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Politique

70 écoles fermées et toujours pas de stratégie sérieuse pour la rentrée scolaire

Après la réouverture progressive du 11 mai, certains établissements ont déjà reculé et fermé leurs portes. Depuis lundi, c’est au tour des collégiens de retourner en classe. Pourtant, la mise en place d’une politique massive de tests se fait toujours attendre.

mardi 19 mai

Crédit photo : AFP

Jean-Michel Blanquer a confirmé, lundi 18 mai sur RTL, puis lors de son déplacement dans l’Eure, que 70 écoles avaient refermé leurs portes ou repoussé la reprise. Des décisions prises après la découverte de cas avérés ou suspectés parmi les enseignants, élèves et personnels : « Il y a plus de 40 000 écoles qui ont ouvert en France, sur 50 000, et il y en a 70 qui ont fermé depuis la semaine dernière ».

Des fermetures d’écoles décidées sur l’ensemble du territoire, en Charente, en Dordogne, au Mans, à Toulouse, à Nice, à Roubaix où 7 écoles ont fermé, ou encore en Mayenne, dans le Finistère, dans le Cantal, l’Indre-et-Loire, la Haute-Garonne et dans l’Hérault. A Sens ( Yonne) les 25 écoles sont restées fermées après la découverte de cas suspects dans le corps enseignant.

Des collèges ont également décidé de reporter leur rentrée comme le collège Gérard-Phillipe de Chauvigny (Vienne) où quatre cas de coronavirus ont été découverts, rapporte France Bleu Vienne, signale la non réouverture du collège René-Bernier à proximité de Nantes, après la détection d’un cas suspect chez un agent du personnel ou encore en Charente où France 3 Nouvelle Aquitaine note la poursuite de la continuité pédagogique à distance pour 5 écoles à Soyaux et la Couronne.

Depuis lundi : la réouverture des collèges

Une information qui ne semble pas réellement inquiéter le ministre, celui-ci arguant que les : « conséquences de ne pas aller à l’école sont beaucoup plus graves. Il y a beaucoup de médecins qui ont dit qu’il était moins dangereux d’aller à l’école que de rester à la maison. Nos enfants ne doivent pas être les victimes collatérales des mesures sanitaires. » ajoutant que le processus de réouverture ne devait en l’état, pas être remis en cause.

Ainsi le même jour 185 000 collégiens de 6e et de 5e reprenaient la route de l’école. Une semaine après les primaires et les maternelles, une partie des collégiens scolarisés dans les zones vertes étaient attendus en classe sur la base, toujours, du volontariat.

Comme pour les écoles un protocole sanitaire strict a été mis en place : lavages de mains fréquents et obligatoires, distanciation sociale, effectifs de classe réduits à 15 maximum, … A cela s’ajoute l’obligation du port du masque pour les collégiens, qui au contraire de leurs camarades du primaires sont jugés suffisamment matures pour cela. Un protocole dont semble se satisfaire Jean-Michel Blanquer, pour qui la fermeture de ces 70 écoles est l’illustration de son application stricte : « est d’abord l’illustration du fait que nous sommes stricts. C’est tout simplement de la prudence à chaque fois et l’application du protocole sanitaire strict. ».

Pour Jean-Michel Blanquer « il est inévitable qu’il y ait » des fermetures d’écoles et des nouveaux foyers de contamination : retour sur une rentrée sans stratégie à la gestion criminelle

Les scandales s’enchaînent pour le gouvernement quant à sa gestion de la crise : scandale des masques, des violences policières, des mesures pro-patronales et de la mise en danger de trop nombreux travailleurs au nom du profit de leurs patrons. L’Education nationale et son ministère ne dérogent pas à la règle, après avoir multiplié les atermoiements coupables pendant la période du confinement, c’est le sujet de la réouverture des écoles le 11 mai dernier, et de leur restructuration en véritable « garderie du Medef », qui vient s’ajouter à la longue listes des crapuleries gouvernementales.

L’annonce de la réouverture des écoles avait fait l’effet d’une bombe pour bon nombre de parents, enseignants et personnels. Après une fermeture tardive des écoles, l’annonce d’une rentrée prématurée réalisait une nouvelle fois une politique à contre-courant des règles les plus élémentaires de sécurité sanitaire. Puisque malgré la rédaction d’un protocole sanitaire de soixante-trois pages, le risque de voir apparaitre de nouveaux « clusters » de contamination n’est pas négligeable, dès lors qu’aucune politique massive de tests n’est instaurée, quand la pandémie est loin d’être maitrisée et que le prix des masques repose toujours sur les finances des familles, et lorsqu’enfin les professionnels de la santé alertent sur les risques inhérents à cette rentrée. C’est ce qu’affirme le praticien Patrick Bouet président du Conseil national de l’ordre des médecins : « déconfiner le milieu scolaire reviendrait à remettre le virus en circulation … Le virus pourra revenir dans les familles, restées confinées pendant deux mois ».

La nécessité d’une campagne massive de tests

Depuis plusieurs mois l’OMS, préconise une stratégie massive de tests, non seulement au début de l’épidémie, mais à tout moment de sa gestion. C’est avec ces mots que Tedros Adhanom Ghebreyesus s’exprimait en mars : « Test, test, test », un mot d’ordre plus que jamais d’actualité. Pour combattre un reflux épidémiologique le test à une échelle de masse est une condition nécessaire. La première mesure élémentaire qui aurait dû accompagner la réouverture des écoles est la mise à disposition de tests massifs et gratuits pour les enseignants, le personnel et les élèves « volontaires » symptomatiques ou non et de leurs familles dans le cas d’un test positif, afin d’éviter la propagation du virus et d’empêcher la constitution de nouveaux clusters.

La politique du gouvernement est tout autre, la gestion sanitaire se fait en réaction, à contre-temps, et donc par la fermeture des écoles après détection d’un cas positif. Une stratégie criminelle sur plusieurs points. En effet si Jean-Michel Blanquer se réjouit d’un caractère « minoritaire » de ces soixante-dix fermetures, il convient de rappeler que celles-ci sont soumises aux nombres de détections réalisées. Or sans tests c’est une politique aveugle que le gouvernement mène. En l’état il est impossible de savoir le nombre de contaminations dans les écoles. Le gouvernement est en réalité dans l’impossibilité d’identifier rapidement les cas positifs, de les traiter en conséquence et laisse l’espace à un rebond pour l’épidémie. A l’heure où la contamination des enfants fait toujours débat, et qu’une forme mortelle du virus pour les enfants, la maladie de Kawasaki, semble se développer cette stratégie est d’autant plus inquiétante, et l’urgence du test se fait plus que jamais ressentir.

Faire respecter les mesures sanitaires par des commissions autoorganisées de professeurs, parents d’élèves et personnels

Il paraît illusoire de faire confiance en ce gouvernement pour faire le compte des besoins et mettre en place les conditions de travail décentes pour les personnels de l’éducation et ce jusqu’à l’application de son protocole sanitaire. La semaine dernière nous relayions dans nos colonnes le témoignage édifiant d’un enseignant de Chennevières dans le 94 qui nous dévoilait les coulisses d’une « pré-rentrée », version déconfinement. Il raconte : « Je m’imagine donc arriver dans une école déjà préparée par les services municipaux, qui suivent les recommandations du protocole sanitaire de 53 pages. Et puis : Pas de masques à notre arrivée. Ils arriveront vers 11 heures, avec la mention sur la boîte : "Ce produit ne protège pas des contaminations virales ou infectieuses" ! Pas de gel hydroalcoolique. Nous avons occupé des tables, des chaises, touché la photocopieuse, ... Avec nos mains. Pas de savon dans tous les distributeurs des sanitaires. ». Une réalité partagée par bon nombre d’établissements de banlieue, qui déjà en temps normal manquent de tout, savon, fontaine à eau, papier toilette et dont Youssef, parent d’élève à la Courneuve, nous rendait compte : « Déjà il faut savoir qu’à la Courneuve, en tant que représentants des parents d’élèves, on a déjà du mal à obtenir du savon ou des fontaines d’eau. Et si plusieurs écoles ont été rénovées ces dernières années, d’autres sont pratiquement en ruines ». En ce sens la GGT Educ-Action 93 a lancé une vaste enquête anonyme à propos des conditions de travail, d’hygiène, et sanitaires.

Ainsi des comités regroupant personnels, agents, parents et élèves devront se constituer démocratiquement pour s’assurer des conditions de reprise. La mise en place de ces comités d’hygiènes et de ces comités locaux est la seule garantie pour un contrôle du retour en classe. En cela nous devons suivre l’exemple de Youssef et des parents d’élèves de la Courneuve qui ont obtenu aux côtés d’instituteurs par la lutte un droit de contrôle sur la réouverture des écoles de leurs quartiers : « Nous avons finalement appris du maire que nous aurions le droit de contrôler chaque école, que nous aurions un droit de regard sur la mise en place du protocole sanitaire. C’est une grande victoire pour nous. ».

Un besoin massif d’ embauches à l’Education nationale

Enfin il paraît urgent d’embaucher massivement du personnel d’entretien et de formation de la communauté scolaire. Là où comme dans la santé le gouvernement a mené une politique coupable en précarisant le statut du professeur et en faisant des économies sur le personnel. Une politique qui dévoile son caractère absurde quand en plein déconfinement il en manque partout. Youssef, nous raconte : « Dans l’école où je suis parent d’élève, il devait y avoir une rentrée pour 60 élèves. Mais les instituteurs nous ont prévenu qu’ils ne pourraient accueillir que 15 enfants faute de personnel suffisant pour nettoyer les locaux. ».

Un rapport de force à instaurer,

En ce sens, il convient aujourd’hui de s’organiser, de lutter pour imposer ces mesures, seules garanties à même d’assurer une rentrée qui ne mette pas en danger élèves, familles et travailleurs de l’éducation. Et puisque le gouvernement a mis en place une situation qui privilégie la réaction à la prévention, il serait également de bon ton d’interroger le rôle des directions syndicales qui tout en questionnant les modalités ont malgré tout laissé cette rentrée se faire sans même poser la possibilité de la grève ou imposer un minimum de garanties sanitaires. Alors lorsque Jean-Michel Blanquer, au micro de RTL lundi matin, dit continuer poursuivre « le but que tout enfant ait repris contact avec l’école » il s’agit d’exiger auparavant la généralisation des dépistages, pour que ces mêmes enfants ne soient pas des cobayes et ne risquent de nouvelles contaminations. Il s’agit donc pour les travailleurs de l’éducation de dénoncer l’incompétence du gouvernement, d’imposer leurs garanties sanitaires et de réclamer maintenant plus que jamais, des dépistages systématiques de tous ceux qui reprennent le chemin de l’école et d’autant plus que les fermetures se démultiplient.




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