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Biélorussie. Un militant engagé contre le régime de Lukachenko battu à mort au poste de police

Mercredi soir, après avoir été arrêté dans un square, Roman Bodarenko, âgé de 31 ans, a été transféré du poste de police de Minsk à l’hôpital en urgence, souffrant de nombreuses blessures et d’un traumatisme crânien, auquel il a succombé le lendemain. Le jeune homme était un artiste engagé dans le mouvement de contestation national contre le président frauduleusement élu.

samedi 14 novembre

C’est sur la « place des changements », dans une cour d’immeuble du quartier nord de Minsk, que Roman Bodarenko a été arrêté mercredi soir. Une place qui s’est transformée en lieu de vie emblématique de la révolte populaire initiée le 9 août, ornée de fresques, de symboles et de drapeaux contre le président Lukachenko frauduleusement réélu, mais qui est régulièrement saccagée par des groupes fascistes ou des policiers en civil. Selon les témoins ce soir-là, le militant s’était interposé face aux vandales, par lesquels il s’est violemment fait frapper avant d’être arrêté par des policiers en civil, embarqué dans une camionnette banalisée, et emmené au commissariat.

Le soir même, seulement 2h après son arrestation, il est transféré dans un hôpital de Minsk en urgence pour une « intoxication à l’alcool » selon les autorités. Mais les médecins interrogés par le média indépendant Tut.by démentent ces affirmations, et assurent l’avoir découvert inconscient, couvert d’hématomes, et souffrant de lésions cérébrales, avant de devoir le placer en coma artificiel. La mort de Roman Bodarenko sera annoncée à la famille jeudi soir à 20h. Dans une vidéo, la sœur de Roman confirmera qu’il était conscient avant son embarcation, et accuse la police de l’avoir roué de coups dans le van.

La mort de Roman a suscité une large émotion dans la population. Le soir même, deux jours avant [la manifestation désormais hebdomadaire de protestation contre le régime https://www.revolutionpermanente.fr/Bielorussie-Des-manifestations-monstres-mettent-Loukachenko-en-difficulte], des rassemblements ont lieu dans tout le pays pour lui rendre hommage et dénoncer la répression meurtrière à laquelle fait face le mouvement.

Alors que le gouvernement appelait à user d’armes létales pour réprimer le mouvement le mois dernier, alors qu’il était déjà dénoncé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme pour le fait d’employer de « torture généralisée et arrestations arbitraires de manifestants pacifiques en Biélorussie », entre les milliers d’arrestations à chaque manifestation, au cours desquelles des centaines de personnes ont été victimes de tortures, Roman serait ainsi aujourd’hui la sixième victime ayant perdu la vie entre les mains de la police biélorusse depuis le mois d’août.

La réaction spontanée et massive de la population jeudi soir à l’annonce de la mort de Roman montre que le mouvement ne désemplit pas. Ce week-end encore, des dizaines de milliers de manifestants ont battu le pavé à travers le pays pour faire tomber le gouvernement avec notamment la mobilisation du personnel soignant devant les hôpitaux de Minsk. Ils ont de nouveau essuyé une nouvelle vague de 800 arrestations. Face à cette répression, il est nécessaire pour le mouvement d’organiser leur défense sur les lieux de luttes, c’est-à-dire dans les quartiers, là où l’arrestation a eu lieu, mais aussi dans les usines, les entreprises pour permettre de renverser le rapport de force, généraliser les grèves et prendre le contrôle de l’appareil démocratique du pays, seul moyen de faire tomber le régime de Lukachenko qui n’hésite pas à tuer pour conserver le pouvoir.




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