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État espagnol. Huit sites Airbus en grève pour des augmentations de salaires

Depuis lundi, les huit sites Airbus espagnols sont en grève pour exiger des augmentations de salaires face à l’inflation. Une mobilisation qui fait écho à celle des ouvriers de l’aéronautique en France et en Allemagne, alors même qu’Airbus vient d’annoncer une prime de 1500 euros pour tenter de calmer la colère.

jeudi 3 novembre

Le 27 octobre dernier, les directions syndicales espagnoles de la CCOO, UGT-FICA et ATP.SAe appelaient les salariés des huit sites Airbus du pays à faire grève à compter du lundi 31 octobre « pour demander une revalorisation salariale équitable pour garantir le pouvoir d’achat des travailleurs d’Airbus en Espagne », en soulignant que « Airbus réalise des bénéfices et des résultats records, encore plus élevés qu’avant la pandémie. » Dans leur communiqué, il est indiqué que : « La mobilisation débutera le 31 octobre et prendra fin dès que la direction sera prête à garantir que les travailleurs ne perdent pas de pouvoir d’achat ». Des préavis sont déposés jusqu’au 6 novembre pour l’ensemble des salariés de l’entreprise, soit 12 000 personnes selon El Diario. À Cadiz (Puerto Real et CBC), Séville (Tablada et San Pablo), Albacete, Illescas, Getafe et Barajas, près de 100% des effectifs étaient en grève ce mardi 2 novembre, d’après les syndicats.

Cette grève massive des travailleurs d’Airbus à échelle nationale, qui fait écho à la grève inédite des salariés de la ligne Airbus A320 et de plusieurs sous-traitants aéronautiques pour 10% d’augmentation en France, est d’autant plus impressionnante qu’elle survient après que la multinationale a annoncé une prime de 1500 euros brut aux salariés de ses groupes européens. En Allemagne aussi, les salariés d’Airbus à Hambourg se sont mobilisés dans le cadre des grèves de pression appelées par le syndicat IG Metall pour 8% d’augmentation de salaire. Une situation qui illustre, comme on l’a vu en France ces dernières semaines, l’immense popularité que peut rencontrer la revendication de l’augmentation des salaires, quand les patrons ne proposent que de simples primes alors que l’inflation s’envole. D’autant plus dans un pays comme l’Espagne, où celle-ci atteint 8,9% après avoir dépassé les 10% en août dernier, et où la hausse des prix s’élève à 14,4% en moyenne pour les aliments en septembre 2022 - du jamais vu depuis 1994, d’après El Pais.

Pour autant, l’énergie immense et la grande détermination des grévistes d’Airbus qui se mobilisent cette semaine pourrait rester sans lendemain si la question du plan de bataille pour la grève n’est pas clairement formulée. En effet, derrière le mot d’ordre flou de « revalorisation salariale équitable », les directions syndicales qui encadrent le mouvement n’ont qu’un seul objectif : celui de l’ouverture d’un « dialogue social et raisonnable » avec les patrons du géant de l’aéronautique, comme l’explique par exemple le secrétaire général de l’UGT Tablada. Ce sont les mêmes qui, il y a tout juste un an, trahissaient la grève contre la fermeture du site Airbus de Puerto Real. Or, bien que la mobilisation soit forte, les revendications et les modalités de la grève restent pour l’heure déterminées par la politique des directions syndicales, qui ne convoquent les grévistes dans des « assemblées » qu’à titre informatif.
 
Pour sa part, le syndicat CGT espagnol, connu pour être plus combatif, refuse de se joindre à la grève au motif que celle-ci a été déclenchée sans proposition claire d’augmentation salariale et que la CCOO et l’UGT ont rompu l’accord d’appeler à une grève commune avec les autres syndicats. Une position tout aussi conservatrice, comme l’écrivent les militants du Corriente Revolucionaria de Trabajadores y Trabajadoras , organisation sœur de Révolution Permanente dans l’État espagnol : « Ne pas se joindre à la grève parce que les syndicats du pacte agissent comme ils l’ont toujours fait ne peut être la stratégie d’un syndicat qui se veut combatif. La seule option cohérente est de se joindre à la grève avec son propre programme, en proposant la revendication d’augmentations salariales indexées sur l’indice des prix à la consommation et en essayant de disputer la direction du mouvement avec la CCOO et l’UGT. »

Face à cette situation, les forces syndicales et politiques qui interviennent dans ce mouvement doivent se battre pour faire émerger des cadres d’auto-organisation démocratiques au sein de la grève, dans lesquels les grévistes pourront élaborer un plan de bataille suivant leurs propres revendications et modalités. Il est central de revendiquer des augmentations de salaires qui permettent non seulement de rattraper l’inflation pour sortir la tête de l’eau, mais aussi leur indexation sur l’inflation pour faire face à la hausse des prix dans un moment où celle-ci est loin de se résorber. Comme le soulignent nos camarades, pour que le mouvement de grève soit victorieux, il est également fondamental que la grève s’étende, notamment parmi les sous-traitants du donneur d’ordre Airbus.

Comme on l’a vu en France avec la multiplication des grèves pour des augmentations de salaires, la grève d’Airbus dans l’État espagnol montre que de nombreux travailleurs sont prêts à se battre et cherchent à s’organiser pour faire face à la crise. Alors que le secrétaire général de la CCOO, Unai Sordo, revendique que plus de 11 000 personnes ont rejoint le syndicat au mois d’octobre, il est crucial que les travailleurs, qui aspirent à de réelles augmentations de salaires pour toutes et toutes, ne laissent pas cette force être dilapidée par des organisations qui ne cherchent à les utiliser que comme une masse de manœuvre dans des négociations au rabais avec le grand patronat. Il faut se mettre en ordre de bataille pour un programme politique à la hauteur de la situation.



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