 ans avant d’aller voir ailleurs. Pour la direction, cela serait dû à « la réalité du marché du travail aujourd’hui ». Une façon de se dédouaner totalement de la question des salaires, des réorganisations et de sa politique d’accompagnement de la privatisation et de la casse du ferroviaire.

Dans le même temps, la combinaison entre le faible nombre d’embauches et les multiples démissions crée des problèmes chroniques d’effectifs. Certaines équipes souffrent directement du manque de personnel qui se répercute forcément sur les travailleurs qui voient leurs congés être refusés, subissent une augmentation des cadences, et des problèmes dans la formation des personnels (car quand le personnel est en formation il ne produit pas). Les autres personnes lésées sont celles qui travaillent sur des postes de journée, où les salaires sont parmi ceux les plus bas de l’entreprise, pour certains en dessous du SMIC compensés par une prime de travail.

Pour la région Ile de France, la direction a mis en place une prime opérationnelle pour compenser le coût de la vie, mais encore un fois en lésant d’autres villes où le coût de la vie est tout aussi important. Cette prime devrait être généralisée partout en France et son montant doublé pour les cheminots travaillant de journée.

Laisser s’exprimer la colère des cheminots des technicentres et l’élargir à l’ensemble des travailleurs à l’approche des JO !

Comme nous l’écrivions en novembre, il y a fort « à parier que comme pour le bilan financier de l’année 2022 qui s’est clôturé avec un bénéfice de 2,4 milliards après impôts et 41,4 milliards de chiffre d’affaire, la direction annonce aussi pour l’année 2023 un nouveau record de profits. L’entreprise a déjà réalisé un premier semestre avec 20,7 milliards de chiffre d’affaire, une augmentation de 2,2% par rapport au premier semestre 2022. C’est donc plus de 8 milliards de bénéfices qu’aura engrangé la SNCF sur l’espace de 5 années. Des marges considérables pour une entreprise de service publique, qui n’en reverse qu’une part microscopique aux cheminots. ». Au regard de ces chiffres, la proposition de l’augmentation de 1,8% apparait comme un crachat aux visages des cheminots, tout comme l’annonce le 12 décembre par Jean-Pierre Farandou qui déclarait que le prix des billets va augmenter de 6% en 2024.

La colère qui monte dans les technicentres n’est pas une exception, et l’ensemble des travailleurs des transports, à l’image des machinistes des dépôts de bus de région parisienne partis en grève depuis septembre, subissent l’impact de l’ouverture à la concurrence, l’inflation, les conditions de travail dégradées et les salaires trop bas.

A l’approche des JO, où les travailleurs des transports seront une pièce maîtresse, il est temps de se coordonner, en partant des secteurs qui se mobilisent d’ores et déjà, par la grève et les débrayages, pour établir des revendications communes et augmenter le rapport de forces. Nous avons les mêmes problèmes et les mêmes patrons voyous. Le gouvernement, le patronat des transports et Ile-de-France Mobilités sont fébriles et savent pertinemment que les JO ne pourront pas avoir lieu sans les cheminots et plus largement sans les travailleurs des transports. Faisons entendre notre voix, établissons un plan de bataille et mobilisons-nous ensemble pour arracher des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail, à l’image de ce qui se prépare dans les technicentres TGV de la SNCF.


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