Politique

Divisés nous sommes faibles. Unis nous sommes grands

Contre la répression, pour le « tous ensemble » et un programme de combat !

Publié le 29 novembre 2016

Alors que la loi travail commence à s’appliquer, ceux qui ont osé lutter contre sont réprimés. Procès, sanctions, licenciements tombent par centaines ces derniers mois. Contre toute division de notre camp, nous devons répondre en étant unis, soudés face à ces attaques et celles que nous prépare le prochain gouvernement. Nous devons pousser nos confédérations respectives à l’unité d’action, en défendant un programme de combat comme la droite prépare le sien.

Camille Pons

 
La lutte réprimée pendant, mais aussi après...
Si la mobilisation contre la loi travail a été fortement réprimée pendant 4 mois, la répression se poursuit, voire s’amplifie ces derniers mois. Le nombre de procès, sanctions, licenciements pour fait de grève, etc. se compte par centaines. Autour d’un millier selon certains recensements. 400 dans le seul secteur de la SNCF.

De nombreux militants et manifestants se voient convoqués par la justice, sans même avoir eu besoin souvent de ne rien commettre. Parfois, le procès consiste à justifier une intervention policière « musclée », en retournant l’accusation, souvent via l’accusation « d’outrage ». Ailleurs, un licenciement vient punir la participation aux mobilisations.

Mais ce que l’Etat craint d’avantage, et tient donc à réprimer plus que tout, ce sont les signes d’insubordination ouvrière. Qu’un manifestant, en plus de lutter pour ses droits, franchisse d’un orteil la ligne jaune des cortèges bien rangés et des grèves « chacun chez soi », ou ait seulement l’air d’en avoir l’intention, qu’il faut tuer dans l’œuf les premiers signes. Que les dockers du Havre ne se laissent pas faire, et il faut les punir. Qu’on occupe le Medef, comme les intermittents, et il faut un procès. Qu’on arrache une chemise... Qu’on séquestre un patron (dont le plan a déjà provoqué 12 suicides)...
Ce qui hante le patronat, c’est le spectre de l’insubordination ouvrière. Le spectre des Air France. Le spectre des Goodyear.

Les futurs dirigeants l’ont bien compris

 
La primaire de droite a tranché, ce sera un candidat de droite dure pour 2017. Un candidat, et une droite, qui tire ses propres enseignements de la lutte passée. Pour appliquer son programme, il fait le pari d’un bras de fer avec les syndicats dits « contestataires ». Des syndicats « faibles  » et « dogmatiques » selon Fillon, et qu’il se prépare à casser. On notera au passage un positionnement différent vis-à-vis de la CFDT, dont il n’oublie pas l’utilité qu’elle avait eu en 2003 déjà, pour qu’il fasse passer sa réforme des retraites.

Bref, le nouveau chouchou des patrons se prépare à une « guerre éclair », en utilisant pour faire passer des profondes réformes « tout ce que permet la Vème République  » en termes d’ordonnances, décrets et 49.3. Et s’il y a résistance, il enverra les gendarmes, comme cela a été fait pour débloquer les dépôts pétroliers, «  en 48H  », admire-t-il, ou appliquera la même méthode qu’en 2003 : « là où il y a blocage, il y aura déblocage ».

Attaques éparses, réponses dispersées. Une limite...

 
La dispersion des attaques, en divers procès et sanctions, au cas par cas, étalés dans le temps, contribue à diviser nos rangs, à nous donner une vision éclatée de notre classe et à individualiser les questions.

La même logique sous-tendait d’ailleurs l’article 2 de la loi, sur l’inversion de la hiérarchie des normes : pouvoir mener les attaques, sociales ou répressives, entreprise par entreprise, ce qui permet un meilleur rapport de force.
Procès des Air France en septembre, des GoodYear en octobre, convocation au tribunal de deux dockers le 25 novembre, procès de Loic de "Jolie Môme" le 8 décembre, d’Adil, postier du 92, le 13 décembre, etc...

La liste est longue, mais mériterait une réponse d’ensemble, tous ensemble, comme le propose par exemple la CGT Goodyear.

Quelles conditions pour réaliser ce « tous ensemble » ?

 
Mickaël Wamen le dit, les Goodyear vont interpeller la confédération CGT pour rendre possible cette unité d’action. En effet, la stratégie de la direction de la CGT après le baroud d’honneur du 15 septembre a été jusqu’à présent la lutte « entreprise par entreprise ».
Même si celle-ci avait publié un communiqué le même jour, intitulé « Vous avez dit baroud d’honneur ?  », qui disait notamment : « La CGT continuera de se battre pour, sur tous les terrains, empêcher l’application de cette loi, point par point, mesure par mesure, que ce soit au niveau local, dans les entreprises avec les salariés ou nationalement, tout comme devant la justice.  »

Dans le même esprit, le secrétaire général Philippe Martinez expliquait le 31 août au Havre, alors que deux dockers était interpellés, que « toute la CGT va se mobiliser pour dénoncer ce cas  ». Cela aurait été en effet un bon départ. Car même si les directions syndicales ne sont pas les seuls facteurs déterminants, elles ont néanmoins la possibilité de mettre en mouvement leurs militants, de les unifier sur une campagne plutôt que de laisser les équipes isolées.
Déjà face à la possibilité d’un front large contre la répression à Amiens, les 19-20 octobre, la confédération n’avait pas cherché à mobiliser. Et après le rendu du procès, le mensuel Ensemble de la CGT ne le mentionnait que dans un tout petit encadré, pour expliquer que le ex-salariés étaient « soulagés », alors que, même si la peine était passée en appel de 9 mois ferme à 2 ans de sursis, soit une avancée limitée, les Goodyear veulent au contraire poursuivre la lutte.

La première condition est donc de dépasser tous les obstacles, les freins, empêchant le « tous ensemble" ». Nous pourrions organiser "une grande réunion de coordination de toutes les équipes syndicales et militantes d’entreprises, dans les administrations, les écoles, les lycées et les facs, qui souhaitent se solidariser à tou-te-s les camarades qui sont aujourd’hui dans le viseur des juges", et ainsi nous préparer pour les batailles à venir.

Cela ferait une grande différence avec la ligne actuelle, consistant à ce que Martinez demande poliment la mise en place d’une loi d’amnistie depuis 2012.

Une telle coordination ne se limiterait pas à un programme défensif, de lutte contre la répression, mais aussi de commencer à élaborer un programme de combat, tout comme la droite et le patronat élaborent le leur. Un programme qui, en tirant le bilan de la mobilisation passée, avance les solutions des travailleurs à la crise.

Un programme, quel programme ?

 
Un programme qui, premièrement, a manqué aux secteurs combatifs mais minoritaires, pour entrainer avec eux le reste de la population, pourtant largement du côté du mouvement. Un programme qui, face à l’absurdité consistant à pouvoir faire travailler certains 60h/semaine tout en mettant les autres au chômage, pouvait revendiquer de partager le temps de travail. Et entrainer des chômeurs dans la bataille. Un programme qui, face à la précarité croissante, pouvait revendiquer la titularisation des interim’, CDD, contrats courts. Comme certaines équipes syndicales l’ont fait. Un programme qui, face à la mobilisation secteurs après secteurs, revendique le front unique de tous les ouvriers en lutte. Comme beaucoup y appelaient. Un programme qui, face à la répression policière, ne tergiverse pas, dénonce clairement, comme l’a fait la CGT Info’Com. Et ainsi se solidariser des secteurs les premiers concernés par la question, dans les quartiers populaires. Dans le sens du front de lutte pour les droits démocratiques dans lequel interviennent Assa Traoré, Guillaume Vadot, Romain Altman, Amal Bentounsi, etc..

Enfin, un programme qui devra être élaboré et défendu par tous les secteurs en lutte, sur la base de bilan donc, et cherchant à unifier notre camp, à entrainer des alliés, pour que les capitalistes payent eux-mêmes leur crise. Rien n’empêche, si ce n’est de ne pas oser le tenter, d’appeler à un grand rassemblement, une rencontre, un Congrès, de tous les secteurs en lutte pendant la loi Travail. Des raffineurs aux cheminots, en passant par les routiers, le secteur de l’énergie, des déchetteries, de l’automobile, etc. Chaque secteur est largement en mesure de se réunir, de débattre démocratiquement de ces questions, en organisant des assemblées ouvrières partout où c’est possible, et d’envoyer une délégation ensuite pour, avec les autres secteurs, tracer les perspectives, le programme, le plan de bataille. Face au gouvernement à venir, c’est le « minimum syndical » dont nous avons besoin.