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#FueraPiñera

Chili. L’auto-organisation se met en route à Santiago et à Antofagasta (partie I)

Le week-end dernier, plus 500 personnes se sont réunies à Antofagasta, et environ 300 ont participé à la rencontre #FueraPiñera à Santiago. Travailleurs, étudiants et riverains ont discuté des mesures à prendre pour faire face à la répression et organiser la grève générale jusqu'au départ de Piñera.

jeudi 14 novembre

Samedi 9 novembre a eu lieu à Santiago la Rencontre ouverte #FueraPiñera à l’Hôpital Barros Luco, lieu emblématique de la ville, organisée par le Fenats (syndicat travailleurs de la santé), avec le Cordón Santiago Centro ; et à Antofagasta la rencontre de secteurs en lutte organisée par le Comité d’urgence et défense [Comité de Emergencia y Resguardo], instance mise en place par le collectif Antofagasta du Collège des Professeurs et qui regroupe des travailleurs, résidents, professionnels, étudiants, et qui a fonctionné comme un centre de mobilisation.

Pour comprendre quelle est la potentialité stratégique de ces rencontres, nous avons interviewé Fabián Puelma, dirigeant du Parti des Travailleurs Révolutionnaires (PTR), organisation chilienne sœur du CCR, courant du NPA qui anime Révolution Permanente. Ceci est la première partie de l’entretien.
 
Révolution permanente : Tu peux nous raconter qui était présent samedi à la Rencontre ouverte #FueraPiñera à Santiago ?
 
Fabián Puelma : A Santiago, près de 300 personnes ont participé à la rencontre #FueraPiñera. Outre le Fenats de l’hôpital Barros Luco et le Cordón Santiago Centro, des représentants des travailleurs de l’Hôpital Sótero del Río et de l’Hôpital Dr Eloísa Díaz de La Florida y ont participé. Des organisations de défense des droits de l’homme telles que la Commission éthique contre la torture, le Bureau du Médiateur et la Commission chilienne des droits de la jeunesse (CODEJU) y étaient, ainsi que des représentants du Lycée 7 de Santiago, des compagnies artistiques comme Tarea Urgente et des artistes comme Evelyn Cornejo.

RP : Et à Antofagasta ?

FP : La Rencontre d’Antofagasta est très importante, déjà par la présence de 500 personnes, représentant une partie importante des travailleurs, des étudiants et des organisations populaires qui ont mené la rébellion dans la région, y compris les secteurs stratégiques de la classe ouvrière. Parmi eux, le Collège des Professeurs, Constramet Nord (syndicat de l’industrie), l’Unión Portuaria (dockers), la Coordination No+AFP (Non aux Administrateurs de Fonds de Pension), des membres du Front de Travailleurs Mineurs et de syndicats de la santé. Des organisations de résidents de Cachimba del Agua, Playa Blanca et Miramar ont également participé. En même temps, des représentants de l’Association Site et Mémoire Providencia, de l’Assemblée des Psychologues, de l’Assemblée des Artistes du spectacle et des étudiants du secondaire, des représentants de la Zone Clinique de l’Université d’Antofagasta et des étudiants de l’INACAP s’y sont joints.

RP : Quelles ont été les discussions ?

FP : Comment organiser et mener une véritable grève générale pour pousser Piñera à partir a été une discussion concrète. Pour cela, un "conseil exécutif" [mesa ejecutiva] a été formé pour maintenir la coordination des différentes organisations présentes.

Un des exemples de ce dialogue entre travailleurs, habitants, professionnels et étudiants a été exprimé par les habitants de la Cachimba del Agua. "Nous sommes les seuls à avoir coupé la route à la compagnie minière parce que c’est le seul moyen de toucher la poche du président et cela fait mal ", a déclaré un de ses représentants.

Un autre point important de discussion de la Rencontre a porté sur l’importance stratégique des mineurs, secteur capable de paralyser l’économie, et sur le rôle que les étudiants, les résidents et les travailleurs d’autres secteurs pourraient jouer pour convaincre plus de monde et organiser la grève. L’une des résolutions adoptées a été de demander aux chauffeurs de bus qu’ils mettent les transports à la disposition de la mobilisation des manifestants.

RP : Il y a eu d’autres sujets abordés dans ces rencontres ?

FP : Oui, une des questions clés à l’heure actuelle : comment faire face à la répression du gouvernement. Une grande campagne nationale et internationale contre l’agenda répressif de Piñera, pour le procès et le jugement des assassins du peuple, pour la liberté des détenus et pour le droit de manifester était un point commun entre les deux réunions. Une véritable urgence dans un contexte où la répression brutale se maintient, avec des cas aberrants comme celui de Gustavo Gatica, qui a reçu des projectiles dans les deux yeux. La nécessité vitale de renforcer l’auto-organisation pour se défendre de la répression en a été l’une des résolutions. Nicolás del Caño -député national et dirigeant du PTS, ex-candidat à la présidence Argentine pour le Front de Gauche et des travailleurs-Unité (Fit-U)-, présent à la Rencontre de Santiago, a promis de promouvoir une campagne internationale contre la répression aussi large que possible.

RP : Quel est le positionnement adopté par rapport à la grève générale du 12 novembre appelée par la mesa de Unidad Social pour un changement constitutionnel ?

FP : Autant à Antofagasta que à Santiago a été largement votée la préparation active de cette grève, avec les revendications Dehors Piñera  et aucune négociation avec ce gouvernement assassin. Cela marque un contrepoint aux politiques du PC et du Frente Amplio à la Mesa Social, qui rejettent la lutte pour dégager Piñera en faveur d’un "dialogue sans exclusion" avec un gouvernement répudié et taché de sang. Ces organisations impulsent d’ailleurs des cabildos, sortes de comités de base, mais à caractère délibératif, sans pouvoir de décision sur les actions ni le programme à suivre, ce qui reste malheureusement dans les seules mains des sommets dirigeants.
Une autre question fondamentale : dans les Rencontres il a été voté d’interpeller les organisations des masses, qui sont pour la plupart regroupées dans la Mesa Social, afin que les principales organisations syndicales et sociales incorporent à leurs mots d’ordre la lutte pour dégager Piñera, et la mise en place, de manière unitaire, des comités démocratiques et des coordinations, avec des délégués votés par les assemblées de base dans chaque lieu de travail, d’étude et dans les territoires, seul moyen d’organiser et de garantir une puissante grève générale dont le but ne sera pas un "dialogue" avec les assassins, mais d’organiser un plan de lutte pour chasser Piñera et son sanglant régime.




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