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Politique

OBSERVATOIRE

Enquête sur l’augmentation de la pauvreté et des “nouveaux précaires” pendant la pandémie

La crise sanitaire et les confinements appliqués par les différents gouvernements du monde ont provoqué une augmentation de la pauvreté. Face au manque d’information sur la situation réelle de milliers de travailleurs et travailleuses précaires, depuis Révolution Permanente Bordeaux nous avons lancé un observatoire social et du travail. Voici notre premier rapport.

lundi 3 août

crédits photos : AFP / Jean-Philippe KSIAZEK

Une augmentation de la pauvreté pendant la pandémie

La crise sanitaire et les confinements appliqués par les différents gouvernements du monde ont provoqué une augmentation de la pauvreté chez les plus précaires, (que les grands médias ne montrent que très partiellement). Face au manque d’information sur la situation réelle de milliers de travailleurs et travailleuses précaires, de ceux qui ont perdu leurs emplois ou qui ont vu leurs salaires baisser, depuis Révolution Permanente Bordeaux nous avons lancé un observatoire social et du travail. Voici notre premier rapport.

Dans tous les pays touchés par la pandémie, sans exception, les plus pauvres ont étés les plus exposés aux virus, tant sanitairement qu’économiquement. Pour mettre un exemple, selon un rapport du Monde, le taux de surmortalité provoqué par le covid en Seine-Saint-Denis (93) est de 128,9%, soit 40 points plus élevé qu’à Paris (89,8%) et deux fois plus que dans les Yvelines (67,3%). La concentration de personnes ayant une santé fragile, ayant peu ou pas d’accès à la santé publique, de travailleurs en première ligne ou de familles nombreuses confinées dans des appartements réduits, fait de ce département le plus touché parmis les départements franciliens. De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est similaire. Aux États-Unis, les populations Afro-Américaines, ayant un moindre accès aux soins et occupant un partie importante des emplois les plus précaires, ont trois fois plus de risque de mourir du covid que le reste de la population. Mais ces populations les plus précaires sont aussi les premières touchées par la crise économique grandissante.

Nombreux d’entre eux ont occupé les postes “en première ligne” et ont continué leur activité professionnel car elle faisait partie des activités essentielles au fonctionnement de la société, comme les aide-soignantes, les éboueurs ou les caissières. Mais les personnes les plus précaires sont aussi les plus touchées par l’augmentation du chômage, qui, en France, a battu un record depuis 1996, atteignant désormais près de 6,2 millions de demandeurs d’emploi.

Dans le monde entier, selon les nouvelles projections, en 2020, près de 9% de la population mondiale serait menacée de tomber sous le seuil de pauvreté à la suite de la pandémie, soit près de 670 millions de personnes.

Graphique 1 sur augmentation pauvreté dans le monde à cause du covid

L’augmentation de la pauvreté dans le monde à cause du covid - Source : POVCALNET.

*Près de 50 millions de personnes ont tombé sous le seuil de pauvreté en raison des conséquences du covid

Une explosion des demandes d’aides alimentaires

Suite au confinement, de nombreuses familles ont eu de plus en plus de mal à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Similairement à la crise de 2008 lors de laquelle le prix de certains produits de bases avaient flambés, entraînant des pénuries alimentaires voire des “émeutes de la faim” dans les pays les plus pauvres, suite à la crise sanitaire actuelle, et particulièrement à cause du confinement le spectre de potentielles pénuries alimentaire planent de nouveau sur les pays semi-coloniaux mais aussi dans les pays impérialistes, touchant en premier lieux les plus précaires.

Pendant les mois de confinement, la fermeture des écoles et de la restauration collective a eu comme effet une hausse des dépenses en alimentation. La perte d’emploi pour de nombreux travailleurs ayant des contrats précaires ou informels, comme des CDD, des emplois au black ou des contrats en intérim, ont fait que de nombreuses familles se sont trouvé en difficulté pour s’alimenter et alimenter leurs familles. Et tout ce alors même que de nombreuses associations et organisations d’aide alimentaire étaient fermées. Cette difficulté à se nourrir a été à l’origine d’une explosion du nombre de demandeurs de paniers alimentaires dans les associations.

Dans la ville marseillaise, par exemple, le directeur général du Secours Populaire affirmait que sur les neuf antennes d’urgence, le nombre de personnes accueillies a doublé.. En moyenne dans toute la France, selon la même association, il y aurait environ une augmentation de 20% de nouvelles personnes accueillies. Le président des Restos du Coeur 30 (Gard) explique qu’ils voient de nouvelles populations arriver dans leurs antennes, essentiellement des gens qui ont perdu leur emploi, mais aussi des familles et des étudiants.

À Bordeaux, nous sommes aller enquête sur le nombre de personnes accueillies par les antennes locales des associations Secours Populaires et Restos du Coeur.

Graphique 2 Secours Pop Bordeaux

* 200 foyers supplémentaires entre mars 2020 et avril 2020 - entre 20 et 50 % en fonction des zones géographiques en France

** Mois de mai : antenne fermée l’équivalent d’une semaine par jours fériés

Graphique 3 Restos du Coeur Bordeaux

Au cours du premier mois de confinement, entre le mois de mars et le mois d’avril, à Bordeaux, les antennes des associations d’aide alimentaire ont accueilli 60% de personnes en plus. Selon les employés et bénévoles interrogés dans ces antennes, au cours du mois d’avril, de nombreuses foyers accueillies n’étaient jamais venu auparavant demander de l’aide alimentaire.

Alors que les conséquences de la crise sanitaire et économiques touchent de plein fouet les familles précaires, dont certaines n’arrivent même pas à couvrir leurs besoins alimentaires et ceux de leurs familles, les groupes de la grande distribution ont vu leur profits grossir.

Selon le cabinet d’études Nielsen, entre le 9 et le 15 mars, le chiffre d’affaires des grandes enseignes a bondi de 38%, générant un surplus de 700 millions d’euros comparé au mois de mars 2019. Selon une étude réalisé par l’association de consommateurs UFC Que choisir, entre mars et avril les prix des fruits et des légumes, notamment des légumes, ainsi que des produits de première nécessité ont augmentait, 9 et 2,5% respectivement. Ce à quoi s’ajoute l’augmentation du nombre de personnes qui ont fait leurs courses dans le supermarché à cause de la fermeture des écoles et de la restauration collective. Tandis que 95% des petits commerçants ont vu leurs chiffres d’affaires baisser, les groupes de la grande distribution ont vu leurs ventes augmenter à la hauteur de 84% suite au confinement, selon un communiqué de NIelsen. L’image d’un secteur qui ne connaît pas la crise alors que des milliers de familles dans le pays sont menacés de tomber dans la misère.

Les travailleurs les plus précaires sont les plus touchés

Cette augmentation de la précarité, dont l’explosion de demandes d’aides alimentaires n’est qu’une facette parmi d’autres, est à mettre en lien avec les attaques du gouvernement et du patronat contre les travailleurs pour pallier à cette crise sans précédent. Les chiffres sont alarmants et laissent prédire que les années à venir ne seront que la répétition des années post crise de 2008, en plus grave. Il y a quelques jours, l’INSEE annonçait une chute de 13,2 % du PIB français, du jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Parallèlement à cela, une augmentation historique depuis 1996 du nombres de chômeurs, atteignant 6,2 millions de personnes. Toujours d’après l’INSEE, cette première vague de chômage touche principalement les travailleurs les plus précaires. En effet, depuis le début de la crise sanitaire, 49% des entreprises n’ont pas renouvelé les CDD qui étaient en fin de contrat et les entrées au chômage pour fin de mission d’intérim ont augmenté de 151%.

Nombres de demandeurs d’emploi, catégorie ABC, inscrits à Pôle Emploi du 1er trimestre 1996 au 2ème trimestre 2020

Graphique 4 Nombre de chômeurs

Source : Pôle emploi - Dares, STMT, Données CVS-CJO.

Parmis les 360 000 nouveaux demandeurs d’emploi au 2ème trimestre de 2020, une grande partie possédait des contrats précaires ou informels. Pour les intérimaires, part importante de ces nouveaux demandeurs d’emploi, les effets du confinement et de la baisse brutale de l’activité économique a été lourde de conséquences. Avec une diminution de l’activité du secteur comprise entre 60 et 90%, les deux millions et demi de travailleurs intérimaires ont vu leur situation devenir encore plus précaires qu’à la “normale”. "Il y a des contrats qui s’arrêtent. S’ils n’ont pas acquis assez de droits au chômage, ils vont se retrouver le bec dans l’eau", déplore André Fadda, de la CGT Intérim à Europe 1. La plupart ne bénéficiant pas des mesures de chômage partiel,” ils font partie de ces nouveaux précaires, avec les travailleurs indépendants et les personnes isolées qui jusque là n’avaient pas besoin de l’activité d’une association comme la nôtre et qui aujourd’hui viennent frapper à nos portes", affirme Thierry Robert, directeur général du Secours populaire.

Lors de notre enquête de terrain, nous avons rencontré un médiateur social de la ville de Bordeaux qui confirmait lui aussi cette tendance. “ De plus en plus de personnes nous appellent pour nous dire qu’elles ont perdu leurs boulots, qu’elles ont besoin d’aide

"C’est un nouveau type de public dans les services d’aides sociales qui fait son apparition, touché de plein fouet par les conséquences de la crise sanitaire et économique : “les travailleurs pauvres.”

Les premières conséquences d’une crise dont nous sommes pas responsables

Les conséquences, déjà visibles, de la crise économique qui s’est ouverte ne vont faire que s’approfondir.

Dans l’aérien et l’aéronautique, malgré les 7 milliards d’aides publiques pour Air France, les travailleurs de la sous traitance se voient imposer du chantage à l’emploi avec l’Accord de Performance Collective signé par la bureaucratie syndicale de FO chez Derichebourg.

Chez Daher, sous traitant dont l’activité est à 60% dépendante du géant Airbus qui a annoncé avoir subi une perte nette de 1,9 milliards d’euros ce semestre, c’est aussi sur les travailleurs que retombent les conséquences de l’arrêt de l’activité avec la suppression de 1300 postes en CDI et le non renouvellement de 1400 contrats intérimaires soit plus de 2700 licenciements.

Ces attaques ne touchent seulement les sous traitants de l’aéronautique, les travailleurs du service aérien d’Air France sont eux aussi touchés par ces vagues de licenciements. A Bordeaux, ce sont près de 160 postes qui sont menacés par l’annonce de la fermeture de la ligne Bordeaux - Orly. Sous prétexte de mesures écologiques, ce sont les travailleurs qui paient la facture.

Dans le secteur de l’automobile, c’est la même histoire. Après le prêt de 5 milliards d’euros garanti par l’État pour Renault, le géant français du secteur a annoncé la suppression de 15 000 postes dans le monde dont 5 000 en France avec des fermetures d’usines en perspective. Chez PSA, ce sont 25 000 suppressions d’emplois malgré les 595 millions de bénéfices net enregistrés par le groupe au 1er semestre 2020.

Le ton est donné et va toucher l’ensemble des secteurs. Au vue de la crise économique que les capitalistes vont vouloir faire payer aux travailleurs et aux plus précaires, il est nécessaire de se munir d’un programme de revendications offensives pour que ce ne soit pas à nous de payer leurs crises.




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