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Utiliser la lutte contre les inégalités pour ouvrir les écoles ? Ce gouvernement n’a honte de rien !

Dans son dernier discours, Macron annonçait que l'objectif de la réouverture des écoles était de lutter contre les inégalités scolaires. En réalité, les inégalités scolaires sont d'abord sociales. Elles sont déjà bien ancrées par les politiques de casse de l'Education nationale et des politiques d'austérité successives qui touchent les travailleurs les plus précaires.

mardi 21 avril

Emmanuel Macron a annoncé que les crèches, écoles, collèges et lycées rouvriraient « progressivement » à partir du 11 mai. C’est la date de la fin du confinement annoncée par Emmanuel Macron lors d’un discours télévisé, le lundi 13 avril et repris par Edouard Phillipe lors de la conférence de presse ce dimanche.

« Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents, c’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes », a expliqué le chef de l’Etat. Les personnels de l’éducation, les parents et les enfants ont eu de quoi bondir en entendant cette justification.

Ce mardi 21 avril, pour appuyer les annonces irresponsables de Macron, Jean-Michel Blanquer justifiait en affirmant qu’il n’y a pas que le COVID-19 qui fait des morts pour mieux dévoiler son non-plan de retour à l’école !

L’école, c’est zéro pointé en termes d’égalité !

Toutes les études ces dernières années (enquête PISA, Le Conseil national d’évaluation du système scolaire – Cnesco) observent toutes le même constat : l’école fabrique et reproduit les inégalités. Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer qualifiait les derniers résultats de l’enquête PISA internationale en 2018 (qui évalue les systèmes scolaires du monde entier) d’« honorables », alors même que la France fait partie de la tranche inférieure des pays développés.

Il existe un véritable déterminisme social et géographique qui préside aux destinées des enfants, qui oblige les élèves des quartiers populaires et défavorisés ou des milieux ruraux à revoir leurs ambitions à la baisse, à s’empêcher de penser et de rêver aux meilleures formations, à penser que ça n’est pas fait pour eux.

C’est ce que les travaux du sociologue Pierre Bourdieu ont mis en lumière, en faisant le constat d’une corrélation entre l’origine sociale d’une part et l’orientation scolaire d’autre part, mais aussi en montrant que l’école joue un rôle de légitimation et de reproduction des inégalités sociales. L’école reproduit le modèle culturel des catégories sociales favorisées qu’il légitime. Elle sélectionne ceux qui sont capables de se l’approprier et rejette les enfants des classes populaires qui échouent à en assimiler les codes.

Les responsables des inégalités sociales, c’est ce système !

Les inégalités scolaires tant pleurées par Macron et son gouvernement ne sont donc que le reflet des inégalités sociales systémiques. De plus, depuis des décennies, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont mis en œuvre une politique d’austérité et de détérioration des conditions d’études pour les élèves et des conditions de travail pour les enseignants et les personnels.

A l’école, Blanquer est lui même le premier artisan de la casse de l’Education nationale qui favorise l’école à deux vitesses. Il est aussi un ministre d’un gouvernement libéral qui ne cherche que la rentabilité au service du patronat qui n’hésite pas à continuer à faire travailler les salariés dans secteurs non-essentiels pour le seul profit des patrons. Aujourd’hui, la précipitation à rouvrir les écoles vient du désir du Medef de déconfiner tout le monde le plus vite possible au détriment de la santé des travailleurs.

Pour ne prendre qu’un exemple, le gouvernement parle d’inégalités et pourtant, dans certains départements comme le 93, il n’y a eu récemment aucune ouverture de classe alors que les effectifs augmentent d’années en années. De même dans le 92, les cartes scolaires ne proposent que des fermetures de classes dans les quartiers les plus en difficulté.

Dans les départements les plus populaires, le confinement policier est le plus durement vécu à coups de violences systématiques envers la population. Les populations les plus pauvres, enfermées souvent dans des petits logements parfois insalubres, n’ont pas de quoi s’alimenter et ne reçoivent aucune aide pour faire face à la fermeture des cantines.

Une fois de plus, ce n’est pas grâce à cet Etat au service des patrons que les aides viennent mais bien de solidarités dans les quartiers populaires d’associations d’aides alimentaire ou même d’expériences de travailleurs à l’instar de salariés d’un restaurant McDonald’s à Marseille qui ont décidé de récupérer le restaurant pour faire de la distribution de colis pour les familles dans le besoin.

Exigeons une autre école pour une autre société

De manière urgente, les enseignants demandent des garanties pour la reprise et aucune mesure concrète de protection optimale des personnels et élèves n’est annoncée. Mais il est essentiel de réfléchir à l’école d’après et d’exiger des embauches massives de personnels d’éducation, des moyens dignes et l’ouverture de classe suffisantes dans tous les quartiers dans toutes les régions pour un même droit à l’éducation.

C’est aussi le moment de réfléchir à une école émancipatrice. Pour les enseignants comme pour les élèves et l’ensemble de la société, la situation de crise que nous traversons force à penser quelle école nous voulons et dans quelle société nous la voulons !

Si aujourd’hui la situation accentue les inégalités entre les élèves, elle ne freine pas Blanquer dans ses mesures de dégradation des conditions de travail et d’études, voire elle lui permet d’en avancer certaines. Il est certain que demain, les enseignants, nous aussi, devrons exiger un service public de qualité, une éducation publique épanouissante pour toutes et tous.

Construire une école de l’égalité, cela passera par un renversement de cette société qui produit les classes sociales. Et pour la renverser, il faudra s’unir pour lutter ensemble contre ce système.

N’hésitez pas à vous inscrire au comité virtuel de Révolution Permanente pour discuter de ces questions.

Une rentrée le 11 mai ? Macron a annoncé que le déconfinement commencerait par la réouverture des écoles le 11 mai. Pourtant, aucun plan de bataille ne semble se dessiner pour cette réouverture des établissements scolaires en temps de pandémie mondiale. Comment avoir confiance dans les annonces d’un gouvernement qui n’a pas su jusqu’alors gérer la crise ? Pour nous, cette réouverture est davantage dictée par des préoccupations économiques que sanitaires. Venez en discuter le jeudi 23 avril à 17h sur Zoom, avec les militant.e.s de l’éducation qui animent le site Révolution Permanente.
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